‹ Trois études sociales et juridiques (volume 2)Chapitre 2 sur 10 · I. Réforme morale · texte numérisé non relu

I. Réforme morale

Il est une théorie suivant laquelle hommes et femmes ne seraient pas soumis aux prescriptions d'une seule et même loi morale dans le domaine des rapports intersexuels : les actes de l'homme et ses écarts de conduite ayant droit à une indulgence extrême, alors qu'une implacable sévérité est réservée à la femme qui en agit de même.

Liberté pour l'homme — sous un prétexte ou sous un autre — de suivre ses penchants, d'obéir à ses passions; obligation pour la femme de résister à tout entraînement de ce genre, sous peine de ** déchéance ". Deux poids et deux mesures, à propos d'un acte qui suppose une égale participation de l'un et de l'autre.

Une telle manière de concevoir les choses fait naturellement ressentir son influence sur les lois comme sur les moeurs et les marque de son empreinte.

Il n'est pas rare de voir les femmes elles-mêmes admettre qu'il en soit ainsi, alors que tout en elles devrait protester, semble-t-il, contre une pareille méconnaissance du juste et de l'injuste à leur égard. — Mais quoi! dressée pour l'homme et en vue de lui, élevée dans une atmosphère de conventions mensongères qui faussent le jugement, où la femme puiserait-elle les éléments voulus pour une saine appréciation des choses ?

Pour légitimer la double morale en question, on fait valoir principalement la différence que présente là nature physiologique de l'homme et de la femme. — Si l'homme cède à ses passions, il ne fait en définitive que céder à ses instincts naturels; tandis que la femme, dit-on, n'ayant pas les mêmes besoins, elle peut et doit résister à ces sortes de tentations.

Admettons que certains appétits se manifestent plus impérieusement chez l'homme que chez la femme. Il n'en résulte pas que celle-ci soit moins excusable que celui-là en pareille occurrence. En effet, si l'homme qui recherche la femme ne fait que suivre sa nature, la femme qui cède à l'homme ne fait, elle aussi, que suivre sa nature.

A rappel de l'homme — simple désir, passion, tendresse, amour — si la femme répond, c'est qu'il est dans sa nature d'y répondre. Plus -active chez l'un, plus passive chez l'autre, l'attraction est mutuelle, quelle que soit la différence qui existe dans la manière dont elle se manifeste. Et d'ailleurs, comment le fait de l'homme pourrait-il être envisagé comme naturel et légitime, sans que le fait de la femme le soit pareillement ?

Si la continence, au contraire, est considérée comme un devoir pour la femme, il s'en suit nécessairement que l'homme, de son côté, ne doit pas donner libre cours aux impulsions de sa nature, mais qu'il doit les maîtriser.

En résumé, il ne saurait y avoir deux morales différentes pour l'homme et pour la femme. Ce qui est exigé de l'un des sexes doit l'être également de l'autre ; ce qui est licite pour l'un ne peut être illicite pour l'autre. Si l'on absout l'homme, on ne peut condamner la femme ; si Ton condamne la femme, on ne peut absoudre l'homme.

Indulgence ou sévérité, quel que soit le point de vue auquel on se place, le principe d'égalité s'impose, dans la morale et dans la loi. — Toute autre solution constitue un ** privilège de sexe " au profit de l'homme, privilège qui doit disparaître et qui disparaîtra comme tant d'autres.

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