I. Réforme morale
Il est une théorie suivant laquelle hommes et femmes ne seraient pas soumis aux prescriptions d'une seule et même loi morale dans le domaine des rapports intersexuels : les actes de l'homme et ses écarts de conduite ayant droit à une indulgence extrême, alors qu'une implacable sévérité est réservée à la femme qui en agit de même.
Liberté pour l'homme — sous un prétexte ou sous un autre — de suivre ses penchants, d'obéir à ses passions ; obligation pour la femme de résister à tout entraînement de ce genre, sous peine de ** déchéance ". Deux poids et deux mesures, à propos d'un acte qui suppose une égale participation de l'un et de l'autre.
Une telle manière de concevoir les choses fait naturellement ressentir son influence sur les lois comme sur les moeurs et les marque de son empreinte.
II n'est pas rare de voir les femmes elles-mêmes admettre qu'il en soit ainsi, alors que tout en elles devrait protester, semble-t-il, contre une pareille méconnaissance du juste et de l'injuste à leur égard. — Mais quoi! dressée pour l'homme et en vue de lui, élevée dans une atmosphère de conventions mensongères qui faussent le jugement, où la femme puiserait-elle les éléments voulus pour une saine appréciation des choses ?
Pour légitimer la double morale en question, on fait valoir principalement la différence que présente la nature physiologique de l'homme et de la femme. — Si l'homme cède à ses passions, il ne fait en définitive que céder à ses instincts naturels; tandis que la femme, dit-on, n'ayant pas les mêmes besoins, elle peut et doit résister à ces sortes de tentations.