LES COMTES
Oui!
BEATON
Vous approuvez mes plans?
TOUS
Oui!
BEATON
Vous voulez venger, vaincus que rien ne dompte, La fuite et ses effrois, la défaite et sa honte, Et, pour l'amour du Roi captif de ces félons. Vous voulez vous lever encor?
TOUS
Nous le voulons!
BEATON
Femme, apporte la croix! et vous, mornes naguère, O bardes consolés, jouez le chant de guerre!
Madeleine s*est approcJjée.
MADELEINE, letmtt la croix. Les bardes et les joueurs de corneviuse
accompagnent sa psalmodie.
Dans Inch Caillach, un if aux rameaux toujours verts. Pendant les étés chauds, pendant les froids hivers. Jette sur les tombeaux le manteau de son ombre... Et la vieille Ben Shie à la voix forte et sombre Peigne ses longs cheveux et lance aux quatre vents Son cri lugubre : a Paix aux morts ! Mort aux vivants ! »
B EATON, brûlant la croix aux quatre extrémités.
Et moi, pendant la nuit, ministre des colères, J*ai coupé dans cet if deux rameaux séculaires; J'en ai fait une croix! Mes frères, à genoux! La noire Croix de Feu va se lever sur nous!
Les Écossais s* agenouillent. Le forgeron égorge le houe. Sou sang est recueilli.
MADELEINE
Dans Inch Caillach, sous Tif paisible aux rameaux verts,
Secouant ses cheveux où neigent les hivers,
La Vieille Femme pleure et sa main sur sa tête
Retient le manteau bleu que gonfle la tempête.
Et la Ben Shie, avec un murmure de glas.
Lugubre, chante : « Paix aux morts! Mort aux Douglas! »
B EATON, trempant la croix dans le sang.
Et moi, pendant la nuit, ministre des colères. J'ai coupé dans cet if deux rameaux séculaires; J'en ai fait une croix! Mes frères, à genoux! La rouge Croix de Sang va se lever sur nous !
Les harpes et les corneviuses se taisent.
Que maudit soit le lâche à la figure blême.
Le traître aux yeux hagards, qui, voyant cet emblème,
Refuse de quitter le seuil de sa maison!
Cardez le souvenir de cette trahison :
Sur le front qu'il en ait la marque accusatrice,
Pour que votre mépris à jamais le flétrisse!
Que sa mère s'éloigne en le voyant! Qu'il soit,
Dans les chemins, par les enfants montré du doigt!
Que les vierges, baissant la tête à son passage,
S'il leur parlait d'amour, lui crachent au visage.
Et que le feu, tombant du ciel même à ma voix,
Brûle son toit comme il a brûlé cette croix!
Que son pied soit brisé, que sa main se dessèche;
Que sa langue se glace et que, comme une flèche,
Ma malédiction lui crève les deux yeux!
Qu*il soit honni sur terre et maudit dans les cieux!
Que celui qui voudra le frappe par derrière!
Qu*il meure abandonné, sans larmes, sans prière,
Et que son corps, privé de la paix des tombeaux.
Soit mangé par les loups, les chiens et les corbeaux!
SIR WALTER
Et vous, frères, debout! Que nul souci vulgaire Et nul humble intérêt ne retardent la guerre! Quiconque a dix-sept ans et n*a pas soixante ans S'armera pour le Roi! Debout, les combattants! La fourche vaut la lance et la faux vaut le glaive ! Que le laboureur parte et le marchand se lève : Du dernier des manants le Roi fait un guerrier. Ceux qui ne pourront plus se battre iront prier! Et cessant toute affaire et quittant tout négoce. Accourez tous ! Debout, frères ! C'est pour l'Ecosse !
B EATON, à un jeune homme qui s'agenouille devant lut.
Et toi, reçois la Croix de Sang, la Croix de Feu!
Sois renvoyé du Roi, le messager de Dieu !
Tu ne t'appartiens plus en prenant ce symbole;
Pars donc! Gravis les monts et les redescends! Vole!
Évite adroitement le piège des marais ;
Vole dans la bruyère; à travers les forêts.
Vole, sans écouter le doux bruit de la source!
Tu n'as plus faim! tu n'as plus soif! et dans ta course, .
Tu n'entends rien, bon messager, tu ne vois rien !
Va toujours devant toi, courrier aérien!
Il te faut de l'astuce, il te faut de l'audace !
Bondis comme un oiseau! Comme un son dans l'espace
Évanouis-toi!... Va! vole! et, dans chaque clan,
Montre la Croix et dis le rendez-vous : Falkland !
TOUS, les armes levées, A Falkland !
SIR WALTER
Nous avons bien du sang et des larmes A venger!
TOUS
A Falkland !
BEATON, /« bénissant.
Dieu bénisse vos armes !
Écoutez maintenant et sachez mes projets :
Sa Grâce, et c'est un deuil profond pour ses sujets, Depuis le jour fatal de notre tentative.
Sa Grâce dans les murs de Falkland est captive. L'ambitieux Angus, tout-puissant par TefFroi, De Régent qu'il était, s'est fait geôlier du Roi. Dans le sombre château qu'environne la haine, Le Roi languit, et cinq bandits tiennent la chaîne Qu'ils ont rivée à la couronne! Hélas! hélas! Puisse s'arrêter là le crime des Douglas!
Us abâtardissaient l'enfant; quand le jeune homme, Se réveillant enfin, leur cria : « Je me nomme Stuart! Je suis le Roi! » le Régent étonné Trembla pour sa puissance : ils l'ont emprisonné! Et j'ai peur, car je sais ce dont ils sont capables, Qu'à l'heure du péril devenant plus coupables, Quand les glaives vengeurs luiront hors du fourreau. J'ai peur que le geôlier ne devienne bourreau !
LE COMTE d'aRGYLE.
Ils ne l'oseraient pas!
BEATON
Mylord, craignez qu'il l'ose !
Faut-il vous rappeler, Sir Walter, qu'à Meirose Ils ont forcé Sa Grâce à marcher auprès d'eux. Et pour Elle craignant quelque coup hasardeux. Vous avez dû cesser une lutte impossible.
Car ces traîtres offraient à vos archers pour cible La poitrine du Prince!
SIR WALTER, tristement.
Ils l'ont osé, Mylords.
Vous voyez bien qu'ils le tueraient.