‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 128 sur 181 · Tante du grand Condé, par les Montmorency · texte numérisé non relu

Tante du grand Condé, par les Montmorency

2,. Gazette^ 1661, p. 127.— La place du comte d'Auteuil, cet érudit de profession, ne pouvait plus être depuis longtemps auprès d'un prince du sang destiné, à peine rentré en France, à paraître à la cour < avec tant d'ajustement qu'il ne se peut rien voir de plus galant ni de plus leste. > (Ibid,y p. 655, 5 juin.) Condé, qui l'employait dans ses négociations de famille, le lui avait fait sentir finement, lors de son choix d'un maître à danser : < Je ne doubte pas que vous ne vous soyez autrefois meslé de la danse, et que vous n'y ayez mesme réussy, mais ne trouvez pas mauvais si je vous dis que je m'en fie plus aux yeux de Madame de Longueville qu'à l'expérience que vous en avez eue. > M. le Prince à Auteuil, 31 janvier 1657. Papiers de Condé^ série P, t. XVII, fol. 17 et 18.

M. le Prince se défiait même un peu de son savoir et ne l'encourageait qu'avec réserve dans ses controverses : < Dès qu'on aura achevé de mettre au net le livre que vous avez faict en response de celuy de M. Chiffiet, vous me ferez plaisir de me l'envoyer, et de prendre garde que ce soit par une voie seure. Je sçay que vous êtes ttès sçavant dans ces sortes de matières, mais nonobstant celoy je vous prie encore de bien consulter les experts, avant que de mettre votre livre au jour, afin d'estre d'autant plus asseuré qu'il n'y ayt rien dedans qui vous puisse attirer une fascheuse réplique. > Le même au même, 29 février 1657. Ibidy fol 36. — Une autre fois il lui fait écrire : < M . le Prince a veu un livre qu'il a trouvé fort beau en tout et pour tout, particulièrement vos défenses en faveur de la Maison de France. Il n'y a nen dedans que je n'approuve : mais le commencement luy plaist davantage que la fin. > Le même au même, 7 août 1657. Ibid.y fol. 301. L'ouvrage en question, lu en manuscrit par Condé au camp d'Ave^nes et retourné par lui à l'auteur avec ces encouragements, parut en 1659, sous ce titre ridicule : Le Vray Chtide- ■ brand ov Response av traitté iniurievx de M. Chiffiet y médecin dv Roy d^Espagne^ contre le Duc Childebrandy F? ère du Prince Charles Martel, et duquel descend la Maison du Roy IJugues^ dit

apet. Par vn bon François. Paris, Lamy, 1659, in-^*** (L'exemplaire de la Bibl. nat. porte cet

s'avançait revêtu d une 4L longue robe de detiil avec le bonnet quarré. » Assurément ce bonnet n'était pas celui de docteur ; mais s'il faut en croire Bcurdelot, le plus ancien précepteur du prince, Henry- Jules de Bourbon n'en eût pas été indigne. L'ex- médecin de Christine de Suède avait rouvert à l'hôtel de Condé son Académie d*avant la Fronde. Dans le résumé des discussions dédié par lui à Mgr le duc d'Enghien, en 1672, il traça un portrait du jeune homme qui, pour être écrit en style d'épltre dédicatoire, ne nous semble pas moins donner une idée de sa physionomie morale et intellectuelle. C'est « un enjouement d'esprit le plus agréable du monde ; > c'est < une affabilité tout à fait obligeante > conservée au milieu des plus grandes affaires ; une € douceur > qui incline vers lui "" ; une < admirable présence d'esprit qui le rend les délices de la conversation > ; un 4[ sçavoir éminent >, rare chez ceux de sa condition ; enfin, dans les « Matières de doctrine :^, l'habitude d'aller € au nœud des questions > et de se prononcer sainement ^

Bourdelot n'exagère ici qu'en un point : c'est lorsqu'il nous montre M. le Duc jouissant d'une égale estime parmi les gens de lettres et parmi les gens de guerre. Jamais le duc d'Enghien ne fut capable de commander en chef. Dans les circonstances où il fit preuve d'activité et de courage, le principal mérite revenait au prince de Condé, qui pouvait bien faire de lui son lieutenant-général mais non un capitaine formé à son école. Spanheim, mieux placé et moins partial que Bourdelot, n'a vu avec raison dans Enghien qu'un prince instruit et un délicat lettré. < Son père, écrît-il, confia sa première éducation aux Jésuites du Pays-Bas espagnol, dans le parti duquel il étoit alors, et trouva qu'il surpassa même son attente par les grands et surprenants progrès qu'il fit dans tous les genres d'étude où il s'appliqua, en sorte que M. le Prince fut charmé de l'habileté et des lumières de son fils, et commença dès lors à

hommage autographe : < Pour Monsieur le Pauant de Pussoi, conseiller du Roy en son grand conseil, par l'Autheur, le comte d'Auteuil, son très obéissant serviteur et très humble parent. > Lm^, 393-) Il répondait au Faux Childebrand à^ Chifflet, qui fit paraître aussi des Genealogice francisca. Les meilleures publications du comte d'Auteuil sont les premières, qui dataient de

Suinze ans : Histoire des minisires d^ Estai, Paris, Courbé, 1642, in- fol., et BÎanche infante de 'astifle^ mère de Saint LoviSy reyne et récente de France. Paris, Sommaville, 1644 in-4**. Ce dernier ouvrage contient des pages remarquables par le style.

1. On trouvera la confirmation de ce jugement de Bourdelot dans les lettres malheureusement en petit nombre qui nous restent du duc d'Enghien à partir de cette époque aux Archives de Condé et dans les Mss. de Lenet . Une des collections les plus importantes est la correspondance de M. le Duc avec le comte Guill. de Guitaut, Tami de son père. Elle renferme vingt-neuf lettres, dont la première est datée de Paris, le 22 juin 1662 ; elle figure avec honneur à la suite des lettres du grand Condé et à côté des autographes de Madame de Sévigné, dans le précieux recueil du château d'Epoisse que M. le comte Ath<'inase de Guitaut a bien voulu nous ouvrir.

2. Conversations de i^ Académie de Monsievr Vahbé Boirdelot, contenant diverses recherches^ observations^ expériences et raisonnements de fhysiquey médecine^ chymie et mathématiques^ le tout recueilli par le S' Le Gallois. Et le parallèle de la Physique d^Aristote et de celle lie Monsieur Descartes^ leu dans ladite Académie. Pari?, Moctte, 1672, 1 vol. in- 12. (Bibl. nat., R. 13,758.) — Le Gallois publia encore : Conversations académiques^ tirées de V Académie de Mon,\ieur l'abbé Bourdelot. Paris, Barbin, 1674,2 vol. in-12. (Bibl. nat., R. 13.756.) C'est un des plus joyeux spécimens de la médecine au temps de Molière. 11 existe aux Archives de Condé une lettre où Bourdelot prétend que Le Gallois a publié à son insu et sans son autorisation. C'est croyable au plus pour le premier volume.

HSNRTnIUXAS DS BOURBON.

en faire ses principales délices. Aussi continua-t-on depuis de reconnaître, et comme on s'en aperçoit encore aujourd'hui, que l'esprit de ce princ e étoit non seulement vif et bouillant et d'une conception aisée et prompte , mais encore fort éclairé et rempli de mille belles connoissances, d'un discernement exquis pour en juger et d'une grande facilité à les débiter et à les faire valoir dans les occasions. >

L'honneur de cette éducation revenait en partie aux maîtres de Bourges et de Bordeaux, de Namur et d'Anvers ; elle remontait plus haut, jusqu'au grand Condé lui-même, qui les avait conduits et dirigés.

PETIT-FILS DU GRAND CONuÉ.

(U'apris le tableau de Le Dart gravé par Sléph. Gantrel.)

ïjflpitre Trd5ième.

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