ENTRÉE A SAINTE-MARIE
à la munificence paternelle et pour le mieux recevoir. A l'autre bout de la rue, il était chez Jacques Cœur. Ici, il était chez soi. Il ne fut pourtant au milieu de la nombreuse gent écolière de son temps, qu une unité de plus. Son père, prince vraiment populaire et presque bourgeois, voulait qu'il reçût Téducation commune, et ne se montrât supérieur à ses camarades que par son mérite personnel \. Henri II de Bourbon-Condé n'abandonnait point d'ailleurs les redevances honorifiques dues à ses bienfaits. Dans le contrat de transaction et donation de 1627, passé avec les PP. Filleau. provincial de France, et Foissey, recteur de Sainte- Marie, il se montre tel qu'il est qualifié : € très haut, très illustre et très excellent Prince >. Au « logis > que les Pères s'engagent à € bastir de neuf > pour son fils, et € à l'endroict et place les plus éminents, mieux exposés à la veue publique >, il avait été stipulé que les armes de Mgr le Prince seraient apposées € gravées en pierre dure. > Encore ce blason capable de résistance aux injures de laîr ne suffisait-il pas à son désir de témoigner à perpétuelle mémoire son affection envers la Compagnie de Jésus. L'acte notarié spécifie que a au dehors et frontispice dudit bâtiment sera mis et écrit dans une table de marbre, en grosses lettres d'or, un bref auquel sera fait mention des libéralités et munificences de mondit Seigneur, afin que chacun reconnoisse qu'il est insigne bienfaiteur desdits Pères ' >.
Muets témoins, et trop sujets aux ravages du temps ! M. le Prince a . meilleure confiance au pouvoir indestructible de l'éloquence qu a la durée des n«onuments lapidaires. Il demande donc en troisième lieu que < annuellement, à l'ouvertures des classes :>, soit ^ fait mention par quelques beaux discours > de ses libéralités, 4L pour en rafraîchir la mémoire au public et aux auditeurs >, à laquelle ouverture, lesdits Pères inviteront le Prince, ses enfants et descendants présents à Bourges.
Cette avidité de panégyriques et de compliments est de l'époque. De Compagnie obligée à protecteur, l'on n'entendait pas autrement les bons rapports.
Hors de ces marques de gratitude, légitime tribut payé dans la seule monnaie qui eût cours, l'on ne sache pas que le fils de M. le Prince n'ait pas été confondu avec ses condisciples sous le joug d'une même discipline.
L'unique égard accordé à son rang fut, en classe, une « chaise environnée d'un balustre ^ » et peut-être surmontée de ses armes peintes sur la muraille. M. de Bengy-Puy vallée, député de la noblesse du Berry
1. < Monsieur son père ne vouloit pas que ceux qui jnuoient avec lui ou qui disputoient de leurs études lui cédassent aucune chose. > Mémoires de Pierre Lenet^éà, Michaud et Poujoulat. Paris, 1881, in- 8. p. 424.
2. Archives du Cher, D, 32. — D'après le président Rolland, on avait mis sur la porte celte inscription qui n existe plus : Collegium Sanctœ Mana Munificentia serenissimi protoPrincipis Henrici Condai scholis Theologicis auctum, — Compte rendu, p. 149.