‹ Trois drames en versChapitre 58 sur 176 · ACTE IV, SCÈNE IV lOÇ · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV lOÇ

LE MARQUIS

Doux comme un cri de haine!

Doux comme le premier cliquetis de la chaîne Par moi rivée et que rompra seule la mort!

Doux comme le premier sursaut de mon remord Dans mon fils, le premier témoignage implacable De cette hérédité dont tout le poids l'accable!

JACQUES

L'hérédité du mal ! C'est juste, on la sent bien En soi, mais on y sent l'hérédité du bien.

Aux heures d'action, notre âme trouve en elle Des armes pour l'aider dans la lutte éternelle. Quelque germe mauvais que l'on ait hérité.

On a, pour être bon, toute sa liberté.

LE CURÉ

Et puis, pourquoi veux-tu qu'ainsi tout le condamne, Cet enfant? C'est ton fils, mais c'est le fils de Jeanne, Et nous nous chargerons d'en faire un bon chrétien. Puis, avec son salut, nous obtiendrons le tien. Viens donc vers Dieu, mon cher enfant, et le supplie De te débarrasser de ta mélancolie Et de verser en toi ses baumes souverains.

LE MARQUIS

Des baumes que je sais endorment les chagrins.

JEANNE

Et les font plus cuisants au réveil.

LE CURÉ

Médecine

Io6 KERUZEL

Qui ne guérit jamais et souvent assassine,

Vous excite un moment pour vous laisser perclus.

LE MARQUIS

nile endort notre mal chaque jour un peu plus.

Pour endormir un jour tout à fait le malade.

LE MARQUIS, à part.

Oui, c'est laguérison.

Allant viiYwent au curé et avec exfHiusion,

Tenez! je suis maussade.

Ce matin, mon ami; mais ne retenez rien De tout ceci, sinon que je vous aime bien, Que vous avez été pour moi le second père Qu'avait rêvé celui que j'ai perdu. J'espère Que vous accepterez — moi, tout me le défend - D'être le conseiller de ce petit enfant.

LE CURÉ

Taratata! Voilà que tu fais le modeste.

Baptisons-le d'abord...

LE MARQUIS

Allez, Jeanne; je reste Avec Jacques, à qui je veux parler.

LE c u R É , ^ Jeanne,

Allons!

Tous leurs préparatifs me semblent un peu longs. Par là... Nous hâterons la bonne chanoinesse.

Page 1