‹ Trois drames en versChapitre 95 sur 176 · HUITIÈME TABLEAU · texte numérisé non relu

HUITIÈME TABLEAU

A droite, au premier plan, un prie-Dieu; au second, une fenêtre. A gauche, une porte au premier plan; au second, le lit du Roi; au fond, une cheminée; entre la cheminée et la fenêtre, sur une table, les insignes royaux. Un flambeau près du lit.

SCÈIT^E T%EéMIÈ%E

MARIE à Vavant-schie, à droite, dans h costume hlanc du Roi. Au fond, près du Ut, JACQU ES acl}evant de revêtir le costume de BoJjémien avec l'aide de JOHN et de G A L W 1 N .

MARIE

C*est mon père!... On lui tend un piège... Et c'est mon père! Et si je dis un mot, le Roi... Jacques... Que faire?... L*aïeule est implacable... Ah! ce piège... S'il sort De Falkland... Ah! j'ai peur!... Mon père! c'est la mort!... Oh ! pouvoir les sauver ensemble !

JACQUES, descendant.

Je parie Qu'ils vont s'y laisser prendre... Ah! j'en rirai!...- Marie, Qu'en penses-tu?...

Sahtattt Marie ai'ec uue gravité comique.

Pardon, que Votre Majesté, Sire, daigne jeter les yeux de mon côté.

Allons! regarde-moi! C'est qu'elle s'accoutume Aux grandeurs! Eh bien, moi, j'aime mieux mon costume. Oh! quel ajr sérieux! Est-ce que tu te crois Obligée à garder le silence? Les rois.

Cela parle; au besoin, cela rit... Dis donc. Sire, Ne veux-tu pas permettre à Ta Grâce de rire?

Je vous trouve, Mylord le Roi, grave à l'excès. J'étais moins sérieux quand j'étais Roi, tu sais... Ah! comme je suis gai!... Pense donc, être libre! A ce mot, je sens là quelque chose qui vibre! Libre! je te devrai ce bonheur... Cher amour. Qu'est-ce que je pourrais te donner à mon tour?

MARIE

Ah! si je ne craignais, Sire, d'être importune...

JACQUES

Fst-il une faveur?

MARIE

Mvlord, il en est une :

La grâce d'un coupable...

JACQUES

Accordée... Ht puis?

MARI E

Non !

C'est assez î

JACQUES

Quoi! si peu?...

Si VOUS saviez son nom, Vous pourriez regretter cette grâce peut-être.

JACQUES

A moins que ce ne soit un Douglas!...

MARIE

C'est un traître!

JACQUES

Ah ! si c'est un Douglas, j'ai fait un grand serment Que pas un d'eux n'échapperait au châtiment; Si c'est cela, demande autre chose. Leur race Est condamnée et doit, sans laisser une trace, Disparaître à jamais du monde. J'ai juré Que rien ne survivra de ce nom abhorré.

MARIE

Tuez-moi donc, alors! je suis de leur famille...

JACQUES, avec un vwuvemeut de répulsion .

Toi, Marie?... Ah! toi! toi!

Du comte Angus.

MARIE

Sire, je suis la fille

JACQUES

Toi!... Vous, sa fille!... Vous!

MARIE

Hélas !

JACQUES

On ne peut être ensemble et Stuart et Douglas; Entre ces noms rivaux la haine a mis un gouffre.

MARIE

Je les aime tous deux, et c'est pourquoi je souffre. Ayez pitié de moi, Sire, soyez clément; Songez que j*ai votre promesse !

JACQUES

Et mon serment?

MARIE

Vous êtes libre... — Ah ! vous voulez donc que je meure, Mylord! — Libre par moi!... Vous disiez tout à Theure : a Qu'est-ce que je pourrais te donner, cher amour? »

SCÈC^E II

Les Mêmes, MADELEINE.

MADELEINE, aCCOlirUflt.

Alerte, Majesté! Sir George est de retour; II a pu s'échapper aussitôt pris au piège...

On arme le château pour soutenir un siège...

Il a vu nos soldats... nous partons à l'instant! Venez! vous sortirez avec nous...

JACQUES, à Marie.

En partant, Je te laisse un adieu reconnaissant : Espère!

MADELEINE, à Marie.

Et toi, réjouis-toi : cela sauve ton père...

Puis, à part.

Aujourd'hui, car j'aurai ma revanche demain.

JOHN, à GaliL'iii, près de la porte.

Parkhead !

SCÈD^E III

Les Mêmes, PARKHEAD.

PARKHEAD, qui entre bruyamment.

Allons! dehors, Bohémiens!

JACQUES, 5* agenouillant devant Marie.

Votre main.

Sire!

Très bas.

Au revoir, Marie !

MARIE, de même.

Adieu, Jacques!

MADELEINE, à John et à Galwin, en montrant Parklyead

qui clxinceUe.

L'ivresse Et bientôt le sommeil.

PARKHEAD.

Dehors, et qu'on se presse !

28o LE COEUR SANGLANT

JACQUES, ÎHJS, à John d à Gakviii .

Au revoir!

JOHN et CALWIN, de même, A demain!

JACQUES, à eux et à Marie, très gravement.

Et de la gravité, Maintenant; de vous trois dépend ma liberté : Qu'on me poursuive avant que j'aie atteint l'armée Et c'en est fait de nos espoirs. Ma bien-aimée, Sois prudente!

PARKHEAD.

On dirait un voile sur mes yeux!

Qu*ai-je donc?

JACQUES

Au signal de nos pibrocks joyeux, Tu sauras que je suis sauvé.

MADELEINE, à IXVX ÎUlSSi'.

Hâtez-vous, Sire!

JACQUES, à Marie.

C'est que... j'aurais encor quelque chose à te dire, I:t puisque je m'en vais, ne me le défends pas!

MARIE

iNon, j'ai compris.

JACQUES

Je veux te le dire tout bas :

Je t'aime!

MARIE

Quittons-nous sur ce mot : c'est le rêve!

Mais le rêve, aux lueurs du jour naissant, s'achève...

JACQUES

Adieu, mon doux amour!

MARIE

Adieu, mes chers regrets...

JACQUES, après avoir cJjerche des yeux Parkhead qui est au fond. Un baiser!

// haise Marie au front.

Encore un!

MARIE

Est-ce que je pourrais Dire non!... Un dernier encore...

JACQUES

Ah ! tiens ! je reste !

MARIE

Non!... partez!

MADELEINE, Saisissant Jacques par h bras et r entraînant violemment.

Viens donc, toi!...

SCÈS/^E IV

GALWIN, JOHN, MARIE, PARKHEAD.

MARIE

Mon Dieu!

JOHN et GALWIN.

Sauvé !

PARKHEAD, redescendant.

La peste Soit de ces Bohémiens... J'aurai trop bu ce soir; Ma mémoire s*en va... Si je pouvais m'asseoir... Non! Je ne pourrais plus me lever... Qu'ai-je à faire Encore? J*ai parlé trop haut... je dois me taire... Angus m*a dit... Je sais... les deux autres... Allons ! Vous autres... les deux... là... Tournez-moi les talons...

JOHN

Que dit-il ?

PARKHEAD, niotitrant John.

Vous !

Montrant Galwin.

Et vous !

GALWIN.

Que nous veut-il ?

PARKHEAD.

Qu'on sorte!

J'ai Tordre, tous les deux, de vous mettre à la porte !

CALWIN.

Sa Grâce est fatiguée, et peut avoir besoin De mon aide; je vais m'étendre dans un coin.

PARKHEAD.

Non! Sortez!

JOHN

Moi, je dois rester; c'est mon service.

PARKHEAD.

Vous sortirez tous deux! Faut-il que je sévisse. Que j'appelle?...

GALWiN, bas, à Joint.

Évitons un esclandre à tout prix !

JOHN, Jxiut, à Parkloead.

Nous sortons.

CALWIN, à Marie qui est près de la fenêtre.

Adieu, Sire.

PARKHEAD.

Ah! vous m'avez compris!

JOHN, à Marie.

Courage !

Lui baisant la main, en s' agenouillant.

Au revoir, Sire.

Ils sortent.

SCÈC^E V

PARKHEAD, MARIE.

PARKHEAD, clxitICelaut .

On dirait qu'on me bcrcc.

Un effort!... Il me reste...

MARIE, prh de la feitctre.

On a levé la herse!...

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