‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 99 sur 181 · EPISTOLA MATRIS AD FILIUM · texte numérisé non relu

EPISTOLA MATRIS AD FILIUM

Summam percepi voluptatem, cum te pristinae restitutum valetudini renunciatum est. Sed, cum adolescentes, tuâ aetate natos, in graves morbos incidere videam, quia nimium in edendi voracitatem incumbunt, cupio ut imposterum abstinens sis. Quod ad cibos pertinet, medici dictis obtempéra. Hodie ipsa venissem, nisi quibusdam magni momenti negotiis distenta, iter in alium diem differre coacta fuissem. Caeterum, si Deo videtur, te brevi conveniam. Interea vide ob aliquid tibi desit, ut illud suppeditare possim. Si tua domus idonea non est, aliam magis opportunam atque aptam tibi conducam. Si, istis vacationibus, in nostras sedes venire eu pis, illo tabellario mihi indica, ut tibi currum adducam. Aliquem socium, sed virtute piseditum et nominatim Theobaldum ex nobili stirpe ortum, intimorumque nostrorum filium elige. Cum cœlum apertum erit, venari, equum calcaribus agitare et in campis oblectari poteritis ; et, cum tempus iniquum erit, domi rudibus certabitis, saltabitis ad numéros, pila palmaria, latrunculis et aliis spéctaculis conditioni consentaneis ludetis. Adde quod, rnihi multi futuri sunt cantores qui te cantu recréent. Vide quanto te prosequar amore. Haec a me fieri intelligas, quoniam virtuti es deditus, diligenter studes et cognatis obtempéras ; qiise non facerem, si nequam esses, sicut alii multi, qui in majores sumptus abeunt quam in eorum commodo fieri potest. Vale. Deum et tuam matrem sicut aliâs dilige.

Henricus Ludovicus Borbonius'.

Les deux dernières lignes sont si hâtivement écrites que M. le Duc avait manqué sans doute de temps pour se relire. Autrement il eût

i,Mss, de Lenet, t'âid.y fol. 102 et 103.

eflacé plus haut ob pour an, ce qui est un germanisme, etc. La circonstance la plus atténuante de celle étourderïe et des autres, c'est que leur auteur, bien quV-!ève de seconde, n'avait encore que douze ans et demi. Je sais bien qu'aujourd'hui l'on serait heureux de trouver des apprentis bacheliers s'exprimant en latin à quinze ou seize ans comme il le faisait à douze. Mais dès l'âge de dix ans, quelles charmantes lettres latines son père n'avait-il pas écrites au collège de Bourges ! Quelle correction supérieure et quel sens plus exact de la tournure antique I

L'entrée du Révérendissime évêque dans la ville après avoir contraint Henry-Jules à changer de logis, valut aux élèves du collège une pièce " théâtre avant la fin des cours. Le 20 mai 1655 le P. Montctius (Montet)

Profil de la Ville et de l,\ Citadelle de Namdr, (Dessine par le P. Le Pmltc en 169?, sur l'ordre de Louis XIV.)

fit représenter ce drame allégorique : Jean-Bapti&ie au l'Idéal du bon prélat, tragédie dédiée au RR""* Seigneur yean de Wachtendonck. La vieille illustration des barons aïeux du prélat avait inspiré des chœurs remarquables '.

L'année se termina, comme la précédente, par un prix d'excellence pour M. le Duc ; mais il avait reculé d'un rang et n'obtint que le huitième.

Son entrée en rhétorique eut lieu en octobre suivant. Il avait profité des vacances pour lier de nouveau partie avec le poète Marigny, son correspondant pendant la Fronde. Leurs relations iront en se res-

1. P. Monteeius inscenam dédit ; /i>itnnfi-fiafilisti>m,i(Jfaml>onifiiasuli!,\ta<g^\Am dkatam Pcrillikstrissimn oc RR"'" Xy'Jo-tHHÎ de Wacbtendontk episcopo Namurcensi, solemni ptinium ' m civitatem ingresïa ; chaii insignes fuere super ejus insigni gentiiJcio. Al6um colUjfii

170 HENRYJULES DE BOURBON.

serrant durant plusieurs années. La première lettre est encore cérémonieuse.

J'ay esté bien aise d'apprendre de vos nouvelles par la lettre que vous m'avés escritte, que j'ay trouvée tout affaict obligeante, par les tesmoignages que vous me donnés de vostre amitié : et dont je vous remerciede tout mon cœur; j'ay tousjours bien cru que vous m'aymiés, mais ce que vous me mandés, me le persuade entièrement. Je vous prie de continuer, et de croire, que je vous estime trop pour ne vous en tesmoigner pas ma reconnoissance, et pour ne vous pas donner des marques de mon affection, en touttes les occasions qui s'en présenteront ; la joye avec laquelle je les embrasseray toujours, vous fera paroistre, que je suis véritablement vostre.

Henry-Louis de Bourbon'.

De Namur, le 13* septembre 1655,

Adresse : Pour Monsieur

DE Marigny.

Marigny, depuis Bordeaux et Paris, avait été employé par M. le Prince « au métier de voyageur > *. Bientôt il sera en Italie, d'où il enverra la chronique la plus amusante sur les équipées du cardinal de Retz ; maintenant il est en Angleterre, auprès de Cromwell, dont Barrière sollicite l'alliance avec Condé. Tout cela, pour M. le Duc, se réduisait à l'envoi d'un cheval de sang, moins difficile à acheter que le concours du Protecteur.

Vous ne pou vies pas me faire une plus aggréable nouvelle, que celle que vous m'avés mandée, et que j'ay reçue avec bien de la joye. Je vous prie de faire bien mes amitiés à M. des Barrières, et de luy dire, que je luy suis bien fort obligé du dessein qu'il a, de m'envoyer un cheval anglois. Je vous le sera y aussi beaucoup, du soin que vous prendrés de le faire passer, je le trouveray sans doute bien joly, et fort propre à mon humeur, s'il est tel que vous me le dépeignés, et si vous l'amenés vous-mesme vous aurés le plaisir de me voir courir dessus. Cependant asseurés-vous, q':e je vous ayme tousiours beaucoup et que >e suis véritablement à vous.

Henry-Louis de Bourbon '.

De Namur, le 7 octobre 1655.

Adresse : Pour Monsieur

DE Marigny,

à Londres.

Avant sans doute que le beau cheval eût passé le détroit, M, le Duc avait été repris par la vie du collège, d'allure plus pacifique. Cette année scolaire (1655-56) devait être pour lui la dernière à Namur. Pour professeur, il eut le Père Jean Bonfrerius ou Bonfrère \ Ses camarades,

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