‹ Trois drames en versChapitre 159 sur 176 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Ah! je les châtierai! Quel fléau, quelle peste Vais-je lâcher sur eux, dont le souvenir reste Effroyable?... Je vais vous prendre votre pain... Lâches! bandits, je vous ferai crever de faim!... Des pierres! de la boue! Ah! misérable engeance ! La famine! Voilà!... je la tiens, ma vengeance!

LE PATRIARCHE, s' avançant vers lui.

Au lieu de châtier ce peuple, il vaudrait mieux,

Basileus, implorer la clémence des cieux.

Lève les yeux là-haut, et vois Dieu qui te frappe!

NICÉPHORE, avec ironie.

Et qui ne permet pas sans doute que j'échappe k ce dernier affront de subir tes discours !

LE PATRIARCHE

Sais-tu bien, Basileus, à quel gouffre tu cours? Quel poids est amassé de colère et de haine Sur ta tête? Safs-tu que déjà se déchaîne.

Dans la cage où tu crois museler sa fureur.

Ce monstre dont la rage a soif d*un Empereur!

NICÉPHORE, s' asseyant près d*nne table.

Va, Saint Père! répands ce torrent d'éloquence; Je connais cette pompe avec cette élégance !

LE PATRIARCHE

Raille encore aujourd'hui! railleras-tu demain?

L'Empire, Basileus, s'échappe de ta main...

Le peuple est écrasé d'impôts; il n'aime guères.

Lui, l'éternel vaincu, ces éternelles guerres

Qui lui prennent ses fils et son argent. Vainqueur!

On ne l'est pas longtemps, Basileus, dans le cœur

De tous ces pauvres gens où la victoire saigne. Tu parlais de famine! Au début de ton régne, Le peuple t'acclamait quand, au gré de ses vftuK, Tu lui donnais du pain et de l'or et des jeux. Voici qu'on la connaît aujourd'hui, la famine! Le pain manque. Saîs-tu ce qu'on vend la fariner Ce qu'un mulet jadis portait dans nos chemins, Pour le même prix d'or, on le porte en ses mains! Et CCS blés qu'un trafic infernal a Fait rares, C'est toi qui !es revends, toi qui les accapares! Le peuple se demande à quoi sert tout cet or. Du moins, si tu savais les amuser encor'- PIus de jeux, maintenant, dans la Nouvelle Rome! Voici que l'herbe pousse au seuil de l'Hippodrome Où, dédaignés, les Bleus pleurent avec les Verts! L'or, pour l'engouffrer tout, tes coffres sont o Ah ! l'or, celui-là seul est de poids qu'on te paie; Mais lorsque tu le rends, c'est en fausse monnaie El ie peuple, si tu lui jetais un trésor.

Ne courrait plus après tes fausses pièces d'or! Basileus. on te hait! on te maudit!

N'importe!

Je suis le Basileus encore, et ma main forte Aura toujours raison de leurs rébellions !

Tu tenais des agneaux; tiendras~tu des lions? Tu n'as plus les soldats avec toi. Ton armée. Par la victoire et les rapines enflammée.

T'acclamait autrefois, Stratilate vainqueur!

Aujourd'hui, dans la paix, on blâme ta rigueur. Ce qu'ils avaient là-bas, la guerre et sa licence,

Page 1