‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 61 sur 181 · René Pcr[et,conseilleret commissaire a · texte numérisé non relu

René Pcr[et,conseilleret commissaire a

3, Claude Bossuet, conseiller, nommé vicoi

qu'à présent je ne me suis apperceu d'aucun désordre en cela.> (7 février.) Ce n'était pas seulement les mathématiques, mais la fortification que M. le Duc étudiait. Les Remarqties sur les plans des villes capitales et frontières du duché de Bourgongney Bresse et Gex^ à Dijon, le j^ janvier 1640, par Louis de Bourbon, duc d' Anguien, dédiées à son père, devaient l'occuper déjà, tant il y figure de notions précises et de détails d'observation'. Les ouvrages d'histoire contemporaine l'intéressaient vivement. L'échec devant DôIe, en 1636, pesait toujours à sa pensée, et dans le désir sans doute de réhabiliter le malheureux lieutenant-général de l'armée du roi, il se tenait au courant des publications relatives à ce siège néfaste. Il n'a pas réuni moins de quatre ouvrages : < l'un par monsieur Boivin, l'un par monsieur Pètre Champvans, l'aultre par monsieur de Beauchemin, et l'aultre qui est une déclaration de messieurs les commis au gouvernemant du Comté. > La relation, encore si intéressante aujourd'hui, mais si cruelle pour la vantardise française, du conseiller dôlois Boivin avait particulièrement attiré son attention *.

Ce n'est que deux ans plus tard, lors d'un nouveau séjour de M. le Duc à Dijon, que nous le verrons se jeter à corps perdu dans la lecture des interminables romans tels que Ibrahim ou \ Illustre Bassa^ qui commença en 1641 la réputation de Madeleine de Scudéry ^

I • Nous conjecturons que l'un des répétiteurs de M. le Duc vers celte époque fut le Frère coadjuteur Jean du Breuil, né à Paris le 22 juillet 1602, et qui prononça ses derniers vœux le 15 janvier 1640, à Dijon, aux Godrans, collège qu'il ne quitta presque jamais. Son Eloge le déclare instruit dans la mathématique et la perspective militaire. Il fit paraître en 1642 la première partie de l'ouvrage qu'il avait composé sur cette science à l'usage du duc d'Enghien. Cf. l'épftre aédicatoire de cette première partie : < A Monseignevr et très illustre prince Lovis de Bovrbon, dvc d'Angvien, etc. > J'ai vu, à la Bibl. nat. (V. 10, 270), un exemplaire avec cette inscription : Ex dono yoan. du Brueil Soc. lesv. C'est la vraie orthographe du nom. On trouve énumérées dans Sommervogel, in-4, t. II, col. 144 et suiv., les diverses éditions et traductions de sa Perspective practique nécessaire a tovs peintres, gravevrs, scvlptevrs, architectes, orfèvres, brodevrs, tapissiers, et autres se seruans du Dessein, Par vn parisien, Religieux de la Compagnie de lesvs. Paris, Tavernier, 1642, in-4, etc. Jean du Breuil mourut à Reims, le 27 avril 1670. — Beaucoup d'autres ouvrages dédiés par des Jésuites au duc d'£nghien, plus tard le grand Condé, sont mentionnés par Sommervogel aux articles : Monet, Labbe, Labbé, Nouet, etc.

2. Le Siège de la ville de Dôle, capitale de la Franche-Comté, — Comté de Bourgongne et son hevrevse délivrance, racontés par M. Jean Boivin, conseiller de Sa Majesté en son souverain Parlement, audit Dôle. A Dôle, Antoine Binart, 1637, in-4®

3. Qu'on en juge par cette note de libraire, qui révèle déjà dans le duc d'Enghien le grand lecteur que sera Condé toute sa vie : « Mémoire des Impressions et Livres fournis le 1$ avril 1641, à Monseigneur le duc dAngien, par P, Rocolet, imp, et libraire ordinaire du Roy, etc, :

Le 15 avril.

Romant de P Ariane, in-4®, ^'^^^ l^s figures . . 12 livres.

For est de Dodonne, in-4*» 5 >

Histoire Africaine, in-8®, 3 vol 7 >

Romant de rindamire,\n'%** 10 sols.

Dorisandre, in-S® 5 >

Romant d* Albanie, xn-Z^ 2 livres.

Romant de Mélusine, in-8® 5 sols.

Stratonice, in- 8® 3 livres.

Histoire de Henri VH, de Bacon, in-8® ... 2 livres, 10 sols.

Le 18 avril.

Illustre Bossai, in-|o, 4 vol 15 livres.

Astréf, premier tome 2 >

Même avec la remise exigée par le contrôleur, il y en eut pour cinquante livres sept sols. Archives de Condé, M s.

Les jours gras approchaient. Un « amphithéâtre » fut dressé dans la salle du palais {1639). C'était attirer le public, et il ne se fil point prier. Plusieurs des jeunes gens de la bonne société, peut-être même du menu peuple, avaient été les camarades de Louis de Bourbon. Passionné pouf les exercices du corps, < ce maître enfant î avait joué souvent aux soldais avec « les grands écoliers du collège >, dans son fort construit au pâtis de Brai, près la porte Saint- Pierre. Gourmades et coups de poing, taloches et horions pleuvaient dans la mêlée ; les fuyards étaient honnii et les vaillants proclamés « bons enfants. » Le souvenir de ces simulacre» de bataille demeura même légendaire et fut rimé en patois bourguignon' par le Loret de la Bourgogne, Aimé Piron, l'auteur des A'ocls \ D'anciens élèves des Godrans, sans doute aussi combattants du fort de Brai, allèrent saluer à leur manière M. le Duc et le P. Mugnîer : « Mercredy dernier, quelques jeunes hommes qui avoienl autrefois esté mes escolïers et dansé des ballets sur les théâtres, voulurent rponstrer à M. le Duc qu'ils se souvenoient mieux de la danse que du latin, et luy vindrent danser un ballet qui pleust fort à M. le Duc, qui se porte bien. Dieu mercy, et n'engendre point mélancolie, honorant les quartiers et les meilleures compagnies de sa présence. » {16 février.)

Il n'y avait à bouder que le vieux La Buffetière, toujours maugréant, depuis Montrond, contre les divertissements : en Berry contre la chasse, en Bourgogne contre la danse. Et ici comme là-bas, c'était le religieux qui se faisait l'avocat du diable, tf Je me suis informé de ses déportements (de M. le Duc) dans les bals. Chacun m'asseure qu'il s'y comporte avec une telle modestie et civilité qu'il n'y a rien à désirer. M. de Bèze le traitta jeudy dernier, je donnay la bénédiction de table, et puis m'en revins au logis pour tenir compagnie à M. de La Buffetière qui a scrupule de se trouver en telles récréations qui seroJent permises à un religieux, puisque M. le Duc en bannit les jurements et tout excès ou offense de Dieu, et je sçay cela, de bonne part. Je me suis trouvé présent au jeu trois ou quatre fois. Il a gardé l'ordre que V. A. a désiré. Si quelquefois il présente ou reçoit quelque momon qui excède cett' ordr^ c'est que dix ou douze sont de la partie et font une somme totale. ï

Cependant Mugnier estimait qu'il y a un temps pour tout, et qu'avec le carnaval la saison mondaine devait être close : « II me semble, ajoute-t-il, qu'il est à propos que les bals, momons, jeux de dés et soupers cessent en quaresme ; toutefois je me soubmets au jugement de V. A. qui me servira de règle, sans me soucier de quoy que ce soit. »

M. le Prince ne se hâta point de répondre ; huit jours après, le Jésuite insista. « Je prie V. A. de faire cesser les bals, momons, jeus de dés, de, collations et de soupers. Il me semble que cela est expédient pour le bien de M. le Duc en tout, j (5 marsj

Mugnier comptait sans les Etats de la province. Ils s'ouvrirent un

I. J. Durandeau, Aimé Piron, ou la vie HUéraire à Dijon pendant le dix-septiime siècle. Dijon,

mois plus tard, sous la présidence du gouverneur en titre, et la Gazette ne crut pouvoir donner meilleure opinion du vice-gouverneur au grand public qu'en enregistrant ses succès chorégraphiques. < De Dijon, le 4 avril. — Ce jour d'huy l'ouverture des Estats de Bourgongne a esté faite en cette ville par le Prince de Condé, devant lequel le Duc d'Anguyen son fils dansa le mesme Jour vn ballet, avec une agilité et gentillesse admirée de tottte l'assistance. > La réunion des Etats du comté d'Auxonne au duché de Bourgogne ne parut pas un plus grave événement Le 13, Henri II partit pour le Berry \

Le passage de M. le Prince à Dijon mit fin aux tiraillements qui venaient de se produire dans le personnel et sur lesquels nous devons revenir.

Au commencement de mars, la santé délicate de Louis de Bourbon avait laissé encore une fois à désirer. Son père, fort mécontent, crut à des résistances du jeune homme envers son médecin Montreuil, consciencieux administrateur de poudre d onguent et de casse. II était écrit que toutes les scènes de Montrond se renouvelleraient à Dijon. Mugnier accusa le médecin de ne point parler au Duc avec assez de liberté et de franchise ; il eut à se défendre lui-même de flatterie et de complaisance, comme autrefois Pelletier.

€ L'adyertissement qu'il plaît à V. A. me donner... je le reçois avec tout le respect que je dois à tous vos sentimens et à toutes vos paroles. Je n'escriray rien pour ma justification, je diray seulement que je m'offire à V. A. pour luy rendre raison de toute ma conduite que je recommande tous les jours à Dieu, et au bon Ange de M. le Duc dans la Ste Messe, employant tous les jours pour k moins deux heures de considération sur mes actions et déportemens. J'ay de plus cette consolation que si je fay quelques fautes, ce ne sont point fautes de dessein et de mauvaise volonté, mais de foiblesse d'esprit et d'imprudence. Ce qui me £ût espérer le pardon de vos bontés, vous priant de croire que je n'ay rien plus à cœur que de servir M. le Duc suivant voz intentions, desquelles je ne me «épareray jamais quand elles me seront connues. > (5 mars.)

En habile homme, le P. Mugnier passait de cette tirade à l'exposé de sa gestion financière. Les frais de l'amphithéâtre compris, la dépense du mois ne s'élevait pas à plus de « seize cents quinze livres, un sol, dix deniers pour tout. > Vrai maître Jacques dans la maison de M. le Duc, c'était lui en effet qui surveillait les comptes et présidait à l'économie.

Nous avons vu le directeur à l'œuvre ; au tour de l'intendant.

La première réforme porta sur la conduite des officiers et des domestiques. A la fin de janvier, elle était réalisée : « Il n'y a plus dans la maison d'yvrongnerie, ni d'autres tels désordres ; on ne joue plus dans la gardérobe de M. le Duc, et les beuvétes ne s'y tiennent plus, personne n'y entrant que les deux valets de chambre. > Les vols ou les détournements étaient moins faciles à constater. ^ Je le tiens (La Verdure) pour homme de bien, mais j'ay de la peine à comprendre comment estant que

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