ACTE II, SCÈNE I
JEANNE, reprenant la tasse, en riant.
Et s'il en reste un peu, maintenant, donnez-m'en.
LE MARQUIS
Enfin, jusqu'à demain matin, me voilà quitte. Trois fois par jour, c'est trop !
JEANNE
Ingrat, avouez vite Que le lait fait du bien et que, depuis six mois...
LE MARQUIS
Compte donc, cela fait cinq cent quarante fois Que je trempe mon nez dans cette grande tasse.
JEANNE
Cela vous a guéri.
LE MARQUIS
Mais toi, tu n'es pas lasse De courir après moi, trois fois par jour ainsi. Pour me faire avaler ta drogue ?
JEANNE, avec émot ion .
Non.
Merci.
JEANNE
J'irais cent fois plus loin, pourvu que je vous voie Toujours mieux en santé. C'est toute notre joie A Keruzel de vous voir ainsi bien portant.
Quand vous nous arriviez, voilà six mois, pourtant,
28 KERUZEL
Exauçant à la fin tant et tant de prières,
Vous étiez faible, au point que Tair de nos bruyères
Vous grisait. Vous tombiez sur le seuil, ne pouvant
Respirer la santé que vous jetait le vent.
Bien portant! Aujourd'hui vous Têtes, j'en suis sûre,
Et nous avons guéri la première blessure,
Celle du corps; mais l'autre? il serait sage aussi
D*y penser.
LE MARQUIS, doticemeiit railleur.
La blessure à l'âme. Mais ceci Regarde le curé; respectons son domaine.
Reste le cœur! Cela concerne très amène Et docte chanoinesse Augustine, que Dieu, Pour mes péchés, créa ma tante en ce bas lieu.
JEANNE
Eh bien ! expliquez-moi, car je suis entêtée. Ce qui vous rend ainsi sceptique.
Non!
JEANNE
Athée!
LE MARQUIS
JSon!... Ne répète pas ces vilains mots, vcux-tu?
Sceptique?... 11 faudrait être un sceptique têtu
Pour ne plus croire à rien quand on voit tant de charmes.
// lui prend la main.
Un athée à tes pieds aurait mis bas les armes Et, converti bientôt...