Leoet, Mémoires^ loc. cit.y p
reçurent à la porte du poni. et le conduisirent à l'hôtel de M. le Prince de Condé son père, où le Maire, au nom des habitants, lui offrit quatre lambeaux d'argent massif qui avaient coûté 580 livres '. » Les archives municipales, complètes au dernier siècle, détruites en partie ou dispersées depuis, n'ont pu fournir qu'un seul élément de contrôle. C'est le procès-verbal de la délibération du corps de ville du mercredi 1 3 février : € Sur l'aduis qui nous a esté donné que Monsieur le duc d'Anguien, filz aisné de Monseigneur le prince gouuerneur de Bourgoigne, doit arriuer en ceste ville d'Auxerre. a esté conclud que les cappitaînes, lieulenans et enseignes de chacun quartier seront mandez de se trouuer en l'hostel de ville, à ce jourd'huy, une heure, afin d'aulser auec eux sur la réception dud. seigneur. 9 Le résultat de la réunion qui eut lieu en effet, fut une assignation de rendez-vous : <• Capitaines, lieutenans et enseignes, chacun en leur quartier, aduertiront les sergens et caporaux de se trouver auec leurs soldats auec armes et équipage nécessaire dans la grande cour de S'-Germain, le jour de demain, heure de midy, pour aller se transporter jusques au bout du parc... > En cas de contravention, l'amende était de cinquante livres parisis pour les officiers, vingt pour les soldats'. L'hôtel où descendit M. le Duc dut être cette maison du chanoine Lemuet que la ville avait louée en 163?, pour cinq années, moyennant deux cents livres par an, pour y recevoir M. le Prince lorsque, dans son « désir de contribuer au bonheur des habitans », il croirait convenable d'y résider. Le vendredi 15 février, M. le Duc fut l'objet, à son départ pour Dijon \ des mêmes honneurs qu'à son arrivée. La capitale de la Bourgogne se promettait bien de lui faire une entrée solennelle ; mais tout autres étaient les intentions de M. le Prince : il avait déclaré par missive envoyée de Paris le 31 janvier, et lue à la Chambre de ville le mardi 6 février, ne vouloir pour « Monseigneur le Duc Danguien son fils..,, ny poisle, ny entrée, ains seulement une simple réception en armes sans tirer ' ». Le Conseil de ville passa outre, alléguant ses dettes de reconnaissance envers le gouverneur, et résolut de rendre au fils les mêmes honneurs qu'au père en septembre 1633. Tout le détail de la fêle est décrété : réunion de la milice, arcs de triomphe, présent. Exprès est dépéché à M. le Prince pour l'aviser de l'ordonnance. Pendant ce temps, les Dijonnais, croyant lui plaire d'autant plus qu'ils tiendront moins compte de son interdiction, commandent « deux porlicles de menuiserie >, font choisir et acheter les «; estoffes nécessaires au poisle » et « chercher ez boutiques des orphefvres... quelque pièce digne d'estre présentée ». Ce n'est pas que la ville soit
I. Histoire de la TÏlle dAuxerrt, jusqu'aux Elats-Génirimx de J789, par M. Cb.aidao. s vol. m-B, 1834-35, 1. II, p. tïB.
T.. Registres lits Mlibératiam, I. XV (13 octobre l63«-]4 octobre 1637)- « Du mercredy tteii"* feburier 1636. > Non» n'^tuiiin» pas pu leirouvcr celte pièce sans l'obligeance de M. Moiwd, archjvisie de l'Yonne.
3, Chardon, p. 121 et lap. La dcstinaiion n'étMi point Paris.
4. Archives municipales de Dijon. Regiitrts des d/liiàiiratious ikJa Chambre ikviile{t&yi-i6]f>^\ B. 273 ; fol- 338, 23a, )38. ■
riche après une série d'années calamileuses; elle empruntera à iniérêl et I détournera les deniers de l'octroi « destinez pour les grosses murailles ». I
Elle en fut quitte pour les frais du courrier exprès, lequel rapporta I une nouvelle missive de Son AUesse défendant absolument la présentation I du poile, des clefs et d'un cadeau. Le Conseil, ayant entendu cette pénible 1 lecture (12 février), délibéra sur le meilleur parti à tirer de la manifestation compromise ; appel fut adressé, pour le samedi 19, à la population.
Ce jour-là, en effet, vers deux heures de l'après-midi, le vicomte- 1 maieur. les échevins et les orficiers avaient avis certain de la venue du } duc d'Enghien.et se portaient à cheval au-devant de lui ; ils le rencontrèrent dans ta campagne, près de Daix, à cinq quarts de lieue. M. le Duc s'avançait i dans un carrosse, accompagné d'environ trois cents 1 gentilshommes, tant cavaliers que habitants, » sous la conduite du 4 marquis de Tavannes, lieutenant du gouverneur. M. Moreau, commis! de la magistrature, fit son compliment : le retranchement de la pompe I extérieure par laquelle la ville avait prétendu faire éclater ses sentiments, n'avait en rien diminué l'affection des cœurs. Cette pensée juste fut I délayée en des phrases traînantes. « A quoy (M. le Duc) ayant faict ' response qu'il les remercioit de l'honneur qu'on luy faisoit et qu'il 1 serviroit les dïcts habïtans tant en général que en particulier >, on ' remonta à cheval.
Il faisait si froid que le cortège dut s'arrêter quelque temps dans une grange, près de Talant. Là. trois mille hommes, divisés en deux bataillons, attendaient sous les armes, tous mousquetaires ou piquiers ayant à leur tète les capitaines des sept paroisses. Le jeune Prince les passa en revue, et vers la porte Guillaume ils le saluèrent par une salve.
Cependant le canon du château tonnait, les décharges de mousqueterie 1 et les acclamations se mêlaient joyeusement sur tout le parcours. Arrivé l au € Logis du Roy î, Enghien mit pied à terre avec les cinq cents cavaliers de l'escorte, puis devoirs et soumissions recommencèrent au dehors jusqu'à six heures et demie du soir. Les commis, échevins, procureur-syndic, secrétaire, pénétrèrent encore dans la chambre de Son Altesse et se firent présenter par Tavannes en débitant de nouveaux ' discours. M, le Duc répondit par un remerciement dont le texte nous 1 intéresserait plus aujourd'hui que les longues tirades, inutilement conservées, des harangueurs d'office. 11 témoigna «avoir un grand contantement 1 de ce qui s'étoit passé à la dicte entrée et de l'honneur qui luy avoit esté ] faict ». C'est tout ce que nous apprend le scribe qui tenait la plume à la Chambre de ville. Le greffier du Parlement n'en dit pas assez non plus pour confirmer Lenet, nous montrant le jeune Prince qui, bientôt rejoint j par son père, et mené par lui dans les compagnies, i respondoit avec ! une hardiesse et une grâce non pareille >.
Les Pères du collège des Godrans n'avaient pas été les derniers à saluer 1 le fils du gouverneur. Le P. Mottet, que M. le Prince aurait aimé y I garder comme recteur, malgré de lourdes charges, écrit dès le lendemain J
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20 février : « Nous auons eu Thonneur de faire la réuérence à Monseigneur le Duc et luy offrir nos cœurs et nos seruices comme biens paternels, et je ne sçais dire à V.A. que j ay pleuré dejoye, le voyant, et beaucoup avec moy. Nos muses se préparent à le recevoir. Il a fait rhonneur au P. Mugnier de luy promettre de le venir ouyr dimanche. Nous nous sommes entretenus fort longtemps aujourd'huy le P. Pelletier et moy... J'espère le voir souvent et luy rendre tous les services qui me seront possibles '. >
Le P. Hubert Mugnier était un des Jésuites les plus marquants et les plus anciens du collège des Godrans. A peine sorti du noviciat, il y avait fait son juvénat en 1618-1619. L'année suivante, il y débutait par une classe de sixième. Puis il avait successivement professé, deux années consécutives chacune, celles de quatrième(i620-i622),d'humanités(i622- 1624) et de rhétorique (1624-1626). L'usage était d'envoyer à Rome, pour leurs hautes études, les sujets les plus distingués de l'Ordre ; Mugnier, après y avoir suivi les cours de théologie, y était demeuré encore deux ans en qualité de pénitencier(i626-i632). Enfin il était rentré aux Godrans pour s'asseoir dans ces chaires de logique et de physique où venait de passer le moins philosophe des régents, lé futur auteur de Saint Lovys^ Pierre Le Moyne ^
.En la présente année, Mugnier était exclusivement appliqué au ministère de la chaire, surtout dans la chapelle du collège. Nous croirions volontiers que, pour rendre à M. Le Duc sa politeisse du dimanche 23 février, il l'invita à quelque séance littéraire pour le 2 mars.
Quelques jours après, Enghien prenait séance au Parlement de Bourgogne avec son père ^
Le palais des Ducs, demeuré moins intact en sa splendeur grandiose que Jacques-Cœur en sa gracieuse unité, fut le nouveau logis du duc d'Enghien et sa maison de travail. (Là, il continua ses mathématiques ; il commença à apprendre l'italien ; il alloit à des classes peu pénibles et àmonter quelques chevaux aizés. Colin, qui avoit commencé à luimonstrer à danser, luy fit continuer cet exercice. >
Les trop rares lettres de cette période sont frappantes par la fermeté de la phrase et la noblesse des sentiments. C'est d'Auxerre que Louis de
1. Mottet à M. le Prince. Dijon, 20 février 1636. Papiers de Condé^ îoc. cit^ fol. 118.
2. Voir notre Etude sur la vie et les œuvres du P, Le Moyne. Paris, Picard, 1887, p. 12 et 14. Le Moyne avait rimé : le Poète philosophe à Monseignevr le Prince. 1632, s. l, in- 24.
3. < Le 10 Mars 2636, en la grand'chambre est entré M. le Prince, gouverneur de ce pays, et M. le duc d'Anguien, son fils, ayant les dits Princes chacun l'espée au côté et se sont assis, sçavoir le dit Seigneur Prince en la chaise couverte de velours, proche la fenêtre basse du côté de la chapelle, et le dit Seigneur d'Anguien au rang qui est du côté au-dessus de M'* les conseillers.
> Quatre dé M" les conseillers étant sortis au devant des dits Seigneurs jusque sur le perron
du Palais et entrans en cette chambre. M'* se sont levés et découverts L'audiance a estée
tenue, à laquelle les dits Seigneurs princes ont assisté : ils étaient assis à la droite de M** les Présidents ayant chacun un carreau de velours sous eux ; et l'audiance finie, ils sont sortis du même côté, et ont esté suivis de quatre des M'* les conseillers jusque sur le perron du palais.
> Il y avait au ban de la noblesse plusieurs gentilshommes. > Registre de plusieurs choses mémorables qui se sont passées au Parlement^ p. 121. > (Bibliothèque de Dijon.)
LE GRANC CONDË.
Bourbon avait écrit à son père : « Si j'ay reçeu des honneurs et tesmoignages d'affection dans les villes de vostre gouvernement, je vous en dois après Dieu les remerciemens. Je ne veu pas que tous ces apptaudîsseniens me fassent oublier de ce que je suis '...:& C'est de Dijon que cet € enfant de désirs », comme il s'appelle lui-même par réminiscence biblique, envoie à son père celte lettre, vrai miroir des agitations de son âme : « Monsieur, Je lis auec contantementles héroïques actions de nos Roys dans l'histoire, pendant que vous en failles de très dignes pour la grossir, en me laissant un bel exemple et une sainte ambition de les imiter et ensuivre, quand l'aage et la capacité m'auront rendu tel que vous me désirés'. ^ Pour comprendre ces généreux élans, i! faut savoir que les hostilités contre la Franche-Comté étaient déclarées depuis quarante-huit heures, et que ce jour-là même le prince de Condé, à la tête d'une armée forte de vingt-cinq mille hommes et de trente-deux canons, arrivait en vue de DôIe pour l'investir.
Le duc d'Enghien était imf)uissanl à contenir son ardeur, mais les gens de sa maison se chargeaient de le calmer. A sa bouillante épltre le médecin Montreuil joignait ce froid billet qu'eût signé un médecin de Molière : « Monsieur le Duc continue ses estudes, ses exercices, et ses promenades à son ordinaire. Sa santé est entièrement bonne. Suis bien aise que nous l'ayons purgé et saigné deuant ces grandes chaleurs '. > Montreuil ne veut rien savoir de ce qui se passe à dix lieues de là, et de Dijon il n'aperçoit pas Mont-Roland.
Les nouvelles de la Comté arrivaient fréquentes, mais c'était presque autant de déceptions. L'héroique population dôloise, loin d'être épou' vantée par les bombes, alors d'invention récente, ripostait à une canonnade furieuse par des sorties et se laissait écraser dans les ruines de ses maisons avec un courage mêlé d'enthousiasme espagnol et de gaieté française. Sous la plume de Mgr le duc d'Aumale, ce mémorable siège semble un chapitre de celui de Saragosse, Voici comment il en dépeint la levée : ^ Le jour de l'Assomption, au moment où les troupes de secours entraient dans Dôle, l'intrépide archevêque (de Besançon) se fit porter sur le toit de Notre-Dame, au milieu des débris de la tour effondrée par les bombes. Quand il vit d'un côté l'arrière-garde des Français s'éloignant, et de l'autre les Lorrains qui arrivaient, il entonna le Nunc dimittis ; ce furent ses dernières paroles; il expira peu après '. >
L'on devine ce qu'un caractère impressionnable, inquiet et fougueux tel que celui d'Enghien dut souffrir durant ces trois longs mois. Lui, avide de guerre et ambitieux de gloire, était rivé sur place à la chaîne de ses
1. La ietlre du duc d'Ecgh; ments, p. 564) nous semble d'Auxcrrre, avec celles de Dijon, ei