DIDIER ET 0% LIBRAIRES-ÉDITEURS
35> QUAI DIS AUGUSTtHS KlNn« à» toM Jniia.
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Je réunis dans ce volume trois nouvelles éludes historiques, Enguerrandde Marigny^ Beaune de Sem" àlançay et /« clievalier de Mohan^ que je fais suivre de quelques [ ièces, la plupart inédites, destinées à en éclairer les détails, ludependamment du lien très-réel qu'établit entre les deui premières de ces études Tanalogie évidente du sujet, j'avouerai que la calaiitiophc finale de chacune des trois biographies qu'on va lire m'a semblé donner au volume qui les renferme une sorte d'unité. Gomment ai-je été amené à choisir pour objet de mes recherches et à présenter au public, dans un même cadre, trois personnages qui semblent particulièrement appelés à devenir des héros de tragédie ou de ' drame? Je ne saurais expliquer ce fait autrement que par l*attrait irrésistible et en quelque sorte magnétique
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qu'exercent les grandes infortunes, soit qu'elles nous apparaissent comme un acte irréprochable de la justice humaine, soit que la postérité impartiale les tienne
pour imméritées. Si je ne me fais pas illusion, la lin tragique d*Enguerrand de Harigny et de Beaune de fc'emblauçay peut, à juste litre , être rangée parmi les ingratitudes de cour les plus flagrantes que l'histoire ait eu à enregistrer. Dans un précédent ouvrage, j'ai montré un commerçant à jamais célèbre , Jacques Cœur, honteusement sacrifié à la cupidité de ses débiteurs, sans en excepter Charles VU qui lui avait emprunté des sommes considérables à l'aide desquelles il parvint eniin à chasser les Anglais du royaume. J'ai, dans une autre étude sur un des plus grands ministres de la France, fait voir l'énergique Coibert aux prises avec des intrigues qui commençaient à l'enlacer et mourant tout juste à temps pour ne pas tomber dans la disgrâce de Louis XiV, après avoir déjà encouru celle du peuple. Loin de moi l'idée d'établir des comparaisons que rien ne justifierait. À coup sûr, Enguerrand de Manguy n'a aucun point de iesocmitiance avec Jacques ùbut^ et une distance encore plus grande sépare Semblançay de Golbert. Je ferai sculcmeiit une remarque au sujet de la défaveur successive de
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la plupart de ceui , même parmi les plus illustres ,
qui y sous TaDcieDDe monarchie, ont été chargés du soin difficile de subvenir aux dépenses de guerres incessantes, plus ruineuses encore pour la nation que pour le trésor royaL Tandis que le peuple ne mai^ chandail pas sa haine aux financiers qui suggéraient ridée des nouveaux impôts dont on l'accablait , la royauté, après avoir compromis les surintendants des finances et obtenu d'eux, au risque de les vouer aux inimitiés de la multitude, tous les services qu*ils pouvaient lui rendre, les rejetait ensuite comme des instruments dangereux, les dépouillait de tout, et parfois, comme cela arriva précisément à Marigny et à Semblançay , les envoyait pendre, sous Tescorte de ses gens d'armes, au gibet de Moiufaucou. Je sais bien que ce n'était pas là une tactique, un parti pris; malheureusement, cela y ressemble. Si l'on est bien aise de voir et de toucher du doigt comment les choses se passaient à ce sujet, qu*on prenne la peine de lire la série de lettres inédites que François 1*' et sa mère écrivirent à Semblançay au temps où ils avaient besoin de luiy et que je publie parmi les pièces justificatives annexées à ce volume. Rien de plus instructif et de plus triste en même temps. Une pareille ingratitude,
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non moins odieuse qu 'impolitique, ne saurait , à mon avis, être flétrie trop sévèrement, cl j'en éprouve un regret d'autant plus vif que je voudrais voir, en toutes circonstances , Vautorité souveraine dominer , de la hauteur de son principe, les mauvaises passions, au lieu d*ea subir l'empire, rajouterai que la royauté se serait bien plus honorée el fortifiée en prulégeaiit les hommes courageux qui, dans les temps difficiles, lui avaieiu fait le sacrifice de leur popularité, qu'en les livrant I la crise passée, à des commissaires servîtes pour se débarrasser de leurs personnes et s'emparer de leurs biens.
Il va sans dire que ces réflexions ne s'appliquent en aucune manière à T étude sur la conspiration du chevalier de Rohan qui termine le présent volume. C'est chose étrange, au premier abord, qu'une véritable conspiration tramée contre Louis XIY, au nom désintérêts protestants, pendant les plus belles années de son règne, alors que laFrance s'agrandissait de la Franche- Comté, que Versailles s'élevait, que Bossuet el Molière, Boileau et Racine, célébraient à l'envi les louanges du grand roi. Cependant, le fait est constant, et il n'est même pas unique, puisque déjà, cinq ans auparavant, en 1669, un protestant accusé d'avoir voulu assassiner
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Louis XIV, avait été exécuté à Paris. Je n'ai certes pas plus de goût pour les réactions soi-disant religieuses que pour les iDjustices des rois ou des peuples. On ne peut néanmoins, si Ton Yeul être équitable, refuser de tenir compte, en jugeant la politique de Louis XIV à Tégard des protestants, des projets de révolte et d'assassinat qui, longtemps ayant la révocation de Védit de Nantes, fermentèrept dans la tète de quelques honunes appartenant à la religion réformée ou exploitant les griefs plus ou moul^ fuuiles des religionnaires contre le gouvernement. Encore une fois, je ne donne ceci ni pour une excuse , ni pour une atténuation, car rien, à mes yeux, pas même la pression populaire contre les protestants, qui fut manifeste, n*excusera jamais les torts de Louvois dont la sévérité impîloyable a, dans cette funeste affaire des conversions, souillé les annales de la France d'une tache indélébile; le fait que je signale est simplement une explLcation, C'est ainsi qu'une violence amène toujours à sa suite une violence encore plus grande. Un éner* guuiune, le plus souvent un ambitieux désappointe et besogneux, prétend se poser en libérateur de tout un parti; mais comme les moyens auxquels il a recours sont odieux et infâmes, il précipite, par la loi fatale des
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représailles, les malheureux qu'il prétendait servir, daDS un abîme de maux qu'ils n'avaient pas mérités*
^ Je n'ajouterai qu'un mot relativement à la conspiration du chevalier de Rohan* Sans respect pour la jus» tice et pour la vérité historique, on a, il y a quelques années, étrangement grandi Pun des personnages qui trempèreul dans ce cumj^lût, pour avoir occasion de rabaisser et de prendre à partie le roi qui le réprima. Des passions égoïstes et vulgaires ont ainsi disparu sous une étiquette patriotique , et le masque de Brutus a caché les traits d'un pauvre utopiste lioiiaudaiS) très-remuant^ très-actif^ conspirateur septuagénaire qui aj uta depuis à ses autres torts celui de se faire, par lâcheté, le deaoQciateur de ses complices. Les pièces officielles que j*ai attentivement consultées m'ont permis de restituer à tous ceux qui figurèrent dans ce procès leur véritable physionomie. Quand on aura iu la relauun, toujours appuyée de preuves, que j*en ai faite, on restera convaincu que le gouvernement de Louis XIV, loin de mériter le blâme qui lui a été infligé à ce sujet , fît tout simplement ce qui est et sera toujours Timpé- ' rieui devoir de tout gouvernement ayant la cou-
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science de sa mission. An surplus, les pièces essentielles du procès voul être mises sous les yeux, du lecteur. C'est maintenant à lui de juger si Louis XIV se montra, comme on Ta dit, implacable el sanguinaire^ en poursuivant les traîtres qui s'étaient assuré des pensions à l'étranger, sous la condition de livrer une place forte française aux ennemis de la France, et en laissant l'arrêt de la justice, quel<[ue sévère qu'il fût, suivre son cours à leur égard.
ËNGUERRAND