‹ Trois drames en versChapitre 31 sur 176 · ACTE M, SCÈNE VU fÇ · texte numérisé non relu

ACTE M, SCÈNE VU fÇ

Encore, et tu boiras la tasse jusqu'au fond ; Et tu te débattras peut-être, comme font Tous les petits enfants quand la drogue est amère; Mais je te contraindrai comme fait une mère.

Pour que je puisse aussi me dire avec fierté : Ce que je lui fais boire ainsi, c'est la santé.

Jeanne a écouté le marquis, tête basse, chenlxint à comprendre le fond de sa pensée,

LA CHANOINESSE

C'est mon neveu qui parle. Ah! j'en reste saisie! Prenez une leçon, l'abbé.

LE CURÉ, souriant avec tristesse.

De poésie ! . . .

Se reprenant, avec gravité.

Cela suffit parfois pour monter jusqu'aux cieux.

LE MARQUIS, allant an curé et le regardant bien en face,

gravement.

Non, l'abbé. Comprenez, si vous pouvez; c'est mieux!

LE CURÉ, après V avoir regardé.

Alors c'est bien, mon fils, car je te crois sincère.

JEANNE, à part, tristement.

Je comprends... c'est fini!

LE MARQUIS, au CUré.

Voulez-vous que je serre Leurs deux mains devant vous? Je le puis. Voulez-vous?

LE CURÉ

Mon ami, mon enfant, cet instant m'est bien doux! Pardonne; je t'avais soupçonné.

6o KERUZEL

1. E MARQUIS ra vivement à Jacques, lui prend la main et ramène devant Jeanne,

Tiens! Jeannette, Ton rêve, le voilà, le rêve pur, honnête, Le seul que tu pourras avouer, et je veux Moi-même, comprends-tu? joindre mes vœux aux vœux De Jacques... Vous serez heureux, je le souhaite De tout cœur...

Se pencJxint près d'elle et très bas.

Ton mari, voilà le vrai poète!

Jeanne, rappelez-vous, moi, j'y pense souvent,

Le triste soir d'hiver où je passais devant

La maison que venait de quitter votre mère.

Vous pleuriez, car déjà la vie était amère

Pour celle qui restait orpheline à six ans.

Je vous pris dans mes bras que je fis complaisants

A l'enfant qui voulait y reposer, et, comme

Vos yeux étaient pesants, pour bercer votre somme

Je me mis à chanter, et le sommeil vous prit.

Alors il me passa follement par l'esprit

Que vous étiez bien seule et bien abandonnée

Et que ce devait être, à moi, ma destinée

De rester près de vous avec fidélité

Pour vous sauver du mal, toujours... Je suis resté!

Voilà longtemps!... mais moi, j'ai gardé ma folie.

Vous êtes aujourd'hui mille fois plus jolie.

Mais vous pleurez toujours... Moi, je suis plus hardi,

Et quoique, tous les deux, nous ayons bien grandi.

Je vous ouvre les bras... Voulez-vous que je chante?

Un silence.

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