‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 90 sur 181 · I. Relations véritabUt, 16^3, p · texte numérisé non relu

I. Relations véritabUt, 16^3, p

3. Philippe, comic de Lannoy et de La Motterie, était (ils de Claude de Lannoy, chevalier de ta Toison d'or, gouverneur de Namur, etc., mort en 1645. Le comte Philippe de Lannoy et de La Motterie, maître d'h&iel de l'archiduc Léopdd et de don Juan d'Autriche, membre du conseil de goerreet mesire de camp, fut tué & la bataille des Dunes, en 1658. — V. Annuairt <it la noblesse de Btlgi9ue,asiaiK 1851, p. 21:.

ville devrail débourser florins et écus et trouver un logis ; elle emprunta au baron de Roisin une partie du palais démembré de la Salle-le- Comte.

Le matin même du i8 septembre, jour de l'arrivée de la Princesse et de son fils, le Magistrat avait reçu une autre missive émanant du Conseil privé. On lui mandait au nom de l'Archiduc de faire les frais du souper, y compris nappes, serviettes et ustensiles nécessaires. Obligés de s'exécuter, les Valenciennois le firent de bonne grâce. Ils offrirent à la Princesse deux « pièces de toilette, » confectionnées avec ces batistes et linons dont la réputation subsiste encore sur tous les marchés de la dentelle.

L'entrée solennelle de Madame et de M. le Duc eut lieu le iS septembre, presque à la nuit tombante. Quatre carrosses traînés par six chevaux et escortés de quelques cavaliers formaient le cortège. Les Relations véritables affectent de parler de deux mille bourgeois en armes \ Simon Leboucq, chroniqueur moins officieux et plus précis, nous montre sept compagnies bourgeoises allant hors de la ville et cinq autres formant la haie jusqu'à la Salle le-Comte. Une salve de vingt coups de canon fut tirée avec les meilleures pièces. 11 y eut ensuite défilé et feux de peloton. Messieurs du Magistrat sollicitèrent l'honneur d'offrir leurs hommages, mais la Princesse ne les admit pas en sa présence. Avait-elle été tenue au courant de leurs manœuvres et de leurs intrigues pour décliner l'avantage onéreux de la recevoir .'* Il est certain que si elle voulait leur témoigner rancune, elle ne pouvait guère agir autrement. Le soir, elle déclare que. fatiguée par son long voyage, elle est a déjà déshabillée ; » le lendemain matin, le Magistrat se présente à onze heures et trouve la Princesse au lit, ce qui ne l'empêcha pas de donner audience et de recevoir, avec les < pièces de toilettes, > vingt -quatre cannes de vin pour le duc d'Enghien et autant pour elle, sans parler d'un chronogramme latin. Cet usage des chronogrammes est encore aujourd'hui, dans les provinces du nord de la France et de la Belgique, un accompagnement obligé des vins d'honneur. Là ne se bornèrent point les frais ; les deux échevins Balthazar Bulot et Philippe de Rantre furent chargés d'aménager l'hôtel de Roisin, qui ne brillait point par l'excès du confortable.

La fin de septembre et le commencement d'octobre se passèrent en promenades et en exercices religieux. Pour le Duc, c'était le temps des vacances qui se prolongeait. Le 3 octobre, îl fait une excursion à Vicoigne. Le lendemain, il assiste avec sa mère aux offices, et, cierge en main, il suit la procession du Saint Sacrement avec le Magistrat. Le dimanche, c'est la Princesse qui va à son tour honorer de sa présence, comme une châtelaine flamande, la kermesse ou ducasse de Vicoigne.

Les collèges se rouvraient partout. Subitement les Relations annoncèrent pour M. le Duc une rentrée assez étrange. De cet enfant, âgé de

[. /Relations véritab/ts, p. 459.

dix ans et quelques mois, la volonté paternelle faisait un gouverneur. Le 12 octobre, la feuille publique assure que le duc d'Enghien se dispose à prendre le lendemain le chemin de Rocroi, « où le prince de Condé l'attend '. » Les Espagnols s'étaient en effet rendus maîtres de cette place et Lenet, qui la jugeait <L belle et bonne, » s'était félicité de ce qu'ils l'avaient € donnée de fort bonne grâce à S. A., qui en a gardé le > gouvernement pour elle, pour éviter les jalousies ^ > Rocroi remis à Condé par les Espagnols! Dans la ôonne grâce du cadeau de 1653, n'y avait-il point quelque vengeresse ironie de la perte subie en 1643 ?

Condé en eut-il le sentiment ? Fut-il au contraire heureux de rentrer en maître là où la gloire l'avait, dix ans passés, consacré capitaine à l'égal des plus grands ? Cédait-il à l'influence d'un souvenir aimé en cherchant à créer un lien nouveau entre le nom de Rocroi et celui d'Enghien? Il est certain que le projet eut des suites. De plus en plus sérieuses, les Relations véritables du 19 associent des idées d'occupation durable et de défense militaire à cette nomination d'un enfant, et, gravement, elles apprennent à leurs lecteurs que le 1 5 du mois le duc d'Enghien a quitté Valenciennes < pour aller à Rocroi prendre possession du gouvernement de la place, laquelle est fort bien pourveuë, deux grands convois de toutes sortes de munitions y ayant été introduits et les fortifications réparées par le prince de Condé qui y est encore à présent ^. »

Le départ eut lieu à midi. Il ne parait pas avoir beaucoup affecté les bourgeois de Valenciennes, qui s'en réjouirent plus sincèrement que de l'arrivée du Duc. Cela allégeait leurs dépenses ; leurs frais étaient assez considérables en réalité, les maisons de la Princesse et de son fils ne se montant pas à moins de deux cent cinquante personnes et les chevaux. Les bourgeois faillirent se féliciter trop vite de leur soulagement. La Motterie voulut leur faire payer les frais d'escorte du nouveau voyage ; mais ils en appelèrent au comte de Bucquoy, gouverneur du Hainaut, qui fit droit à leur réclamation.

La route suivie par Henry- Jules de Bourbon en marche pour son poste de Rocroi fut celle du pays wallon. Il passa par Mons et Boussu. Avec lui il emmenait, outre son gouverneur, le comte d'Auteuil, deux des meilleurs et des plus dévoués serviteurs de son père, l'intendant Lenet et le comte de Guitaut.

Le bonheur qu'éprouva le duc d'Enghien à revoir M. le Prince fut très vif Lenet en fut frappé et nous a dépeint en quelques lignes cette scène touchante d'où la malignité ne fut pas exclue et qui consomma une disgrâce : « Le prince de Condé, écrit-il, se rendit aussi à Rocroy ; le Duc son fils en témoigna une joie extrême. Il prodigua à son père toutes ses gentillesses, tourna spirituellement en ridicule d'Autheuil son gouverneur ; et le Prince, qui le reconnut comme très peu propre à faire

i. Relations véritables^ 1653, p. 504.

2. Lenet à Condé, Rocroi, 5 octobre 1633. Mss.^ t. XV, fol. 105.

Page 1