‹ Trois drames en versChapitre 76 sur 176 · JACQUES, MARIE · texte numérisé non relu

JACQUES, MARIE

JACQUES, à wi-voix.

Marie !

MARIE, se lei'ant.

Oh! lui! c'est lui!

Jacques!

TABLEAU m, SCÈNE VIII lyf

JACQUES

Vous pleurez !

MARIE, essayant de sourire.

Non ! c'est fini, non !

JACQUES

Chère âme, Qui vous a fait pleurer, dites-moi ? Je me blâme De n'être pas venu plus tôt. Je veux savoir Pourquoi mon beau ciel bleu s'est obscurci, ce soir. J'arrivais tout joyeux, mais tu me déconcertes Avec tes larmes... Non, souriez vite! Certes, Vous êtes belle avec ces larmes dans les yeux, Mais vous êtes plus belle, et je t*aime bien mieux, Quand la joie innocente éclaire ton visage... Allons ! ne pleurez plus, Marie, et soyez sage, Méchante!...

Marie éclate en sanglots,

Encor!... voyons!...

MARIE, se h'fant.

On m'enferme au couvent ; Je pars demain !

JACQUES

Tu pars! Je vivais en rêvant Le bonheur... je m'éveille... Oh! ne pars pas, Marie! Je suis seul, et tu veux me quitter ! Je t'en prie. Reste... Si tu savais la tristesse où je vis! Je n'ai que des chagrins, et lorsque je te vis Pour la première fois, ce fut comme une aurore... Reste! non, ne pars pas; je veux rêver encore!

Un seul mois de bonheur, c'est trop court... Non! partir Déjà!... Mais tu veux donc me faire repentir De t'aimer tant!

// tombe assis sur le banc.

MARIE

Je pars demain. Mon cœur se brise En y pensant. Ma vie, hélas ! vous l'avez prise. Et je souffre et je pleure à l'instant du départ. Vos chagrins et vos maux, moi, j'en voulais ma part; Vous vouliez votre part aussi de ma tristesse; Nous nous sommes aimés en nous voyant. Était-ce Par un pressentiment des communes douleurs?

JACQUES

Oui, nos regards se sont cherchés parmi les pleurs. Et nous avons goûté cet amour plein de charmes Éclos dans l'infortune et fleuri dans les larmes. Je pleurais bien souvent...

// /<•;/</ h's mains à Marie et V attire prh ilc lui sur le banc.

MARIE

Et je t'aimais ainsi.

Tu disais : « Je suis seul! »

JACQUES. s

« Et je suis seule aussi, »

Disais-tu. Nous avons connu l'enfance amcre, Sans amour.

MARIE

Tu disais : « Mon père est mort! Ma mère M'oublie. Autour de moi des ennemis puissants S'agitent; j'ai peur d'eux. J'ai peur, car je me sens

TABLEAU m, SCÈNE VIII 1 77

Trop faible. Contre eux tous faisons une alliance ! Je vous aime, aimez-moi, j'aurai plus de vaillance, Marie, et le combat alors me sera doux, Puisque je lutterai pour me garder à vous. »

JACQUES, r entourant de ses bras .

Et toi, tu me disais, attristée et câline :

« Jacques, aimez-moi bien, car je suis orpheline. »

MARIE

Et notre amour, comme un soleil aux chauds rayons, A séché dans nos yeux les pleurs que nous versions.

Ils restent un instant silencieux; la tête de Marie repose sur VépauU de Jacques.

JACQUES, tout à coup, se levant.

On t'emmène au couvent! Eh bien, fuyons ensemble, Veux-tu ?

MARIE, debout.

Fuir avec vous!... Avec vous?... Il me semble Que je n'oserais pas.

JACQUES, V entraînant.

Fuyons, veux-tu?

MARIE, s'arraclxint à son étreinte.

Jamais!

JACQUES, aprh un silence.

Tu me disais, hier encor, que tu m'aimais; Aujourd'hui, je vois bien que tu n'es plus la même! Va! Tu ne m'aimes pas.

MARIE, se jetant à son cou .

Je t'aime! Ah! si, je t'aime!

lyS LE COEUR SANGLANT

SCÈS^QE IX

Les Mêmes, ANGUS.

ANC us, sur le seuil.

Vive Dieu ! les amours vont bien !

MARIE, s' éloignant de Jacques.

Ah!

ANGUS, descendant.

Pas d'effroi !

Je ne veux rien troubler.

A Jacques, bas, en passant devant lui.

Je n'ai pas vu le Roi!

Haut, avec affectation.

Or ça, l'hôte, je vais souper ici... Personnel... On dort donc à Thôtel de la Belle Saxonne >

JACQUES, à part.

Angus! Que vient-il faire ici?

J'attendrai.

// s'assied.

ANGUS

J'appelle en vain;

MARIE, $\ipproc1}ant.

Que faut-il à Votre Honneur?

TABLEAU m, SCÈNE IX 1 79

ANGUS

Du vin.

Quoi, rhôtesse, c'est toi, la belle? Je regrette, Mignonne, de troubler si gentille amourette. Tu trembles?...

MARIE

Non!

ANGUS

Quel âge as-tu, dis?

MARIE

J*ai seize ans.

ANGUS, â pari.

Seize ans!... Ma fille aurait ces regards bienfaisants Et cette fraîche voix... Toujours cette pensée!

A Marie.

Ton père est bien heureux!

MARIE

Mon père m'a laissée ; Lorsque j'étais petite, il nous quitta!

ANGUS, à part.

Voilà Le sort! Je chérissais ma fille; on la vola!

Cet homme abandonna la sienne. O destinée!

Si son âme du moins m'avait été donnée.

Je ne souffrirais plus encore.

MARIE, qui a pris une lampe, *

Votre Honneur A demandé du vin...

l8o LE COEUR SANGLANT

ANCUS

L*oubli, c'est le bonheur!

MARIE, passant près (TAtigus.

Je suis seule; excusez si je vous fais attendre...

EUe sort à droite par la porte de la caiv.

scè:^e X

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