LE MENDIANT, MADELEINE
LE MENDIANT
Eh bien ! je la cherchais sans cesse, J'y pensais tout le jour, j'y rêvais en dormant :
l6o LE COEUR SANGLANT
Je croyais avoir, là, son visage charmant InefFaçablcment fixé d'un trait fidèle; Oui, femme, je croyais pouvoir dire : C'est elle! Rien qu'en la voyant. Non ! je l'entends, je la vois : Ce n'est plus son regard et ce n'est plus sa voix!
MADELEINE
C'est qu'elle avait six ans; voilà qu'elle en a seize!
LE MENDIANT
Tu peux te promener avec elle, à ton aise; Son père en la voyant s'y tromperait aussi.
MADELEINE, à part.
Je voudrais l'épargner pour ce mot-là!...
Ati mendiant.
Merci !
Tu me rassures, mais réglons vite ce compte... Je vais chercher Targent...
Elle va au bahut et Vouvrc.
LE MENDIANT, à part.
Donne toujours! Le comte, Vieille folle, ce soir, paiera le complément. Mais on la prend au piège un peu facilement!
Et j'ai bien fait d'aller aux vcprcs de la Vierge, A Saint-André; demain, j'y veux brûler un cierge. Je lui dois bien cela!
MADELEINE, descendant avec un sac.
Voilà tout mon trésor : .
Trente pièces d'argent et quatre pièces d'or... C'est tout!
TABLEAU III, SCÈNE II l6l
LE MENDIANT, 5<r leViVlt.
Cela suffit! Donne!
// preud le sac.
Adieu, je te quitte, iMais sois sans crainte.
MADELEINE
Va!
A part, d'une voix sourde.
Le couteau!
Elle prend un couteau sur la table.
Faisons vite !
Au mendiant.
Sors par ici; je vois quelqu'un qui vient là-bas!
FAle lui ouvre la porte à droite.
LE MENDIANT
Par là, si tu veux!
Au moment ou il s* approche de la porte, Madeleine, de la main gauclje, le saisit à la nuque, et de la droite, en le renversant un peu en arrière, lui plonge le couteau dans la gorge.
Ah!
MADELEINE, d*une voix farouc1)e.
Tu ne parleras pas!
Elle le pousse dans la cave.
Va pourrir maintenant dans la profonde cave!
Comme un chien égorgé qui se tord et qui bave, Tu mourras sans pouvoir pousser un cri !
Elle jette le couteau dans la cave et referme la porte,
scè:p^e III