‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 56 sur 181 · Papiers de Condé^ séiie M, t. XI, fol · texte numérisé non relu

Papiers de Condé^ séiie M, t. XI, fol

candides illusions. Le P. Pelletier le revoyait sans doute quelquefois, quand le confesseur de Sa Majesté pouvait, avec l'autorisation du cardinal-ministre, exercer les mêmes fonctions auprès de M. le Duc. Il témoigne, plus de six mois après, de cet optimisme aveugle mêlé à la satisfaction de faire pratiquer autour de soi de hautes et nobles vertus. € Le P. Caussin, écrit-il, se plaist à suivre la Cour. S'il la peu rendre aussi sainte en effect, qu il la fait en idées dans ses écrits ', il ne sera pas mauvais orateur. Je le soushaitte de tout mon cœur •. > La vocation et ' rentrée au couvent de Tangélîque Louise de La Fayette (19 mai) prouvent que la sainteté florîssait en effet dans l'entourage le plus intime de Louis XIII; mais l'heure vint bien vite où, pour obéir au cri de sa conscience émue par la misère du peuple et par la division de la famille royale, le religieux, fidèle à Dieu et dévoué à sa patrie, crut devoir dénoncer au souverain la tyrannique oppression du ministre et se perdit (8- II décembre). Le duc d'Enghien ne put même pas voir une dernière fois son directeur, enlevé brusquement un matin, en vertu d'une lettre de cachet, et conduit à Rennes par un exempt, en attendant Quimper- Corentin. Il informa son père de ce départ par ces simples mots : < J'ay appris que le pauvre père Caussin n'estoit plus à la cour et qu'on y avoit mis le père Binet à sa place ^ »

Cette glorieuse disgrâce du confesseur du roi eut lieu vers la dernière fête d'automne, la Conception Notre-Dame ; mais en la fête du printemps (Annonciation) qui avait marqué si différemment l'entrée en faveur, la seule conséquence dont se fût ressentie la maison de M. le Duc, avait été le remplacement du P. Caussin» prédicateur d'un carême d'ailleurs fort avancé, par le P. Pelletier : i. Je croirois manquer à mon devoir si je laissois partir monsieur de Vilargois... sans vous mander comme le roy a choisi le père Cossîn pour son confesseur. Il m'est venu voir depuis et m'a dit que cela n'ampêcheroit pas que je ne me confessase à luy ; il a laissais sa chère de Saînt-Médéric au père Pelletier qui y réussit for bien et que j'y ait esté entandre aujourd'hui ^ > Ces quelques mots, envoyés à l'adresse de M. le Prince à Dijon, étaient datés du lundi saint, 29 mars. Le samedi saint, 3 avril, le P. Pelletier écrivait à son tour cette lettre, qui montre les fruits salutaires opérés dans son élève par les pénitences de la sainte quarantaine.

Monseigneur,

Les meilleures et plus véritables novelles que je puisse donner à V. A. sont celles de la parfaitte santé de Monsieur le Duc, et l'assurer qu'il n'a jamais tesmoigné tant de désir d'obéir et contanter V. A. ; aus«ii se range-t-il à tout ce qu'on veut ; il n'a point rompu son karesme, V. A. a sceu comme le P. Caussin a esté commandé d'aller trouver le Roy et rooy de

1. Allusion à la Cour saine fe ouPInshtvfion chrestiemie des Grands avec les exemples de ceux quidams les cours ont fleury en saincteté. Paii<, 1625. Cf. Sommervogel, in-4'*, t. II, col. 906.

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