‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 10 sur 181 · Lenet, loc. cit · texte numérisé non relu

Lenet, loc. cit

16 LE GRAND GONDÉ.

aux Etats généraux de 1 789, raconte qu'avant la Révolution on voyait encore ce siège d'honneur '.

La fierté des enfants du Berry était grande de partager l'éducation d'un prince du sang. Elle avait trouvé une première fois son expression charmante, lorsqu'à l'entrée de M. le Duc à Bourges, pour son baptême, les habitants avaient levé € un régiment de petits enfants au nombre de huict ou neuf cents, tous de mesme parure, armés de petites picques ou espées seulement, portant en leurs rubans les livrées de leur Prince, conduicts par cappitaines, lieutenants et enseignes de mesme eage ' ». Un épisode d'un autre genre, légendaire peut-être mais traduisant un sentiment vraisemblable, marqua les années de collège. Nous l'aurions voulu rencontrer sous la plume d'un contemporain ; nous le citons d'après M. de Bengy, écho autorisé des traditions nobiliaires de sa province. « Etant au collège (Louis de Bourbon) eut une querelle avec un jeune gentilhomme du pays, auquel il tînt quelques propos désobligeants et qui lui en demanda raison. Il accepta le défi, se trouva au rendez- vous et tira son épée pour se battre ; mais son adversaire, jetant son épée aux pieds du Prince, lui dit qu'il était vengé, puisqu'il avait eu la gloire de faire mettre les armes à la main à un Condé. >

La même scène dut se reproduire plus d'une fois, sur un terrain plus pacifique, dans ces classes de grammaire ou de belles-lettres, transformées par le Haiio studiorum en un champ clos où parti contre parti, assaillants contre tenants, se livraient des combats d'émulation pour un siège plus glorieux à leurs yeux que celui de prince par droit de naissance : le trône d'imperator par droit de conquête. Un demi-siècle après, le collège Sainte-Marie possédait pour la seconde fois un prince parmi ses écoliers. Armand de Rohan-Soubise, le futur cardinal de Strasbourg 3. L'historiographe en vers latins du collège Sainte-Marie, le P. Louis de Fourcroy (16 14-1705), se souvint dans ses épîgrammes que jadis il avait vu guerroyer ainsi le grand Condé :

CondcBuvi in nostro vidi regnart lycco Cujus aîutnnus erat^ mox et Apollo fuit,

Subizus revocat Condœi tempora ; ut iîlc^ Sic animoSy gcstuSy ora modosque refert *.

1 . < J'ai encore vu l'espèce d'estrade où il s'asseyait dans les classes. > Màneire historique sur le Berry ^ par M. P.-J. de Bengy- Puy vallée. Bourges, Vermeil, 1842. In-8, p. 23. — M. de Bengy- Puy vallée, né en 1743, rédigea en 18 10 son Mémoire^^}j\i\\€ par son fils plus de trente ans après. — Je tiens de M. Hippolyte Boyer, l'obligeant archiviste du Cher, qui se rappelle avoir recueilli ce souvenir dans son enfance, que les armes de Condé furent visibles jusqu'en 1830, où elles furent barbouillées au badigeon .

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