JOHN HART, MAITRE GALWIN, SIR PATRICK
Au lez'er du rideau, John Hait est assis sur un coffre long qui sert de marchepied au lit. Gahvin est près de lui. Usant. Un peu à r écart, sir Patrick feuillette une Somme.
JOHN HART clyante en s* accompagnant sur la mandoline.
Dors en paix, mon nourrisson; Ta mère était de noble race Et ton père sur sa cuirasse
Porte un brillant ccusson.
GALWIN.
Bravo, mon petit Jean! La romance est touchante.
TABLEAU IV, SCÈNE l 189
JOHN
Le Roi ne rentre pas !
G A L w I N , avec un geste vers la porte.
Silence, page!... et chante!
JOHN
Non ! Je n'ai pas le cœur à chanter.
CALWIN.
S*il vous plaît, Monsieur John Hart, encore un tout petit couplet!
JOHN
Le Roi ne rentre pas ! Sait-on ce qui se passe, Galwin ? Le Régent veut obtenir de Sa Grâce Le renvoi de Mylord Beaton.
Laissant tomber sa mandoline.
Les ennemis!
Les Douglas!
Sir Archibald, Georges et William Douglas paraissent dans l'anticljambre.
SIR PATRICK, la main sur le livre.
Texte obscur où le doute est permis !
CALWIN.
Courage, maître John ! Même quand le cœur saigne, Il faut garder un front impassible. On enseigne Qu*un Spartiate, un jour, eut le courage...
JOHN
Hélas !
11 n'avait qu'un renard, nous avons cinq Douglas!
CALWIN.
Qu*importe! Je les hais; cependant je me lève Et vais au-devant d'eux; regarde!
SCÈ!^E II
Les Mêmes, SIR ARCHIBALD, SIR GEORGES, LORD WILLIAM, puis PARKHEAD.
SIR ARCHIBALD, cljerclxiut Ic Roi, à Gaîwitt .
Votre élève?...
Le Roi?...
LORD WILLIAM
Sa Grâce?...
GALWIN.
Hélas! Mylord...
JOHN, à pari.
Oh ! les méchants !
GALWIN.
Hélas! Mylord, Sa Grâce a pris la clef des champs.
SIR ARCHIBALD
Quel contre-temps!
LORD WILLIAM
Il court les filles...
CALWIN.
Votre robe Vous permet de savoir des secrets qu*on dérobe A la mienne, Mylord abbé de Sainte-Croix; Mais moi, j*ignore...
LORD WILLIAM
Oh! moi, je ne sais rien; je crois...
SIR ARCHIBALD, à GeorgCS.
Il croit!
SIR GEORGES
Si c*est en Dieu, miracle!
SIR ARCHIBALD, à sir Patrick.
Ah ! bon jeune homme, Que lisez-vous donc là?...
Sir Patrick ferme le livre sans répondre.
C'est saint Thomas!... La Somme!
Pauvres infortunés, c'est la mode du jour, Ils épluchent la Bible, oublieux de l'amour!
SIR PATRICK
J'en sais qui feraient bien, vieillards au cœur fragile. En oubliant l'amour, d'apprendre l'Évangile.
SIR ARCHIBALD
Si jeune et déjà vieux!
PARKHEAD, entrant et allant à ses cousins.
Angus n'est pas rentré?
SIR GEORGES
Non, beau cousin!
PARKHEAD.
J'ai peur qu'ils ne l'aient attiré Dans quelque piège ?
Non! Tout au fond d'une impasse, Il guette, cette nuit, les amours de Sa Grâce.
SIR ARCHIBALD
Vénus irrésistible et Bacchus tout-puissant Accompagnent, ce soir, notre cher comte absent.
'SIR GEORGES
Le Roi n'a pas voulu signer la déchéance
De ce bon chancelier, mais la douce influence
De l'amour et du vin l'auront vite adouci ;
11 signera.
PARKHEAD.
S'il sait ce qui se passe ici, Au lieu de renoncer à la chancellerie, Le primat...
LORD WILLIAM
Nous avons fêté sainte Marie Près des autels ensemble, et le primat épais M'a paru fort tranquille à mon baiser de paix.
SIR ARCHIBALD, montrant Gaîwin et John.
Mais l'endroit n'est pas sûr pour en parler!... Silence!
LORD WILLIAM
Confions-nous en la divine Providence...
SIR G E o R G E S , fi 5 /r Archibaîd.
Quelle conversion!... 11 nous parle des cicux!
SCÈC/^E III
Les Mêmes, B EATON en costuuie épiscopal; DO M ALEXANDRE, portant sa croix devant lui. Deux cïjoristes les suivent, Vun portant Vencens et Vautre Veau bénite.
PARKHEAD.
L*archevêque !
BEATON
La paix soit avec vous, Messieurs !
LORD WILLIAM,//// montrant Varcljevèque.
Eh bien! cousin Parkhead, cela te tranquillise?
PARKHEAD.
A moitié seulement : c'est un homme d'Église!
BEATON, S* avançant près du Ut et V aspergeant d*eau bénite,
O mes frères, prions le Seigneur tout-puissant, Pour qu'au moins, si le Roi notre Sire est absent. Il trouve, à son retour dans la chambre royale, Comme un parfum d'encens, la prière loyale Que pour lui nous faisons au Seigneur Roi des rois.
Tous s'agenouillent, excepté sir Patrick,
Divin Jésus, Sauveur du monde, en qui je crois. Par l'intercession de la Vierge Marie, Laisse tomber du Ciel sur Lui pour qui je prie Un regard de clémence et de pitié. Tu sais Quelles sont les douleurs de ton peuple écossais,
Quels maux il souffre et dans quelle angoisse profonde Il est plongé; Seigneur Jésus, en qui je fonde L'espoir d'un avenir de paix et de bonheur, Prends pitié de l'Ecosse, enfin !
PARKHEAD, se levant.
Sur mon honneur, La prière n'est pas de mon goût et j'enrage !
A Beaton.
La prière, Mylord, doit-elle être un outrage?
BEATON
Mylord, je parle à Dieu !
PARKHEAD.
Mais, moi, je vous entends :
Vous élevez vers Dieu la voix des mécontents ; Vous maudissez, Mylord, mais vous ne priez guère. Car votre oraison hurle ainsi qu'un cri de guerre.
BEATON
Les maux de ce pays sont-ils donc un secret?
Je parle à Dieu dans ma conscience.
Au geste de Varchexrque, on a entendu un bruit dUicier sous ses vêtements.
PARKHEAD, iiiilleur.
On dirait Que votre conscience a des bruits métalliques; Elle sonne l'acier dans vos saintes répliques. J'aurais dû me douter que sous votre rochet Une cotte de maille aussi bien se cachait Que sous votre oraison s'abrite la menace.
TABLEAU IV, SCÈNE III 1 9f
B EATON, très calme.
Seigneur, sauve le Roi de la haine tenace Des méchants; garde-le parmi ses ennemis!
Qu'il aime ton Église ainsi qu'un fils soumis! Fais que son règne soit glorieux et prospère Et qu'il vive longtemps, Seigneur! Au nom du Père Et du Fils et du Saint-Esprit !
TOUS, lx)r5 ParkJjcad et sir Patrick.
Ainsi soit-il !
Ils se Ih'etit.
SIR GEORGES, bos, à Parkhead.
Cousin, soyez prudent!
PARKHEAD.
Oui, ce prêtre subtil Me pousserait à bout; il vaut mieux que je sorte.
LORD WILLIAM, de même.
Il faut dissimuler, cousin.
PARKHEAD.
Et je m'emporte.
Georges et Parkhad sortent.
SIR ARCHIBALD, à Beatoii.
Excusez-le, Mylord ; cet homme violent
Semble toujours, à tort, prêt à mordre en parlant.
LORD WILLIAM, hypocritement.
Il eût dû respecter en vous le caractère Qui vous rend vénérable à tous...
SIR ARCHIBALD, de mitUC»
Savoir se taire!
B EATON, trh affable.
Non ! c'est bien d*un Douglas, c'est bien d'un Écossais, Mylords, de se montrer vaillant, même à l'excès.
LORD WILLIAM, Saîuaui.
On voit toujours en vous la charité chrétienne.
SIR ARCHIBALD, ih' WCIIIC.
Adieu, Mvlord!
BEATON
Adieu, Mylords!
Sir Archihald et lord ÏVilliam sorletiL
SCÈ!^E IV