‹ Trois drames en versChapitre 77 sur 176 · JACQ^UES, ANGUS · texte numérisé non relu

JACQ^UES, ANGUS

ANCUS, allant au Roi,

Très bien, Sire! les yeux sont doux, la voix est tendre; Votre Grâce a bon goût.

JACQUES, impatienté.

Comte î

ANCUS

Je suis discret!

C'est tout simple, d'ailleurs; le Roi vient en secret Courtiser une fille aimable et très jolie, Rien n'est plus naturel. Quelque peu de folie, Sire, ne messied pas au roi de dix-sept ans ! De par sainte Brigitte, il sera toujours temps De gouverner... Et puis, je suis là...

JACQUES, iron iquemcut .

Merci, comte...

TABLEAU III, SCÈNE X l8l

ANGUS

Enfin, je n'ai rien vu, rien entendu!

J'y compte!

Ainsi, vous me suiviez?

ANGUS

Les affaires d'État !

JACQUES

Je n'imaginais pas, Mylord, qu'on les traitât Dans une hôtellerie, entre deux brocs.

ANGUS

Cher Sire, Ne vous irritez pas et laissez-moi vous dire Rien que deux mots, en hâte; il s'agit du décret...

JACQUES

Encore !

ANGUS

J'espérais que le Roi signerait; En rentrant au palais, on m'apprend...

JACQUES

Que je signe !

Jamais! Le chancelier d'Ecosse est toujours digne De notre confiance, et jamais cette main Ne le flétrira... Non!

ANGUS, à part.

Tu signeras demain, Enfant! car je saurai briser ta résistance.

l82 LE COEUR SANGLANT

Allez ! et désormais cessez toute insistance.

ANCUS, très souple.

Oui, Sire, j'avais tort; mon zèle est maladroit; l\ suffit que je veille et ce n*est pas l'endroit Ni l'heure de parler d'une ennuyeuse affaire, Car, après tout, elle est de celles qu'on diffère... Je m'en vais... N'ayez plus souci que d'être heureux!

JACQUES

Hélas !

ANCUS

Car j'ai surpris, mon royal amoureux.

Deux baisers qui troublaient l'écho de cette salle Et prouvent qu'on connaît son devoir de vassale.

JACQUES

Non, ce baiser, c'était le baiser de l'adieu; Elle part... On l'emmène.

ANGUS

Elle part ! Jour de Dieu !

11 faut bien qu'être roi vous serve à quelque chose; Vous êtes tout-puissant; enlevez-la!

JACQUES, après reflexion .

Je n'ose...

Je l'aime!

ANGUS

11 faut oser! vous avez tous les droits.

Tout ce que vous voulez, vous le pouvez. Les rois, Absolus souverains des choses et des êtres.

N'ont que leur bon plaisir pour règle; ils sont les maîtres. Le devoir des sujets se forme de leurs vœux, Et tout doit obéir quand ils disent : Je veux!

JACQUES, tristemetit.

Je voudrais.

Prenez-le.

ANCUS

Mon cheval est là, près de la porte;

JACQUES

L'enlever? Non! c'est mal!

ANGUS

Et qu'importe !

JACQUES

L'enlever ?

ANCUS

L'emporter au palais...

JACQUES

Non I la voir Pleurer!... Non!

ANCUS

Vous l'aimez. . . Vous l'auriez !

JACQUES, frissonnant.

Moi!... L'avoir A moi seul ! La tenir dans mes bras ! Ne plus craindre Qu'on me la prenne !

ANCUS

Eh bien?

JACQUES

Je n'ose la contraindre.

ANC us, lui prenant la main.

Vous montez à cheval... — Ah ! comme votre main Tremble!... — Je vous la jette entre les bras...

Un silence.

Demain, Vous me remercierez, timide que vous êtes...

Allons! laissez-moi faire et, cette nuit...

JACQUES,y>r« d*un violent désir.

Oh!

Après une lutte intérieure.

Faites !

ANCUS

C'est bien! séparons-nous... Courage! la voici...

SCÈ^E XI

Les Mêmes, MARIE.

MARIE, pâle, avec un regard vers la cave.

Un homme!... là!... qui rampe... Oh! j'ai peur! Ah!

Elle s'approche de la table où vient de s'asseoir Angus et y place, d'un mouvement automatique, un broc, puis un gobelet.

ANCUS

Merci !

TABLEAU III, SCÈNE XI 1 8f

JACQUES, bas, à Marie, Viens avec moi, veux-tu?

MARIE

Non ! Non !

A part.

Je serai forte.

JACQUES, légèrement.

Adieu, donc !

MARIE, (Tune voix profonde.

Au revoir! Je suis à demi morte...

Jacques, Dieu m'est témoin que je vous aime, mais Je ne peux pas... Plus tard, tu verras... Je t'aimais...

Jacques sort. On le l'oit s'approcJjer du clxval, puis le monter Douglas se lève comme pour partir.

Ah!... vont-ils me laisser ici, seule... avec l'homme?...

JACQUES, revenant sur le seuil.

Tu ne m'embrasses pas, Marie!

DOUGLAS, s' arrêtant à ce nom.

Elle se nomme Marie!... Ah! je voudrais qu'elle eût un autre nom Pour ce que je vais faire...

Un dernier baiser !

A NOUS, ysitant.

Non!

Je n'ose pas... Marie!...

l86 LE COEUR SANGLANT

MARIE

Un dernier!

ANGUS

C'est indigne !

MARIE

Puisque c*est le dernier...

Elle court â Jacques qui vient de monter à cixt'al.

ANGUS, hésitant.

Marie!...

Prenant une résolution.

Il faut qu'il signe !

// s'élance en déroulant son plaid. Marie est auprès du Roi, lui tendant les bras. Angus lui jette son plaid sur la tête, puis, la saisissant par le milieu du corps, la dépose dans les hras du Roi.

MARIE

Au secours!

ANGUS

Maintenant, en route !

Ij* Roi piirt au galop. Douglas reste sur le seuil, les regardant s'éloigner. Pendant ce temps, la porte de droite s'est ouverte, et le mendiant, eu rampant, s'avance et s'accroche â la muraille pour se lez'i'r.

SCÈt^E XII

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