I . CaMettty 1639. p. 200 et
1 manteau
d'escarlatte, et autres habits glorieux, jouer pendant les collations avec des avocats. J'ay surpris aujourd'huy Gérard cachant dans son lit jusqu'à une douzaine de pains. Il m'a voulu faire croire que c'estoit pour donner l'aumosne. > A côté de ces fripons, il y avait pourtant d'honnêtes serviteurs ; tel le premier palefrenier demandant humblement une casaque pour ses étrennes, suivant la coutume ; tel aussi le père Payen. un vieux garde, sollicitant la faveur dont il jouit f depuis ^o ans qu*il est au service de la maison », d'être admis à la table du commun. Mugnîer en référa jusqu'à M. le Prince, mais il avait déjà pris de lui-même une mesure capable de couper court à plus d'un abus : « Je tiens la clef de la cave, et je réponds à V. A, que de ce costé-là, il n'y aura plus de désordre, »
La réforme de la table de M. le Duc faisait naître autant de difficultés. Diminuer la dépense et garder l'ordre établi par M. le Prince semblaient choses inconciliables, surtout avec la cherté persistante des vivres dans un pays ravagé par les partis des Impériaux. Mugnier eut le bon esprit d'avouer ici son Incompétence et de s'adresser à plus au courant que lui. Il paraît que Madame la première présidente ne faisait pas seulement figure honorable dans le grand monde ; elle connaissait le prix moyen des denrées, savait tenir une maison et serrer les cordons d'une bourse. Le bon Père prit donc « par escrit le prix des viandes qu'on achète > et le soumit à ses yeux clairvoyants. Il fut rassuré : la présidente lui affirma t qu'en achetant les choses au marché, il n'y avoît point de tromperie, et que toutes les pièces... valloient ce que les officiers... disoient. » Mugnîer ne se tint pas pour battu. Ne pouvant diminuer le prix des plats, il proposa d'en restreindre le nombre, « Je n'ay pas osé toucher à ia table, mais il me semble que V. A. pourroît retrancher 3 pièces, et, de neuf qu'on sert, six peuvent estre suffisantes, et huit plais se peuvent réduire à six. Il faut, s'il plaist ainsi à V. A., que cela vienne de son commande* ment que j'attendray pour le faire exéquuter. >
Les dépenses de table étant irréductibles. Mugnier se rejeta sur le linge. Ici le gaspillage était patent. « Je me suis fait rendre conte du linge qu'on avoit acheté pour cent escus. De vingt douzaines de serviettes je n'en treuve de reste que six douzaines et demy, encore sont-elles toutes rompues et ne peuvent plus servir qu'à la cuisine. Le Gascon, sur ce défaut, ne m'a peu rendre autre raison, sinon que le reste estoit ou usé ou desrobé. Il y a près d'un mois qu'on en prend à louage et qu'on donne 25 sols par jour. Oit en achcUroit, en peu de temps, de l'argent de ce louage. Je me suis estonné comme le controlleur n'a donné advls à V. A. de ce désordre. Il m'a dit pour excuse qu'il ne lesçavoit pas.» (16 janvier.) Ce renouvellement de la lingerie était une grosse dépense et qui fit d'abord reculer le père. « Je cherche du linge à achepter. Le trouvant trop cher, j'attendray quelque occasion qui se présentera, comme j'espère, dans peu de jours. Dubuisson me dit qu'il en faut 8 douzaines pour la
bouche de M. le Duc, 8 autres douzaines pour la suite, 4 douzaines pour la cuisine. » (30 janvier.) Total: vingt douzaines et ce n'était pas suffisant. < J'ay fait acheter 22 douzaines de serviettes, qui reviennent à sept vingts neuf livres, huicts sols. Le Gascon s'ea est chargé, et s'est obligé par escrit d'en rendre conte. Quand le linge estoit à V. A. on a perdu 20 douzaines de serviettes. Quand on Ta pris de louage, on n'en a pas perdu une seule. La lavandière qui court par le Logis jour et nuit et qui y couche lorsqu'elle fait la lessive, est un peu soubçonnée des serviettes perdues. Si ce soubçon se trouve bien fondé, je tâcheray d'y remédier. > (19 février.)
Que dire des choses qui de leur nature se consomment par l'usage ? Le bois disparaissait. Mugnier réglementa la distribution, et chacun de gronder contre le règlement (30 janvier). Mais les provisions sont épuisées et l'on est encore en hiver (7 février) ; il ordonne d'en amener. Peine inutile. « Voyant qu'on me donnoit des paroles pour du bois, j'ay envoyé La Verdure sur les lieux et dans les villages qui ont obligation de le rendre à Dijon. Il a fait si bien qu'aujourd'huy il en a amené, quant à soy, près de 30 moules, de sorte que il n'en faudra plus acheter. Il y a eu en cela une grande négligence. >
L'écurie jouait de malheur. La contagion s'y était mise. Trois bêtes succombent coup sur coup : < Le Verdun > ; un autre cheval qu'on absomme parce qu'il € avoit le pied gasté > ; et 4! la grande hacquenée. > Le secrétaire Girard ne voit de remède que dans le changement d'air et propose d'envoyer les survivants au petit Clairvaux. On s'y décide. L'écuyer Francine croit découvrir la cause du mal dans le foin € tout pourri et plein de poussière. > Enfin < on a parfumé l'escurie, je la feray blanchir au plustot ; on ma dit qu'on travaille trop les chevaux à la chasse. > (i^^^ au 26 février.)
Parmi tant de tracas administratifs où il apporte un soin, sinon une compétence, que l'on n'eût pas espéré d'un prédicateur ni d'un régent, Mugnier établit encore le compte de chaque semaine et n'oublie pas de comparer les sommes, car la différence est à son avantage. La première semaine de janvier 1639, la dépense monte à 494 livres, dix sols ; la deuxième, elle descend à 389 livres, cinq sols, six deniers ; la première de février, à 256 livres, dix sols, six deniers, et pour tout le mois elle atteint 1.6 15 livres, un sol, dix deniers.
C'est Mugnier que M. le Prince charge de faire ordonner aux élus, par M. le Duc, le payement des régiments de Conti et de Saint-Germain, et de réclamer l'état de subsistance des troupes. Heureusement M. le Duc s'en acquitta lui-même et fit marcher les commis. « Je loue Dieu, écrivit Mugnier, de le voir agir comme il agît, non plus par procureur, mais de luy-mesme. > (26 février.)
A la fin de cette année 1639, le Logis, réformé matériellement et moralement, offrait le spectacle d'une maison modèle. Louis de Bourbon se conduisait avec la maturité d'un vieux gouverneur, < très sage en sa
conduite, obligeant et gaignant les cœurs d'un chacun, > travaillant à mettre la paix entre tout un monde de parlementaires, d'intendants et d'avocats du roi ; tel cédait € pour l'amour de Monsieur le Duc > ; tel autre ne voulait avoir jamais d'autre mattre que son père et lui'. Lui-même se vante modestement auprès de M. le Prince d'apporter toutes ses € diligences et assiduités > à tous ses € exercices et fortifications ^ , et les Lettres annuelles des Godrans se glorifient de ce que, parmi les cinq congrégations des Messieurs, des Prêtres, des Ecoliers, des Ecrivains et des Artisans, la première, composée des notables de la ville, a jeté un éclat particulier, pour avoir été honorée de la présence de 4: TIU"^® prince Louis de Bourbon, notre vice-gouverneur* >.
Nous avons regret de quitter Dijon avec M. le Duc II venait d'y vivre sa dernière idylle. Aux vacances, il avait reçu le roi, de passage avec Richelieu, et il écrivait à M. le Prince : « Je suis le plus heureux garçon du monde ^. > Parole naïve et qu'aux plus beaux jours de bonheur apparent il ne répétera plus.
En avril 1640, deux ans après son arrivée en Bourgogne, il était rafale à Paris, et déclaré, malgré lui, fiancé à Claire- Clémence de Maillé- Brézé, nièce de Richelieu. Puis il s'engageait comme volontaire dans l'armée de Picardie qui allait investir Arras. Il avait dix-huit ans.
1. Mugnier à M. le Prince. Dijon, 8 décembre 1639. Papiers de Condé, série M, t. XVI IL fol 399.
2. Litiera annuœ^ 1640. Divionense collegium : < £ sodalitiis quinque, quod virorum est primarionim, emicuit splendore singulari, cohonestante prseter csetetos Illustrissimo principe^ Ludovico Borbonio, progubematore nostro. >
3. Voir, sur cette réception, V Histoire des princes de Condé^ t. III, p. 370.
gapitre Buitièrae.
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DÉBUTS A LA GUERRE
ous n'avons plus le droit de parler éducation. Ce serait donner à croire qu'un prince qui fut un homme avant le temps demeura au contraire enfant après l'âge. On nous permettra pourtant de suivre encore quelques années, dans les chrétiennes manifestations de sa foi, fruit de son éducation, ce fils de France resté fidèle au Dieu de ses ancêtres et dévot envers Notre-Dame.
Il commença, comme un chevalier antique, à mettre sa nouvelle vie sous la protection de la Sainte Vierge. Le sanctuaire de Notre-Dame de Liesse fut le théâtre de sa veille des armes. De Vervins, il n'en était qu'à quelques lïeues, et un souvenir touchant l'y appelait. € J'aurois tort, écrivait le P. de Ceriziers, en 1632, dans sa description du célèbre pèlerinage, si j'oubliois de dire que l'Aisne de Mgr le Prince doit sa. naissance à la Vierge, ou du moins que Madame sa mère ne tient la vie que de son assistance. Je puis donner ce témoignage pour véritable, puisque je l'ay pris moy-mesmes de la bouche de cette grande Princesse, et que sa reconnaissance est marquée dans une des plus riches statues de cette sainte maison '. > Au retour, M. le Duc écrivit à son père cette phrase simple, mais touchante dans la circonstance, qui termine la première lettre de son entrée en campagne : « Je revins hier de Nostre- Dame de Liesse où j'ay faict mes dévotions '. > N'est-il point permis de croire qu'aux pieds de la madone de Liesiie les prières du futur vainqueur de Rocroi pour le triomphe de la France furent visiblement exaucées ? < Il semble que le Dieu des armées, écrit Mgr le duc d'Aumale, en
1. /magx de Nostrt-Dam* d* Liesse, ou son Histairt avthentiqvt. Par vn Religieux de la Compagnie de lesvs. Première partie. Reims, Constant, 1632, in-S. — Cerïtiers est l'auteur d'an Portait di Son Altesse séréttissimt MoHseineur le duc qui feisait partie du cabinetdes Mss. de Cbantilly. Voiries Recherches sur la àiàliothique du grand Cond/, suivies du catalogue âts Mss. ' " 'e Lincy, p. 23.
[. le Prince. Vervins, fmai \b»p, Papiers dt Condé,\tnt M,t XIX, fol. 284.
dirigeant ses pas à travers la Thiérache jusqu'à la Meuse, de Vervins à Givet, ait voulu lui faire connaître les bois et les landes, la région tourmentée où, trois ans plus tard, il remportera la plus éclatante des victoires. Et ce n'est pas seulement le terrain que la Providence lui révèle ; elle met sous ses yeux, dès le premier jour, ses futurs lieutenants de 1643'. »
Au siège et à la prise d'Arras {9 août), il se distingua par « ses, héroïques et vertueuses actions ' î.
Félicité au retour par Louis XI 1 1 et Richelieu, il regagna la Bourgogi pour y reprendre encore, en l'absence de son père, commandant 1 Languedoc, l'expédition des affaires administratives. Le 9 décembre, le I*. Mugnier écrit à M. le Prince : « Je prie la divine bonté de vous ramener icy bien tost et en bonne santé. Je croy qu'elle aura de la consolation de voir Monseigneur le Duc qui donne tous les jours des preuves de sa piété envers Dieu, de son obéissance et affection envers V. A., de sa sagesse en sa conduite, de sa bonté envers tous. Elle en sçaura les particularités ',,, »
Le 9 février 1641, l'union entre la nièce du cardinal-ministre et le fils aîné de Henri 1 1 de Bourbon-Condé était célébrée à Paris, pour la plus vaniteuse satisfaction de Richelieu, pour le plus grand malheur du duc d'Enghien. Quelle scène, au soir de cette journée où l'ancien évêque crotté de Lnçon a gaspillé un million en fêtes, que le bal ouvert par M. le Duc, la tête pâle et s'avançant avec la reine, tandis que Madame la Duchesse — une enfant de treize ans — s'embarrasse dans sa robe et tombe, au milieu des rires ! Quel lendemain que cette maladie violente où l'on désespéra de la raison et de la vie du jeune Prince ! De toutes les tyrannies que l'ancien étal social imposait aux grandes familles, celle de la volonté paternelle, pesant, au nom de calculs intéressés, sur le choix entre époux, était une des plus contraires à la loi chrétienne et morale. Louis de Bourbon n'aima de longtemps cette femme; le plus triste résultat fut qu'il aima ailleurs. Désemparé au souffle des passions, il sera plus brave sous le feu des ennemis que sous le feu des libertins, ses nouveaux camarades ; plus maître des champs de bataille que de son propre cœur. Et pourtant n'était-il pas fait pour s'unir à qui l'aimait et avait tout son amour, celui dont le chaste roman avec Marthe du Vigean, la future Carmélite, égale en idéal l'affection de Louis XI 1 1 et de Louise de La Fayette?
Enghien guérit. Le F. Aubery, le chantre épique de son enfance, en fit des vers latins '. Le P. Pelletier en écrivit à M. le Prince sur < la resjouissance publique de tout Paris, voire de toute la France..; preuves assurées des bonnes volontés qu'on a pour luy et de l'opinion que tous