Histoire des prinees de Condt, t . 1 1 1, p . ïfo
STAGR KN BOURGOGNE. 73
travaux littéraires. N'était-ce pas TinactiQn même à côté des dangers et des souffrances du lieutenant-général de larmée de Bourgogne, de cette armée où se battait le régiment d'Enghien ?
Le précepteur partageait les craintes, sinon la fébrile impatience de son élève. Sa lettre exprime des frayeurs presque mortelles.
Monseigneux^
Sur Fespérance qu'on nous avoit donné que V. A. devoit estre icy dans peu de jours» Monsieur le Ducs'estoit préparé pour argumenter en filosofie devant elle, me tesmoignant assé de répugnance de le foire en son absence, résolu néantmoins de suivre ses volontés, s'il les apprend. Monseigneur, je demande humblement pardon à V. A. si je luy dis qu'elle donne de grandes appréhensions à ses bons serviteurs apprenans les dangers ausqueles elle s'expose. Pour moy je puis dire en toute vérité^ qu'ayant sceu qu'elle s'approchoit si près des murailles qu'on la pouvoit voir et mirer, n'avoir dormy une heure de bon sommeil, ne me pouvant rassurer, ny me distraire de ceste juste appréhension : hélas, mon Dieu, que deviendroit Monsieur le Duc, si quelque accident arrivoit à V. A. ! Je prie la divine bonté détourner tous les dangers qui la peuvent menacer. Vostre personne, Monseigneur, est trop chère et considérable pour aller chercher des occasions. Je la supplie vouloir excuser mon impertinence et l'attribuer à l'affection que je suis obligé d'avoir pour sa conservation.
De Dijon, 7 juin 1636 '..
Le prince de Condé restait seul à ne pas s'émouvoir. Les inquiétudes des siens étaient pourtant fondées :
Monsieur mon Père,
Le^ noms des morts et blessés que j'apprends souvent redoublent mes justes appréhensions et me sollicitent à importuner le ciel par mes prières pour vostre conservation qui m'est si chère et nécessaire, et vous supplier très humblement d'avoir un soin particulier de vostre santé à laquelle je voudrois pouvoir contribuer, puisque je suis
Monsieur mon Père
De Vostre Excellence
Très humble et très obéissant fils et serviteur
Louis de Bourbo»':
De Dijon, 12 juin 1636.
Le P. Charles Seîglîère,: vice-recteur du collège des Godrans, unissait bientôt ses prières et ses supplications à celles du palais des Ducs. Il a reçu un avis confidentiel, communicable au Prince, que sa personne est en danger s'il « ne change de quartier et ne se retire des coups ^ y. Le P. A. de Voysins, un des correspondants familiers, parle plus clair encore et invite Condé à imiter bonnement l'exemple du grand maître de l'artillerie La Meilleraye^ < qui est logé si loin. Et peutestre mesme en s'approchant (V. A.) se peut mettre plus à couvert \ >