ACTE II, SCÈNE I
JEANNE, intimidée.
Non, non, monsieur Louis...
LE MARQUIS, V attirant toujours.
Te voyant rayonner à ses yeux éblouis, En cornette de lin, en robe de futaine.
Te voudrait adorer, Vierge de la fontaine.
// Va prise dans ses bras.
Mais regarde-toi donc dans Teau !
JEANNE, se dégageant.
Non! non! On dit Qu'on voit le diable !
LE MARQUIS, avec un geste d'appel.
Jeanne, confuse, détourne la tête et sanglote; le marquis sursaute et semble revenir à lui.
Ah! maudit, ah! maudit!
La santé!... Voilà donc tout ce qu'elle m'inspire!... J'étais mauvais, là-bas, mais je suis encor pire Si je ne sais plus rien respecter... Malheureux! Ah ! malédiction sur elles et sur eux.
Tous ceux-là dont je fus la conquête et la proie! Pardonne-moi, Jeannette!... A quoi veux-tu qu'on croie, Quand on a vu mentir toujours, toujours trahir? J'avais perdu jusqu'à la force de haïr Leurs trahisons et leurs mensonges. Bientôt même Je les aimais. Est-il possible, dis, qu'on aime Le mal ? Ce n'était plus le mal, car, auprès d'eux, Le mal n'avait aucun de ses aspects hideux; 11 était souriant, spirituel et tendre
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Et j*aimais à le voir et j'aimais à l'entendre. Je l'aimais! oui, comme autrefois j'aimais le bien. Mais combien le réveil fut terrible et combien J'ai souffert!
JEANNE
Oubliez ce mauvais temps, mon maître.
Et maintenant soyez heureux, vous pouvez l'être... A moins que ce poison, dont vous ne parlez pas. Ne vous tienne toujours au cœur... Dites?
LE MARQUIS, souriant.
Plus bas!...
Si nous parlons morphine ici, les gens en masse Et les bêtes me vont tous faire la grimace Et s'en voudront d'avoir accueilli le maudit!
Dn'cuaut trh grave.
Et puis ce sujet-là, vois-tu, c'est interdit!
Ne va pas réveiller le monstre qui sommeille,
De peur que, secouant cette croupe vermeille
Que j'ai tant chevauchée, il ne m'emporte encor
Au pays merveilleux de mes beaux songes d'or.
Ne me rappelle pas, fùt-cc par un reproche,
Le souvenir, toujours très cher, encor trop proche,
De ce magicien dont les philtres amis
Ont fait s'évanouir mes dégoûts endormis.
De ce philtre qui m'a guéri de mes blessures
Et qui, m'enveloppant d'illusions plus sures
Que les réalités, berça tous mes ennuis
En des rêves plus doux que les rêves des nuits;
Ne me rappelle pas la musique divine
Qui mollement berçait l'extase de morphine.
Les suaves parfums que mes sens engourdis