ÉPILOGUE
répondit-il, Dieu me fait trop de grâces. > Ensuite, adorant Jésus en croix, il récita la prière du publicain : Domine, propitius esto mihi peccatori.
La journée se passa dans ces sentiments. Le P. de Champs était arrivé vers midi. Ils s'entretinrent seuls < de tout ce qu il avait résolu avec ce Père depuis deux ans sur ses devoirs et ses obligations > ; le Père lui parla du roi saint Louis» son aïeul et son patron, de la Sainte Vierge, de son Ange gardien, et, avec une confiance d'enfant, l'illustre mourant se mit sous leur céleste protection.
Ce prince se montra jusqu'à la fin ce qu'il était : chrétien repentant et non pas stoïque philosophe. ^ Ah ! mon pauvre Père, disait-il le soir à Bergier, je vois les choses bien différemment de ce que je les ai vues. Je n'ai jamais douté des mystères de la foi, j'en doute moins que jamais ; tout cela s'éclaircit bien dans mon esprit. Oui, nous verrons Dieu comme il est, face à face. >
Ainsi s'éteignit doucement, entre les bras des deux Jésuites, ses confidents et ses amis, ce Prince, l'un des plus grands hommes de notre grand siècle et de toute notre histoire. Cette grandeur, éclatante mais tourmentée, tranche sur la gloire plus unie de ses illustres contemporains. Il connut les emportements de l'ambition et passa à travers les orages de passions moins hautes. La piété, qui fut le premier et le dernier mot de sa vie, a racheté devant Dieu et devant la postérité le tribut payé aux révoltes d'une nature violente et aux témérités d'un génie inquiet.
< Monseigneur, vous nous dites des choses que nous saurons bien placer en leur temps : elles nous seront d'un grand secours pour instruire les peuples et tous les chrétiens, de quelque qualité qu'ils puissent être. >
Ces paroles, adressées à Condé agonisant par le curé de Fontainebleau, nous font espérer qu'aujourd'hui encore il y avait, à les rappeler ici, quelque honneur pour la France catholique, toujours fière de ses héros, soucieuse de raviver leur souvenir, jalouse de leur susciter des imitateurs !