ACTE IV, SCÈNE III lOI
Je m'endormis alors, ayant fixé les yeux
Sur le petit berceau plein de l'azur des deux !
LE CURÉ
Oui, ce sera ton Ciel, et cet autre Messie Est né pour le rachat de cette âme endurcie.
Ton mari guérira pour ce nouveau devoir!
Je n'espère plus rien ; il ne veut pas le voir.
LE CURÉ
Se peut-il qu'il en soit à ce point de démence?
JEANNE
Je crains qu'il n'ait repris aussi l'accoutumance De son poison. Il est faible comme autrefois. Soudain calme et soudain agité... Dans sa voix J'entends parfois encor remonter l'ancien râle. Il s'enferme ici seul... Alors il est si pâle, Quand il revient a nous, et dans ses yeux si blancs La morphine scintille en des éclats troublants. Et puis, après, ses yeux redeviennent tout mornes.
LE CURÉ
Oui, ces natures-là passent toujours les bornes. Mais il faut espérer encore. Dieu défend Qu'on doute ainsi de sa puissance, mon enfant. 11 en a converti bien d'autres. Belle affaire Que de nous retourner ce marquis!... S'il diffère, C'est pour nous éprouver davantage.
JEANNE
Oui, j ai tort!
Si c'est un châtiment, j'ai mérité mon sort.
I02 KERUZEL
Car j'ai péché... Mais ceux dont la vie exemplaire, Devant tous et toujours, s'écoula droite et claire; Ceux qui sont malheureux par la faute d'autrui Et sont seuls à porter leur peine?...
LE CURÉ, après un moment irhe'sitatiott.
JEANNE, baissant h téU.
Oui.
LE CURÉ
Ah! celui-là, vois-tu, c'est un bon, c'est un brave! Le mal dont il souffrait était profond et grave. Mais la douleur, quand on croit en Dieu fortement, Au lieu d'être un virus est plutôt un ferment. Et l'âme bouillonnante, ou monte la colère.
Sous l'écume apparaît plus brillante et plus claire. Jacques, dans quelques jours, partira consolé.
JEANNE
Il veut toujours partir?
LE CURÉ
Oui. Vainement je l'ai Supplié de rester... Oh ! la tcte bretonne!
Quand c'est décidé là, rien n'y fait.
JEANNE
Je m'étonne Qu'il veuille s'éloigner, puisqu'il est, dites-vous. Consolé...
LE CURÉ
J'ai toujours remarqué que, plus doux Sont les hommes, et plus, les choses décidées.