‹ Trois drames en versChapitre 49 sur 176 · ACTE Ml, SCÈNE IX 9I · texte numérisé non relu

ACTE Ml, SCÈNE IX 9I

JEANNE

Jacques!

JACQUES, repoussant le marquis.

Le voyez-vous, le lâche; il se repent Parce qu'il voit qu'on va lui prendre sa victime.

LE MARQUIS

Je ferai de Tenfant un enfant légitime.

Et la mère sera ma femme.

JACQUES

11 est trop tard.

C'est mon fils, après tout, ni manant, ni bâtard ; Et c'est un Keruzel, il faut qu'on s'en souvienne. Jeanne, voici ma main.

JACQUES

Jeanne, voici la mienne.

JEANNE, après un silence.

Par votre adoption l'enfant est bien à vous, Jacques, et vous seriez cet homme qu'entre tous Je donnerais pour guide à l'enfant de ma faute. Mais votre dévoûment est d'une âme trop haute, Je ne puis l'accepter. Laissez-moi la fierté De subir seule un châtiment trop mérité.

Vous serez notre ami le meilleur, je l'espère.

Au marquis.

Pour moi, Louis, le sang seul ne fait pas le père ;

92 KERUZEL

Il est des droits encor qu'il faut avoir acquis, Et ce n*est pas assez d'être noble et marquis Pour venir se targuer sur moi d'un droit néfaste. Votre paternité n'est que l'orgueil de caste; Vous voulez anoblir la mère pour l'enfant, Mais mon cœur trop blessé proteste et me défend D'accepter. Keruzel m'admet en sa famille :

Grand merci! mes aïeux vous refusent leur fille!

Allant à Jacques.

Venez, Jacques; je dois voir aussi le curé.

LE MARQUIS

Tu veux donc que je sois vil et déshonoré?

Tu me prends mon espoir et tu me prends ma vie? Tu me prends l'avenir et cette mâle envie, Jeanne, contre laquelle en vain je me défends, De revivre meilleur en de meilleurs enfants.

Jeanne, tu ne veux pas?

JEANNE

Non!

LE MARQUIS

Que mon sang retombe Sur l'enfant. Si tu fais de ton ventre la tombe Des Keruzel, qu'il y soit maudit en naissant! Tu veux voler mon sang... Eh bien! voilà mon sang!

// a ramasse le revolver et s' eu lire deux coups. Il tombe.

Page 1