LAURÉAT DE RHÉTORIQUE
Jne fois parti en guerre, le brave érudit chevauche à travers l'anliquité grecque et rencontre ies alliés les plus inattendus dans cette affaire. C'est Alexandre le Grand qui eut Aristote « pour luy tout seul >,
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qui né pour les grandes choses, se moquait de Linus, et le tua d'un coup de sa lyre sur la tête, ce précepteur s'étant oublié jusqu'à lui reprocher que € ses compagnons estoient plus sçavants que lui. :^ Lapeyre conclut hardiment de cet acte de brutalité que < les grands ne peuuent ny ne doiuent souffrir de compagnons. >
Ainsi font les héros païens, fîls des dieux ; ainsi à plus forte raison les héros fils des rois très chrétiens.
Nos Princes descendent d'une race saincte et sacrée, que s'il se peut il ne les ÙLUt jamais mesler avec le commun ; lors que nous sommes nourris de viandes ordinaires, les dieux se repaissent de Tambrosie et du nectar ; et quant aux classes, on apprend à décliner Musa, et à joindre l'adjectif avec le substantif. Les grands Princes comme Monseigneur le duc d'Anguien, doivent en mesme temps apprendre à gouverner les Empires, et à faire choses dignes de leur naissance.
Mais ce sujet n'est pas de la matière du nostre, Sa Grandeur (le Prince de Condé) me pourra dire que ce n'est pas à moy à me mesler de luy donner aucun conseil....; aussi n'est-ce qu'en passant, sçachant bien qu'au basaage qu'est Monseigneur son fils, il me pourra dire qu'il se seit de ces basses classes comme on se sert pour quelque temps de toutes sortes de nourrices, desquelles on se deffait le plustost que l'ont peut, quoi que pour ce regard deux ou trois hommes de sçavoir et de haute preud'homie seroient meilleurs pour un Prince que dtx millions de classes communes.
Cette curieuse controverse livrée autour du nom et de la personne du duc d'Enghien, entre partisans de l'éducation publique ou de réducation privée pour les princes, n'avait pas encore été, croyonsnous, signalée '. Elle prouve quel empire gardaient certains préjugés de naissance sur la société du dix-septième siècle et quel courage il avait fallu à Henri II de Bourbon-Condé pour les surmonter en faveur de son fils.
Aux dons de l'esprit si remarqués en M. le Duc, le P. Petau préférait avec raison les qualités non moins remarquables du cœur : cette fleur de pureté et ce reflet d'innocence que ne ternissait aucune tache ; une nature trai table et souple, se pliant à la formation ; un caractère droit et aimable, et, à l'égard de tous, même des plus humbles, une grâce souveraine et un ton toujours affable ; enfin, une piété sincère et agissante *.
Ne faut-il pas voir ici une discrète allusion à la nouvelle marque donnée par le Duc, en cette année 1633, ^^ sa foi et de sa religion ? Il avait sollicité la faveur d'être admis parmi les membres de la Congrégation de Notre-Dame, et, les épreuves ordinaires subies, on l'avait entendu prononcer la formule solennelle de consécration, acte touchant
1. M. le chanoine Vital Chatellain va jusqu'à affirmer que Lapeyre, après une première querelle chronologique avec le P. Pétau, au sujet de la Doctrina temùorvm (1627}, < ne souffla plus >(?). Il est vrai que Fauteur de cette biographie fait du duc d'Enghien un élève des Jésuites de Paris i^V), Le P, Denis Peiaud* Orléans, jésuite. Sa vie et ses œuvres, par J.-C. Vital Chatellain, chanoine missionnaire. Paris, 1884, in-8, pp. 249 et 253.