‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 96 sur 181 · Relation de la cour de France^ loc, cil · texte numérisé non relu

Relation de la cour de France^ loc, cil

3. Saint-Simon à M. le Prince, Namur, 13 mars 1654. Mss, de Lenet, t. XVII, foL io8.

H£NRT-JULKS DE BOURBON.

fut sauvé. Était-ce une gloire pure d'avoir ainsi atténué le désastre des soldats de l'Espagne ? Assurément non, mais c'était un haut fait militaire

et son fils l'en félicita.

Monsieur,

Lorsque j'appris que les ennemis avoient forcé les lignes devant Ans, je fus longtemps sans sçavoir où vous estiés, cela me donna bien de l'inquiétude, et la plus grande appiéhension du monde pour votre personne ; mais, Monsieur, j'ay esté tout à fait consola quand j'ay sceu que vous vous estiés retiré en fort bon ordre, et que vous avîés sauvé toutte l'armée. Vous avés acquis une si grande gloire, que tout le monde admire cette action, comme une des plus belles que vous ayés jamais faittes, et vous pouvés penser, Monsieur, si ayant l'honneur de vous estre ce que je suis, je n'y ai pas pris toutte la part que je devois, et si je n'ay pas eu une joye extrême d'estre asseuré que vous vous portiés bien, et que vous n'aviés point esté blessé, ayant couru tant de dangers dans le combat Je prie Dieu de vous conserver de mesme à l'avenir.

Je me donne l'honneur, Monsieur, de vous envoyer le dernier thesme que j'ay composé pour les places. Je l'eusse envoyé plus tost, si je n'eusse craint de vous destoumer de vos austres occupations, qui estoient plus importantes, que celle de lire un thesme. J'espère, Monsieur, que vous ne le trouvères pas mal faict et que vous me ferés la grâce de me croire, avec tout le respect que je dois. Monsieur,

De Namur le premier de septembre, 1654.

Adresse :

A Monsieur

Monsieur le Prince,

à Valenciennes.

Votre très humble et très obéissant fils, et serviteur

Henry-Louis de Bourbon '.

Curieuse coïncidence : le thème joint à cette lettre si filiale roulait sur des choses de guerre, mais de guerre contre les Turcs. C'est une leçon de prudence dans le succès, comme naguère le thème du mois de mars était une exhortation à réforme de vie pour attirer les bénédictions célestes sur les Ëtats chrétiens. Le professeur de troisième tirait morale de tout et sa morale se présentait sous le couvert de pages excellentes. Le français qu'il dictait à ses élèves sur les rives de Sambre-et- Meuse, en 1653, vaut bien celui de la rue Saint-Jacques et des bords de la Seine à la même époque.

Il arrive souvent que plusieurs qui sont courageux en tous accidens, ont manquement de conseil et de prudence, pour fiiyr les dangers, par lesquelz ils peuvent subitement estre accablés. Aussy tost qu'ilz ont le moindre bon succès de leurs affaires, il leur semble qu'ils sont au-dessus de la fortune, et rejettant la conduitte de la raison, se vont jetter dans un abysme de misères, d'où ils ne se peuvent jamais dégager ; cette témérité d'un chef d'armée a mis en combustion le Royaume d'Hongrie, car Marius ayant entendu que les Turcs s'estoient jettes avec une puissante armée dans le Royaume, ramassa touttes les troupes qu'il avoit pour lors, et alla au-devant de l'ennemy ; le chef des Turcs ayant remarqué le

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