ACTE III, SCÈNE II
Non, cette Jeanne-là méritait bien qu'on raime. Petite, rose, bonne, autrefois... Mais la blême, La grande et la méchante, aujourd'hui!... Celle-1; , Je voudrais bien ne plus l'aimer...
On entend grinar la serrure. Lm porte du presbytère s* ouvre; le curé paraît. Il a son manteau et son clmpeau, et porte une lanterne allumée.
LE CURÉ
Là! me voilà!
Viens çà, toi...
Regardant Jacques et le tdtant.
Front brûlant ! œil brillant, mains glacéer . . . Je te croyais guéri de tes fièvres passées.
Je t'avais trouvé calme — oh! relativement! — Depuis quelques jours... Non?... Et pas un argument Ne te convainc, et ma logique la plus belle Ne peut plus rien, alors, sur ton cerveau rebelle?...
JACQUES
J'ai résolu d'aller voir Jeanne, ce matin, Et d'en finir...
LE CURÉ
Oui-da! tu feras le hautain De loin, et puis, de près, serviteur! bouche close!
JACQUES
Non! cela ne peut plus se prolonger... On glose Autour de moi... J'entends tous leurs et detera. Je ne peux plus attendre... Ou Jeanne fixera Une date, et prochaine, à notre mariage, Ou bien je romprai tout sur-le-champ.
6S KERUZEL
LE CURÉ
C'est bien sage, Pour être exécuté par un simple amoureux!
Tâche de le faire.
JACQUES
Oui, je suis trop malheureux.
LE CURÉ
Car, puisque enfin on peut se délier la bouche, Je commence à trouver son attitude louche...
Veut-elle t'épouser? Si oui, finissons-en. Mariez-vous. Si non, comme un bon paysan.
Romps et dépêche-toi d*en épouser une autre.
Va!... mais auparavant, viens dire patenôtre Avec moi.
JACQUES
Je veux bien.
LE CURÉ
La prière, vois-tu.
Pour donner du ressort à Tesprit abattu.
C'est encor ce qu'on sait de meilleur; et l'athée, — Voilà le châtiment de l'àme révoltée! — Lorsque tout ici-bas lui manque, est bien penaud De n'avoir pas quelqu'un à qui parler là-haut.
Ouvrant la porte de la sacristie.
Viens donc, tu sonneras ma messe à la demie.
Ça défatiguera le père Jérémie
Qui se fait vieux; et puis, comme aux jours d'autrefois,
Tu me la répondras de ta plus belle voix...
La répondre! toi qui pouvais la dire...