‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 98 sur 181 · I. Lenet, ibid., fol. 104 et · texte numérisé non relu

I. Lenet, ibid., fol. 104 et

1. C'est la commune de Namur qui faisait les frais des livres à donner en prix aux élèves des Jésuites cl dont la somme iiioniaii d'ordinaire à 48 florins. Kn l'année |6;6, par exception, ell« dépensera de ce chef 60 florins , il cau«e du prix h. donner au duc d'Énghîen. Voici ce que nous lisons, Rc),'>ilre II des Rl\oiuUons rfi* Magitlrat de Namur (164S à i63l), fol. 58 : < Le 4 août ( 1656) ont estes accordez 60 û. pour les pris des escoUiers des jétuisies, sans le

> tint ï conséquence pour avoir esté conté pour ung extraordinaire à U sortie dti duc

> d'Engien. >

de la calcographie du Louvre)

166 HENHY-JUt-ES OH BOURBON.

l'on est arrivé à les mulliplier. A cette époque, en France du moins, sans en être encore prodigue comme aujourd'hui, on donnait, en classe de rhétorique, des prix de catéchisme, discours latin, vers latins, vers grecs et version latine. Mêmes prix en seconde, moins ceux de vers grecs ; on comptait, en troisième, un prix de catéchisme, deux de thème latin, de vers latins, de thème grec et de version latine. Cependant ces limites n'étaient pas imposées aux maîtres d'une manière absolue. Les rédacteurs du Ratio, ce code pratique des collèges de la Compagnie, déclarent parmi leurs instructions que dans chaque classe < on pourra augmenter ou diminuer le nombre des prix, suivant le plus ou moins grand nombre d'élèves, en s'attachant toujours avant tout à la prose latine 'J. Contrairement au principe universel Favores sunt am/ù'antit, les Namurois avaient usé de la latitude laissée aux divers établissements pour retrancher et non pour ajouter. Le plus singulier est que leur suppression portait sur le latin. Enfin, ils avaient unifié leur système de prix : au lieu d'en varier les matières et d'en proportionner le nombre, ainsi que cela se faisait ailleurs, ils distribuaient uniformément dans toutes les classes, de la cinquième à la rhétorique, dix prix d'excellence, un prix de grec et un de catéchisme. Ces anomalies générales sont curieuses à signaler. Le cas particulier de M. le Duc est plus intéressant encore, parce que ses thèmes authentiques nous étant connus, nous pouvons juger, d'après son classement de fin d'année, de la force moyenne d'une classe de troisième à Namur, en l'an de grâce 1653-1654.

Or, Henry-Jules de Bourbon obtint à la promotion (ainsi appelait-on la distribution) le septième prix d'excellence sur les quatre-vingt-dix-sept élèves de synta.xe. Ne sommes-nous pas en droit d'en conclure que la valeur des études classiques n'y dépassait pas le niveau que nous avons connu en France il y a quelque vingt ans, si toutefois il l'atteignait? Peut-être scraît-il supérieur à celui qui s'est établi depuis la révolution accomplie par les derniers programmes universitaires. Il y a là un document pour l'histoire de la pédagogie.

Point de distribution de prix sans représentation dramatique. Sous ce rapport le Ratio était fidèlement observé. Le duc d'Enghien ne paraît pas avoir figuré comme acteur. Voici du moins le titre de la pièce qui fut jouée à cette occasion. Le but était de fêter le nouveau gouverneur de Namur, Claude de la Baume, comte de Saint-Amour, successeur du prince de Chimay, Philippe d'Arenberg. Le comte descendait d'une vieille race bourguignonne. Un des deux professeurs de rhétorique, le Père Marc Dussart, parvint à concilier Namur et Bourgogne dans une sorte de revue historique \x\\\.M\ke.: Philippe le Bon, roi de Bourgogne, et les dix-sept comtes de Naviur de la maison de Bourgogne. Le sujet était:

1. Voir Un Collige de jésuites aux XVIl' et XYIIP iihles. U Cûlli^e Henri IV de la Fliikt,

. IV, p. 197 et suiv,

fertile en allusions et le public, satisfait de tant d'ingéniosité, applaudit à outrance '.

En octobre 1654, M. le Duc entrait en seconde. Son professeur de syntaxe, le P. Christophe Mauch, n'était pas monté avec lui ; son nouveau régent fut maitre Philippe Bettendorff, un Luxembourgeois. Le nombre des élèves n'atteignait plus que cinquante et un.

Ce fut pour Henry- Jules Tannée dotfloureuse du déménagement. Nous avons raconté plus haut comment, vers la fin de décembre, il dut quitter Tévéché et aller chercher un autre gîte. Il y avait gagné la visite de son père qui, afin de le réinstaller, était venu le voir à Namur. Le 3 janvier 1655, Enghien envoya à M. le Prince cette lettre de remerciements ; elle parait répondre à de toutes fraîches recommandations de fermement s'appliquer.

Monsieur,

Si je ne me suis pas encore donné l'honneur de vous rendre mes devoirs depuis que vous estes party d'icy, c'est que j'ay creu, que vous ne sériés pas fasché^ Monsieur, que je la différasse jusqu'à ce que j'eusse composé pour les Places, affin de vous envoyer avec ma lettre mon thesme, lequel j'espère que vous ne trouvères pas mauvais, puisqu'il m'a faict monter de quatre places. Je vous supplie, Monsieur, d'avoir la bonté de le recevoir pour vos estreines, n'ayant rien autre chose à vous présenter à cette nouvelle année, que je vous souhaitte la plus heureuse du monde, si ce n'est mes très humbles respects, et la passion avec laquelle je seray toutte ma vie,

Monsieur,

Vostre très humble et très obéissant fils et serviteur,

HenryLouis de Bourbon.

De Namur le 3* janvier 1655

Adresse :

A Monsieur,

Monsieur le Prince,

à Bruxelles ^

Le régime des thèmes continuait donc jusqu'en humanité. Les élèves sont invités par la nature du sujet à imiter la langue familière de Cicéron et à se jouer parmi les élégances. Mais oîi le P. Bettendorff avait-il pris cette lettre bizarre d une mère à son fils, épltre d'une grande dame à un futur grand seigneur, et quelle singulière idée, en dépit de maints sages avis, de dépeindre, en plein hiver, à ces écoliers de la

1. < Philippus Bonus, dux Burçundta, et septemdecim Namur censés comités, ex Burgundia domo. In scenam dédit P. Marcus Dussart. Drama dicatum Excellentissimo Comiti de Saint- Amand (sic), novo gubernatori, Burgundo, summa omnium approbatione et plausu. > Album collegii Namurcensis,

2. M. le Duc à M. le Prince. Mss, de Lenet, ibid,, fol. 100. L'ordre des pièces est souvent interverti dans le recueil relié de la Bibliothèque nationale.

168 HENRT-JULKS DS BOURBON.

pauvre province de Namur, l'existence d'un jeune gentilhomme en vacances ?

J'ay receu grand contentement quand j'ay entendu que ta commenceois à te refiiiie ; mais voyant que des garçons de ton aage tombent souvent en grandes maladies, pour estie trop adonnés au manger et au boire, je désire que tu sois dorénavant fort abstinent, et qu'en ce qui touche la viande, tu suives tousjours l'opinion du Docteur médecin. Je fus venu moy-mesme aujourd'huy si quelques affaires d'importance ne m'eussent point retenu, et contraint de différer mon voyage en un autre jour. Au reste je te verray, s'il plaist à Dicn, bientost. En attendant prens garde^ s'il te manque quelque diœe, affin que nous te le puisr sions fournir ; si le logis où tu demeures n'est pas propre, nous t'en louerons on autre, qui soit plus propre et commode ; si ces vacances tu désires de venir avec nous, £ais-le-mc^ entendre par ce messager, afin que )'ameine le carosse ; choisis quelques compagnons, mais vertueux, et nommément Théobald, un garçon de noble race, et fils de nos plus grans amis. Lorsqu'il fera beau, vous pourrés aller à la chasse, piquer les chevaux, et vous récréer parmy les champs, et, lorsqu'il ne fera point beau, vous tirerés au logis des espées, dansc^ jouerés à la paume et aux eschecs, et autres jeux bienséans à ceux de vostre condition, outre que j'auray beaucoup de chantres au logis, qui vous recréent par leurs chants. Voy combien je t'ayme. Sçache que je fais tout cecy pour ce que tu es adonné à la vertu, que tu estudies diligemment et que tu es obéissant à tes parens ; ce que je ne ferois point, si ta estois un fripon, comme plusieurs autres, qui font plus grande dépense que leurs commoditez le portent. Adieu, ayme Dieu, et u mère, comme tu as faict.

Ce que M. le Duc traduisit ainsi :

Page 1