ANGUS, MADELEINE
MADELEINE
Roi!
ANGUS
Qui me parle ?
MADELEINE
Moi!... L*ccho, si tu préfères!
ANGUS
L'écho!... Tu m'écoutais?
MADELEINE
Ce sont graves affaires Et tu voudrais cacher dans ton cœur ton secret; Cest bien! Mais Toeil de la Voyante est indiscret: Il va, cherchant au fond des âraes transpercées Les sentiments cachés, les intimes pensées Que la prudence humaine en vain veut retenir. Elle sait le passé, devine Tavenir, Et rhomme plein d'espoir et le ciel plein d'étoiles Sont voilés vainement; elle arrache les voiles... De la plante des pieds aux pointes des cheveux, Je te connais, Angus; je sais ce que tu veux. Tu veux régner...
Le regard fixe et comme voyant dans la pensée d* Angus,
Par quels moyens briser l'obstacle?...
Un meurtre!... On n'ose pas; on demande un miracle... Il est faible et chétif, ce Roi! Si Dieu voulait Permettre que la mort prenne ce roitelet, Ce serait bien ainsi! L'ambition poltronne Ne voudrait pas avoir du sang à sa couronne!
« Ah! tu mourras, Stuart! Va donc, tu m'appartiens : Maintenant j'ai tendu mon piège et je te tiens! Vois cette femme! Elle est jeune et belle!... tu l'aimes! Tu l'aimes, car j'ai vu trembler tes lèvres blêmes Et ton corps tout entier frissonner de désirs... Aime-la!... Aimes-en d'autres! Cours aux plaisirs Qui brûlent! Aime-les toutes et sois leur proie! La débauche t'a pris; va donc, qu'elle te broie! »
ANGUS
Tais-toi !
<K L'amour prendra ta jeunesse et ton sang!
Tombe donc dans ses bras mortels, et qu'en passant, Chaque femme, acharnée à ta fougue novice.
T'enlève une vertu pour te laisser un vice !
Petit Roi, je te veux ainsi. Ne pense pas Que je t'arrête, alors que je sais où tu vas ! C'est la mort! Eh bien, meurs de cette ardeur précoce! Meurs ! Meurs ! Meurs donc ! A toi la tombe, à moi l'Ecosse ! »
ANGUS
Plus bas!... Plus bas! Tu dis des choses qui font peur!
MADELEINE
« Pourtant il ne meurt pas ; ce visage trompeur Nous abusait. Il vit! Le petit Roi veut vivre! Il vivra!... Non! Il faut que la mort me le livre. D'elle-même! Il le faut! Comment? Et dans quel lieu? Dans l'air empoisonné de Falkland, au milieu Des marais, le fatal miasme qu'on respire Le tuera. C'est la mort dans ce qu'elle a de pire, Lente, triste, invisible... et certaine! »
ANGUS
Ta voix Me trouble... Tu connais le passe! tu le vois! Mais l'avenir! sais-tu l'avenir?
MADELEINE, iiumohilc et iriS calme maintcmiul.
Dieu le cache Jalousement. Pourtant, il se peut que je sache Le secret qu'il dérobe à tout regard humain.
Je puis le lui ravir. A l'angle du chemin Qui descend de Cross-Hiil au fond du Val du Diable,
Minuit peut me livrer le mystère effroyable.
Ce soir, la pleine lune éclairera ces monts; Viens, j*interrogerai le ciel... ou les démons.
ANCUS
Sorcière, laisse là toute ta jonglerie
— Je suis bon catholique — et permets que je rie
De ton audace. Moi, je te consulterais,
J'irais te demander humblement les arrêts
Du Destin! L'avenir est à moi! Je puis faire
Qu'il soit ce que je veux; je hâte ou je diffère
A mon gré l'action résolue... Et comment
Saurais-tu ce que, moi, j'ignore en ce moment?
Ma volonté n'est pas au hasard asservie.
Femme!
MADELEINE, s'apprOClxtllt.
Je sais encor pour détruire la vie Des charmes sûrs. Je puis d'un homme jeune et beau Faire un squelette pâle et mûr pour le tombeau.
ANGUS
Merci! J'ai mon poignard; c'est une mort plus sûre.
MADELEINE, à V oreille d'Angits.
Je puis tuer d'un mot sans faire une blessure. Par un envoûtement qui restera secret.
ANGUS, troutque.
Nous aurions un témoin : la lune parlerait!
Si quelqu'un doit mourir près de moi, j'ai des armes. Mon désir fixera son heure, et non tes charmes, Sorcière! Laisse-moi; j'en ai trop entendu!
Marie paraît sur le perron. En entendant parler, elle se penche
('/ recon liait Angns et Madeleine. Elle descend le perron en écoutant, caclje'e par la balustrade.
SCÈC/^E XI