Escoubteau de Sourdis, marquis d'AIluye
3. Afss. de Pierre Lenet ^ t. I, fol. 82. Bibl. Nat. fr. 6702.
4. Dictionnaire de piUa^o^ie et dHnstruction primaire de M. F. Buisson, »887, t. I, p. 11.
5. Avnom de Nostre Sei^nevr Sest's Christ (sic). U Académie dv Roy pour Ihnstruction de la iêunesse, Haren^ve panégyrique desdiée à la Magesté du Roy Henry qvatriesme. Récitée à l*owerture de son Académie, par le S. et Antécesseur ide Belleperche, cons. du Roy et l'Intendant professeur (5 février 1598). Bibl. Mazarine, 33.727.
6. UAcaiiémie ov institution de la Noblesse Françoise où toutes les vertus reçmses à vn seigneur de marque sont déduites avec vne curieuse recerche des plus belles et riches maiières qui se puissent tirer des sciences divines et humaines, par Alexandre de Pont- Aymery, Seigneur de Focheran, Paris, 1595. Bib. Mazarine, 32990.
Le premier organisateur et directeur fut Antoine de Pluvinel, le célèbre écuyer de Henri III et de Henri IV, puis sous-gouverneur du Dauphin Louis XIII.
C*était une conquête morale sur T Italie, et les contemporains l'acclamèrent avec un patriotique enthousiasme. € Toute la France, dit Pont- Aymery,est infiniment obligée au sieur de Pluvinel qui par une incroyable charité s'est dévotieusement offert à la noblesse pour luy servir d'eschelle et de marchepied aux choses les plus eslevées et plus glorieuses, que la vertu puisse assigner à ceux qui la recherchent. Il nous desrobe l'occasion de courir en Italie, où nous allons achepter, avec une despence incroyable, la seule ombre de la civilité, et nous en rapportons la masse entière du vice. Ceux de Milan nous apprennent la tromperie ; le Boulognoîs nous enseigne le mensonge, le Vénitien nous rend hypocrite et songeart, le Romain nous plôge en un océan d'athéisme et d'impiété et le Napolitain nous change en un satyre... J avois oublié les Florentins ennemis jurez des bonnes mœurs, etc. Nous pou vos maintenant oublier ce chemin, et prendre les erres de l'Académie du sieur de Pluvinel, qui nous fait veoir en gros, tous les exercices que l'Italie monstre en détail, ayant basty un Parnasse aux Muses, et dressé un temple à la vertu : car, à la vérité dire, il n'instruit pas seulement le gentilhomme en la professiô du maneige, mais en la pratique des bonnes mœurs, sans lesquelles toutes sciences ne sont que vanités. Aussi qui void ses escoliers, il void le maintien des Anges, et les vives images des célestes perfections. O heureuse Noblesse ! pour qui le ciel a faict naistre un tant sortable gouverneur. S'est-on exercé au maneige ? Vous avez le voltigement, l'escrime et la danse, le tout sous des personnages que ledit sieur a sceu heureusemét choisir, et qui sont, hors de controverse, les premiers en leur art. Vous y avez encore les mathématiques, la peinture et le lut, sous les plus excelles maistres que l'on puisse désirer ; en sorte, que j'estime n'y avoir maison en Europe, tant accomplie ou famille mieux ^ordonnée. Les jeunes seigneurs y peuvent estre introduits dés l'aage de dix à onze ans ; là où ils ne peuvent et ne doivent aller en Italie qu'ils n'ayent de dix sept à dix huict ans : de façon qu'ilz auront apprins sous le sieur de Pluvinel estans fort jeunes, ce qu'ilz vont chercher demy homes en Italie. >
Une intéressante étude biographique, récemment parue \ a remis en lumière le « Dessein d'une académie >, tel qu'il fut exposé en 1612 dans une leçon d'ouverture. Le plan de Rivault est tout pratique, mais aussi fort élevé. L'école de hautes études imaginée par l'auteur pour les jeunes gens qui perdent leurs loisirs à la cour, comprend deux catégories : les uns se destinant aux armes, les autres à la diplomatie ou à l'administration. Les exercices corporels, loin de prédominer, semblent au contraire relégués au second plan. L'apprentissage auquel on s'exerce est plus
I. David Rivault de Fkurance et Us autres précepteurs de Louis XI 11^ par Tabbé Aogaste- François Anis. Paris, Picard, 1893.
A L'ACADÉUIB ROTALE. 85
moral que physique. Les élèves devront acquérir les connaissances nécessaires ou bienséantes à leur profession, afin de polir leurs vie et moeurs. Les uns au courage joindront l'esprit chevaleresque, et aux vertus militaires les qualités de l'homme du monde. Les autres, ceux qui prétendent aux emplois civils, se formeront à parler en public avec hardiesse et abondance, cultiveront l'art du geste et se rendront dignes en tout de paraître aux conseils privés ou d'État.
L'œuvre projetée fut-elle réalisée? Elle méritait de l'être, à en juger
Lk Cardinal de Richelieu.
(D'apris une Médaille de l'Histoire de France. Calcographie du Louvre.)
par son curieux règlement. Mais le biographe de Rivault semble n'y voir qu'une idée heureuse et fugitive, une semence jetée en l'air et retombée dans les parterres de Conrart, où le germe développé devint après vingt-trois ans l'Académie française de Richelieu.
Ne pourrait-on pas aussi bien dire qu'elle se fondit avec l'Académie royale de Pluvinel et de Benjamin, celle-là même qui recevait le duc d'Enghien comme écolier ; et le futur programme d'études du jeune Prince ne se rencontrerait- il pas déjà dans l'esquisse d'une académie idéale, tracée par Pluvinel ?
La discussion de ce plan forme le plus intéressant entretien de V/tis- Iti'clion dv Roy en l'exercice de monter à cheval, publiée par René de 1 Menou ', son disciple et admirateur, cinq ans après la mort du maître.
Comme Belleperche et Pont-Aymery, Pelletier' et Rivault, Antoine de Pluvinel avait gémi sur l'oisiveté qui était pour la jeune noblesse la mère des vices et des désordres. 11 déplorait de la voir < passionnément désireuse d'estre instruite à la vertu, à la civilité, à la courtoisie, aux bonnes mœurs, à la propriété >, mais obligée de s'expatrier pour mendier cette instruction à l'étranger, surtout en Italie, d'où ta plupart revenaient aussi ignorants qu'ils y étaient allés. Pour arracher nos ] nationaux aux maîtres cupides qui les exploitaient au loin, il avait supplié le roi de fonder en France quatre académies : à Poitiers ou à Tours, i à Bordeaux, à Lyon et à Paris.
Le côté financier de son projet n'est pas le moins bien présenté. La I noblesse était pauvre, relativement à ses besoins : i. il n'y a aujourd'huy j que ceux qui ont quantité de bier.s qui puissent faire instruire leurs enfants 1 aux bonnes mœurs. > Pour la pension d'un jeune gentilhomme et de sa j suite, il faut « cinq cens escus par an, sans compter les habits et aultres \ choses nécessaires S- Les maîtres seront subventionnés ; autrement, ils sont obligés de s'atlirer des élèves au prix d'une coupable tolérance. Le logis sera grand et spacieux. Au manège, il y aura au moins vingt chevaux avec gens pour les panser. Le personnel comprendra outre les officiers et serviteurs un tireur d'armes, un maître à danser, un voltigeur, un mathématicien et un homme de lettres.
L'ordre à apporter dans ces * écoles de vertu > sera le suivant : toute la matinée, exercice d'équitation.
L'après-midi sera consacrée quatre jours de la semaine, les lundi, mercredi, vendredi et samedi, à tirer des armes, danser, voltiger et faire des mathématiques ; les deux autres jours, mardi et jeudi, l'homme de lettres devra traiter en présence de toute cette jeunesse assemblée :
« Premièrement de toutes les venus morales, ensemble des exemples qui se tirent des histoires tant anciennes que modernes pour les esclairsir : et après les avoir instruits de ce qui dépend des mœurs, passer à la I Politique, comme la partie la plus nécessaire : et là-dessus leur monsirer la forme qu'il faut tenir pour gouverner les Provinces, les villes et les places que Vostre Majesté leur peut remettre entre les mains, soit pour ] comander, soit pour obéir : comme quoy servir son Maistre, soît en 1 Ambassade, soit en quelqu'autre affaire particulière : bref, tascher par ]
i, L'/ttstnirtfoit dv Roy en l'exercice de mcnfer 4 cheval. Par Messire Antoine de Pluvinel, EscuyerprincinHl de sa Maiesté. Imprimé à Paris, au dépens de Crispin de Pas Pe vieux, à J Vtrectil, 1625. In-fol. Celle édilion, faiie sur le Ms. de Pluvinel, e%i ia première cnmplae. Dans I le Matteige rayai (ttl^X dont on peut loir, h la léserve de la Uibl. nal, (S. 86, 2), lexemplaire J même de Louis XIII, le pio^rramme de l'Académie Fait défntit. 1
J. La Nùurniute de la nob/ear, Oà s/inl refii/Mnties cnmmr en vn Tableau loutet les plut I Mlet vertus, ^ui peuvntl accomplir uh jeune Gentilhomme. Par le S' Pelletier. Pans, Mai P.-itisson, t6o^ fol. 96" . Dib. Muarine, 35254-
ce moyen de les rendre capables de bien servir leur Prince, soit en paix, soit en guerre. >
Chaque mois il y aura grandes manœuvres. Un jour de fête, < après le service de Dieu, > un nombre suffisant de cavaliers armés de toutes pièces courront la bague, rompront en lice ou sortiront en campagne. Là, on leur apprendra € la manière d aller au combat, le moyen d attaquer une escarmouche, la forme de se retirer, bref tout Tordre de la guerre >. Ils combattront tantôt à cheval, tantôt à pied, construiront des forts de terre qu'ils attaqueront ou défendront selon leur force ; ainsi leur enseignera-t-on € à bien attaquer une place et à la bien deffendre > ,* enfin, on donnera le commandement <L alternativement aux uns et aux autres, afin de les rendre tous dignes de bien commander et bien obéir. >
L'école de Paris, splendide auprès de celles de province, se trouvait exposée aux regards de la cour, des ambassadeurs et des étrangers. La cour s'intéressait aux premières évolutions de la jeune noblesse, comme la foule d'aujourd'hui suit dans les revues nationales les bataillons de nos écoles militaires. Lorsque Louis de Bourbon fut académiste, elle s'y rendit assidûment. € Tous les jours destinés au travail, dit Lenet, rien n'estoit capable de Ten divertir. Toute la cour alloit admirer son air et sa bonne grâce à bien manier un cheval, à courre la bague, à dancer et à faire des armes. Le Roy mesme se faisoit rendre compte de temps er. temps de sa conduite par Benjamin. >
Ancien écuyer de Louis XIII ', Benjamin était l'héritier direct, avec son fils, le baron du Pré, des traditions de Pluvînel. € Le premier plan de l'Académie que le Sieur de Pluvinel dressa à Paris pour Tutilité commune de tout ce Royaume, écrivait Pelletier en 1604, a si bien servy de modelle aux autres, qu'à son imitation ceste eschole y est encores aujourd'huy ouverte par le sieur de Benjamin, au mérite et capacité duquel il ne se peut rien désirer, tant il s'aquitte dignement de ceste charge '. > Trente années de plus dans les mêmes fonctions avaient usé les forces du vieux maître, sans lui rien ravir de son prestige moral. Un des derniers élèves qui venaient de passer par ses mains avant M. le Duc était Antoine Arnauld, fils aîné d'Arnauld d'Andilly. Ce fervent janséniste, qui, de capitaine d'infanterie et de cornette de carabins, devint ecclésiastique et vicaire d'Henri Arnauld son oncle, l'évêque d'Angers, nous a laissé un excellent portrait du directeur de l'Académie du Temple. € En sortant de l'Académie, dit-il (1635), je reçus de M. de Benjamin des témoi-
1. < Mené (le dauphin I^uis XIII) en carrosse à la rue des Bons-Enfants, à l'académie de M. Benjamin, écuyer du roi. > Journal d'Héroard^ t. I, p. 4 [4.
2. La N&vrriture delà noblesse, — On peut voir encore sur Pluvinel, apprécié com-ne écuyer, un article très élogieux dans la Revue des Deux-Mondes^ 15 avril 1894, p. 884 : Le^ Méthodes de dressage du cheval de selle^ depuis la Renaissance jusqt^ à nos fours^ par M. F. Musany. < Son Mani\(e Royal^ contenant les discours qu il fit au roy pour lui apprendre l'art de bien monter à cheval, est rempli de réflexions fort judicieuses, dt)(nes d'un philosophe autant que d'un écuyer. > Cette phrase est la meilleure réponse aux plaisanteries de Tallemant des Réaux, accusant Pluvinel de n'avoir été € guères plus subtil que ses chevaux >. Historiettes^ 3* éd., 1834, t. I,
gnages d'une amitié vraiment paternelle, et des avis pour ma conduite, dont je lui serai éternellement obligé. C'étoit un homme extraordinaire dans sa profession, et quoi qu'il fût fort exact à faire faire tous les exercices, on peut dire que c'étoit la moindre chose qu'on apprit chez lui. Il s'applîquoit particulièrement à régler les mœurs ; et jamais personne ne fut plus propre à former les jeunes gens à là vertu, soit en louant à propos ceu:^ qui faisoient bien, soit en reprenant fortement les autres, et imprimant en tous un respect dont on ne pouvoit se défendre, tant il sçavoit tempérer sagement la bonté qui lui étoit naturelle, par une sévérité nécessaire >
Peu avant la sortie de labbé Arnauld, un autre élève plus célèbre, mais sur lequel n'avait pas eu de prise la direction ferme et sage de l'école, avait précédé M. le Duc. Le frivole et romanesque Cinq-Mars avait fait admirer là une « physionomie > qui semblait présager sa prochaine élévation.
Bel écuyer et homme de bien, Benjamin n'avait pas à former que des cavaliers habiles et des jeunes gens accomplis. Le règlement établi par Richelieu en 1636, et la fondation à perpétuité par le cardinal de vingt bourses de mille livres en faveur de vingt gentilshommes tenus ensuite de servir le roi deux années, dans le régiment des gardes, dans la marine, <L ou autrement selon son bon plaisir, > imposait aux académisles pourvus par cette libéralité une instruction militaire plus étendue et plus variée.
Outre les exercices ordinaires qui leur étaient communs avec les autres, « comme de monter à cheual, voltiger, faire des armes, les Mathématiques, Fortifications et autres, > ils devaient être encore <L particulièrement instruits à quelques heures réglées es principes de Logique, Physique, Métaphysique, sommairement en langage François : mais pleinement la Morale et à une autre heure commode de l'aprèsdinée... aussi sommairement de la Carte géographique, des notions générales de l'histoire universelle, et l'establissement, déclinaison et changement des Empires du monde, transmigrations des peuples, fondemens et ruines des grandes villes, noms, actions et siècles des grands personnages, comme aussi de Testât des principautez modernes, singulièrement de l'Europe, dont les intérests nous touchent de plus près, par leur voisinage ; sur tout au long, ils apprendront l'histoire Romaine et Françoise ^ >
1 . Mémoires de M, l\ibbé Arnauld^ contenant quelques anecdotes de la Cour de France^ depuis i6j4jusqi^à 1675- Amsterdam, 1756. In-8, t. I, pp. 20 et 30.
2. Le Règlement de ^Académie royale respire d'un bout à l'autre une hauteur de vues digne du fondateur de la Sorbonne et du Collège royal de Richelieu. C'est un des plus beaux monuments pédagogiques de Tépoque. Nous le citons d'après le Mercvre françois^ t. XXI, p. 278 et suiv. — Il complète l'ordonnance du roi provoquée par Richelieu, en 1629, au camp de La Rochelle, et qui, d'après Montzey, serait la véritable charte de fondation de l'Académie royale militaire, ou institut spécial pour les exercices de guerre. L'Académie de la rue Vieillc-du- Temple n'en aurait été qu'une annexe. Cf Institutions décote militaire jusqté en ijSg^ par C. de Mont-
mie royale de marine, fondée à Paris en 1669. — Voir encore le vicomte d'Avcncl, qui prête à Richelieu, en 1636, < le projet de fonder une académie de mille gentilshommes, > mais assure qu'il ne l'exécuta pas. > Richelieu et la monarchie absolue^ t. I, p. 293, n. i.
A L'ACADÉMIK ROYALE. 89
Ce que Richelieu édictait n'était point lettre morte. Les lettres du duc d'Enghien à cette époque, lettres rendues trop rares par les fréquents séjours de son père à Paris, confirment pleinement que telles furent, moins la philosophie, les matières des études. L'histoire continua donc pour lui, comme à Bourges et à Dijon, d'occuper une large place ; c'était l'un des exercices quotidiens : <L J'écris tous les jours sous le P. Pelletier qui me dicte un 2^ entretien de la prudance d'un prince, avec les examples de ceus qui ont estes grands et prudans capitaines, afain que j'apprenne de leur conduite à me randre tel que vous me désirés et digne de la continuation de vos bonnes grâces '. "^
Les mathématiques appliquées et la géographie figurent aussi au premier plan : 4: J'ay commencé à tracer sur le papier des fortifications, j'ay achevé le compas de proportion et le toisé et commancé les fortifications. Je m'estudie aussy à la carte du monde, affain que je n'obmette rien de tout ce qui m'est nécessaire vour vous contanter et servir '. »
L'équitation ne lui parait pas moins utile à ce service de son père qui deviendra un jour le service du pays, et il souhaiterait que Benjamin et du Pré son fils, malades, et, avant peu d'années, l'un emporté par la mort et l'autre réduit à la retraite ^ « fussent en leur parfaicte sancté, » afin, écrit-il, € que je montasse plus souvent à cheval » Il était adroit et élégant cavalier. La course de bague, en laquelle Benjamin et du Pré excellaient tous deux ^ fut aussi le triomphe de M. le Duc. Dans cet exercice, qui demande une main sûre de la lance, le corps droit et tendu, tout un maintien solide et gracieux, il remporta non sans fierté le prix : c'était € un assés jolis bidet K >
Enfin l'éducation religieuse était assurée pour M. le Duc par la présence du P. Pelletier, et la pratique, par le concours que lui prêtait, en
1. Histoire des princes de Condé^'^2x Mgr le duc d'Aumale, t. III, p. 569. Pièces et documents.
2. C'est sans doute à cette période qu'appartiennent au moins deux des trois seuls ouvrages écrits de la main de Coudé et composés par lui, qui sont mentionnés dans les Recherches, Le Roux de Lincy : n** 17, Traduction du Cctiilina de Salluste ; n° 51, Livre d* arithmétique et de géométrie; n® 52, Usage du compas de proportion.
3. Du Pré mourut à la fin de décembre 1639. M. le Duc annonça cette perte à M. le Prince et lui en exprima ses < sensibles desplaisirs, > dans une lettre s. 1. n. d. Papiers de Condé^ série M, t. XVIII, fol. 4^1. Le père de du Pré lui survécut et ne se retira qu'en 1642. Gazette^ 22 mars 1642, p. 248. Le Maneige r^^x/ contient de nombreux portraits en pied de Benjamin, écuyer du roi, et de du Pré, son fils, page de la grande écurie. Les traits fins et allongés de Benjamin, vrai type à la Henri IV, contrastent avec l'air épais de du Pré.
4. Mémoites de Michel de Afarot/es, Amsitréanif 1755. In- 8, t. III, p. 209.
5. Longtemps le duc d'Enghien fut un maître à tous les jeux d'adresse et de souplesse. On en a remis dernièrement en mémoire un trait plaisant de voltige. < Un juge de village lui étant aile au-devant pour le haranguer dans son chemin, comme il s'inclinait profondément pour lui faire la révérence, le duc, qui était dispos, sauta adroitement par-dessus le corps du juge, et se trouva derrière lui. Le juge, qui avait une envie extrême de débiter sa harangue, selon la maladie de tous les mauvais orateurs, se retourna sans paraître ému de cette capriolle (sic)y et pour empêcher le duc d'en refaire une semblable, il le salua en s'inclinant moins qu'il n'avait fait ; mais le jeune prince, qui n'en voulait pas demeurer là, ayant mis ses deux mains sur les épaules du juge, sauta une seconde foi?, et l'obligea, par ce moyen, de se retirer tout confus. > Histoire de Louis de Bourbon^ II du nom^prince de Condé, Cologne, 1693, in- 12, à!2LpThsVIntermédiairey 10 juin 1894, page 6ia
qualité de confesseur, un Jésuite célèbre : le P. Nicolas Caussin. Le drame où figurèrent des acteurs tels que Louis XIII, Richelieu et M^^^ de La Fayette, a son écho dans la correspondance de M. le Duc, et nous sommes heureux de pouvoir publier ici une lettre qui eût été un régal d'érudit pour Victor Cousin. Avec quelle maligne satisfaction le biographe de M"*« de Hautefort eût saisi sur le vif Thomme simple et honnête, courtisan maladroit et directeur imprudent, qui accuse dès la première heure les qualités et les défauts, cause de sa chute plus rapide encore que sa fortune ! Ce prêtre, ne soupçonnant point Tintrigue autour de lui, et osant bientôt s'attaquer à la politique despotique au dedans, anticatholique au dehors, de Richelieu, s'est dépeint en quelques lignes. Confiance naïve en soi, familiarité trop facile avec le roi, présomption dans les démarches qui ne redoute aucun désaveu, autant de traits permanents de caractère que l'occasion fera grandir. Remarquons surtout le cardinal s'imposant par le choix du confesseur à la conscience du duc d'Enghien, comme il pèsera bientôt sur sa vie entière par la désignation de sa fiancée. Caussin s'adresse à M. le Prince.
Monseigneur,
J'ay esté appelle pour confesser le Roy au jour de PAnnonciation Nostre-Dame, ce que j'ay fait, et Dieu par sa grâce m'y a fait trouver tant d'agrément et de bon succès que Monsieur le Cardinal m'arresta le mesme jour pour confesseur de Sa Majesté, sans toutefois qu'il voulût que l'on donnast chaudement la nouvelle au bonhomme^ de peur de lui donner quelque inquiétude. Suivant l'ordre que V. A. ra'avoit donné, je nomroay le P. François Tacon *, conftsseur de Monsieur de Nesmond 3, pour ouyt la confession de M le Duc en mon abstrnce, et sachant que c'estoit un esprit très paisible, je lui dis que cela estoit selon vostre volonté.
Toutefois Afonsieur le Cardinal nia dit que je pourvois continuer mon office auprhde Monseigr vostre fils sam diffiadtè. Quand j'aurai l'honneur de voir V. A. je luy dirai les particuliarités de mon élection et l'assurerai de bouche que ce changement ne change rien en moy, mais que vous recongnoissant inviolablement porté au service du Roy, je serai plus que jamais.
Monseigneur,
Vostre très humble et très obéissant
serviteur en N. S.
N. Caussin *.
De Paris, ce
27 mars 1637.
Le bon religieux, qui croyait si aisé de diriger la conscience d'un roi sur qui régnait Richelieu, ne laissa pas de conserver plusieurs mois ses
1. /^é?«///»ww^ s'employait couramment dans le sens du vieillard; mais Louis XÏII n'avait alors que trenie-six ans.
2. J<?suiie peu connu. En 1660 il était encore à la Maison professe de Paris. Cf. Etude sur la vie et les œuvtes du P, Le Moyne^ p. 468.
3. Théodore de Ne-mond, surintendant des affaires de M. le Prince (1631), reçu en la charge de pré>ident à iporiier, à Paris, le 20 décembre 1636, en remplacement de Lamoignon, son beaupère. {G.i2ette^ 1636, p. 824.) n a sa notice dsiVisV Histoire des princes de Condé^ t. lll, p. 203.