‹ Trois drames en versChapitre 60 sur 176 · ACTE IV, SCÈNE V I OÇ · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V I OÇ

OÙ tu pouvais tomber. Tu sais ce que je souffre.

Non, tu ne peux savoir, car bien autre est le poids

Des regrets éternels de mon cœur aux abois.

Nos forêts de cent ans de chênes et de hêtres.

Combien jeunes auprès de l'arbre des ancêtres

Dont les rameaux, brisés par moi si follement.

Ont ébranlé le sol de leur écroulement!

J'ai tout anéanti, c'est un désert immense!

Du moins si, dans mon cœur, la nouvelle semence

Portant les fruits et les moissons de l'avenir

Pouvait germer! Mais non, comme pour me punir

D'avoir sacrifié le passé, la récolte.

Dont le mirage avait ébloui ma révolte.

Semble ne pas vouloir fructifier en moi.

Je suis là, regrettant les rêves et la foi

Qui faisaient au croyant tant àe paix et tant d'ombre.

Et mon esprit maudit cette science sombre

Qui, me mystifiant de son dogme nouveau,

N'a pas même donné le calme à mon cerveau.

Ame naïve, esprit poétique et cœur tendre.

Moi, j'étais né pour croire et non pas pour comprendre.

Sur le sol dévasté le vieux chêne est à bas...

Hélas! je ne crois plus... et je ne comprends pas!...

Après un silence.

Mais toi, l'enfant pieux de la bonne patrie.

Puisque tu peux prier encor, reste où l'on prie. Reste où l'on rêve ! Oh ! non, ne t'en va pas si loin !

Il faut que je m'en aille!

LE MARQUIS

Et puis, moi, j'ai besoin

MO KERUZEL

De toi, Jacques, pour lui ! pour mon fils ! ... Le pauvre être. Que lui restera-t-il ? Deux femmes, un vieux prêtre... Cet enfant, tu veux donc qu'il soit abandonné?

JACQUES

Vous parlez de mourir!

LE MARQUIS

Oui, je suis condamné.

S* asseyant près de la table, à bout de forces.

Tiens ! ceci que tu vois, ce poison que je porte, Cest ma vie... et ma mort!... Une dose trop forte Et je meurs...

JACQUES

Oh ! jetez ce poison loin, bien loin !

LE MARQUIS

Non, c'est ma vie aussi, car, si je n'ai pas soin De donner à ce corps sa dose habituelle.

Il mourra.

// se fait une piqûre.

JACQUES

Prenez garde, et pensez à Jeanne !

Elle!...

Oh ! si tes yeux pouvaient lire au fond de son cœur. Quelle tristesse ils y verraient, quelle rancœur! J'ai compris, moi, ce qu'elle aurait voulu me taire... On conte qu'autrefois, toute femme adultère Et son complice, ensemble, épouvantablement Enfermés dans un sac, parmi le grouillement

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