Réforme économique
Dans le domaine économique également, une autre situation doit être faite à la femme.
Aussi bien qu' à l'homme, il lui faut un travail suffisamment rémunérateur pour lui permettre de gagner sa vie d'une manière indépendante. — Vienne l'heure du
mariage, les occupations incompatibles avec la tenue d*un ménage seront abandonnées.
Le mariage au reste n'est pas le lot de toute femme. Et quant à celle qui se marie, les circonstances peuvent lui imposer l'obligation de se suffire à elle-même, si ce n'est de pourvoir encore à l'entretien de ses enfants.
Professions de tous genres doivent donc être ouvertes à la femme. Les hommes ont organisé à leur profit de véritables monopoles. Cela doit prendre fin et cela commence à prendre fin, malgré certaines résistances combien peu chevaleresques !
Si les femmes ne peuvent soutenir la concurrence de l'honime dans telle ou telle carrière, si elles s'y montrent inaptes ou simplement inférieures, elles sauront assez renoncer à se porter de ce côté; pas n'est besoin de les éliminer par des mesures arbitraires, parfaitement injustifiables. Le triage des aptitudes se fera de lui-même.
Mais il est de toute nécessité d'ouvrir au travail féminin des voies nouvelles, pour désencombrer les routes actuelles, sur lesquelles s'écrasent des multitudes en quête d'un gagne-pain.
Décréter l'admission de la femme à toutes les professions n'est pas suffisant, bien entendu. Il faut encore y donner accès par la création d'écoles spéciales et par l'organisation d'un apprentissage pratique destiné à les compléter.
C'est ainsi qu'il deviendra possible à la fille du pauvre d'affi'onter les difficultés de la vie dans des conditions moins défavorables qu'aujourd'hui ; c'est ainsi également qu'elle sera le plus sûrement mise à l'abri du vice qui la guette et de l'exploitation qui la menace.
A chaque porte qui s'ouvre au travail féminin, s'en ferment d'autres conduisant à la misère, à l'abandon de soi-même, à la ruine.
Si nous avions à nous occuper spécialement de la condition des femmes au point de vue économique, nous aurions à parler encore de bien des choses, notamment de la protection des ouvrières dans l'industrie et de Tefficacité d'une intervention de l'Etat dans ce domaine. Mais nous laisserons cela de côté.
Quant à la question des salaires, un sujet qui demanderait une étude particulière, je me bornerai à rappeler le prîncipe^ fondamental : " A travail égal, salaire égal."
En est-il ainsi ? — Qu'on le demande à tant de femmes qui, peinant du matin jusqu'au soir, doivent 3e contenter, pour un travail identique à celui de l'homme, d'une rémunération très inférieure et souvent tout à fait dérisoire.
Nous sommes en présence d'un abus auquel il peut être porté remède. Que l'Etat donne le bon exemple en rétribuant ses fonctionnaires de l'un et de l'autre sexes conformément à la formule ci-dessus, qui est celle de réquîté même.