LE CURÉ, JEANNE
LE CURÉ
Alors, Jeanne, Le marquis? C'est donc vrai? Je le croyais guéri.
JEANNE
Hélas !
LE CURÉ
Je le croyais désormais à l'abri Dans un bonheur tranquille et durable...
JEANNE
C'est pire Que jamais! Le mal est plus grand qu'on ne peut dire, Et mon illusion n'a pas longtemps duré.
ICO KERUZEL
LE CURÉ
Je te plains, mon enfant!
JEANNE
Ah ! monsieur le curé, Plaignez-nous, car tout est perdu; je désespère... Je pensais que l'enfant aurait sauvé le père, Et qu'en lui se ferait, comme il se fit en moi, Un de ces mouvements d'un si puissant émoi Qu'on se sent tout d'un coup dompté dans tout son être. Je croyais que son cœur allait enfin renaître, Pour fêter avec nous, dans un riant accueil.
L'enfant de son amour, le fils de son orgueil. Ah! ce cri de l'enfant!... Vaincue, à demi-morte. Je luttais jusqu'au bout, voulant être assez forte Pour serrer dans mes bras le père enfin dompté. Je l'entendrai toujours ce cri qu'il a jeté, Le cher petit, ce cri de salut à la vie Et qui m'a dans tout moi si doucement ravie.
Et je verrai toujours cet homme au dur regard, Pâle, lèvre crispée, affreusement hagard.
Comme affolé de peur, debout près de ma couche. 11 était là ! ses yeux se dilataient, sa bouche Se serrait et ses mains se tordaient. Tout à coup Sa face eut je ne sais quel rictus de dégoût; Et ses bras, comme mus d'une horrible pensée, S'avançaient vers l'enfant... Je me suis élancée... Et puis je suis tombée... Alors... je ne sais pas...
Un silt'uci'.
Quand je revins à moi, quelqu'un me dit tout bas :
« L'enfant est près de vous; il dort. » Dans quelle ivresse
Et dans quelle tiédeur de paix enchanteresse