Réforme pédagogique
De l'idée générale qu'on se fait de la femme et de sa vocation, dépend naturellement le genre d'éducation qui lui sera donné.
Si la femme a dans l'homme son unique raison d'être et la fin de sa destinée, il faut évidemment l'élever en: vue de l'homme et non pas pour elle-même ; c*est à peu près ce qu'on a fait jusqu'ici.
Si la femme, au contraire, a droit à son individualité, si elle est une véritable "personne" dans toute l'acception du terme, il faut alors lui accorder un développement aussi complet que possible de toutes ses facultés ; ce qu'on commence à faire aujourd'hui.
De toutes parts nous voyons se créer des écoles pour les jeunes filles, écoles de toute espèce, à tous les degrés. Dans plusieurs pays, aux Etats-Unis notamment, en France, en Suisse, les universités elles-mêmes ont ouvert leurs portes à quiconque veut y entrer, sans distinction de sexe, — et les femmes en ont profité. En Suisse, par exemple : à Genève, comme à Berne et à Zurich, les ** étudiantes '' forment actuellement plus du quart de là population universitaire.
L'opinion publique a fini pas se transformer. On a compris qu'il était injuste et fâcheux de laisser la jeune fille dans l'ignorance, tandis que son frère pouvait prétendre à tous les bienfaits de la science et aux bénéfices qui en résultent. ." ;
Est-ce à dire qu'une instruction identique doive nécessairement être donnée aux uns comme aux autres ? Nullement. Mais aux sacrifices pécuniaires que l'Etat et la
mariage, les occupations incompatibles avec la tenue d'un ménage seront abandonnées.
Le mariage au reste n*est pas le lot de toute femme. Et quant à celle qui se marie, les circonstances peuvent lui imposer l'obligation de se suffire à elle-même, si ce n'est de pourvoir encore à l'entretien de ses enfants.
Professions de tous genres doivent donc être ouvertes à la femme. Les hommes ont organisé à leur profit de véritables monopoles. Cela doit prendre fin et cela commence à prendre fin, malgré certaines résistances combien peu chevaleresques !
Si les femmes ne peuvent soutenir la concurrence de l'homme dans telle ou telle carrière, si elles s'y montrent inaptes ou simplement inférieures, elles sauront assez renoncer à se porter de ce côté; pas n'est besoin de les éliminer par des mesures arbitraires, parfaitement injustifiables. Le triage des aptitudes se fera de lui-même.
Mais il est de toute nécessité d'ouvrir au travail féminin des voies nouvelles, pour désencombrer les routes actuelles, sur lesquelles s'écrasent des multitudes en quête d'un gagne-pain.
Décréter l'admission de la femme à toutes les professions n'est pas suffisant, bien entendu. Il faut encore y donner accès par la création d'écoles spéciales et par l'organisation d'un apprentissage pratique destiné à les compléter.
C'est ainsi qu'il deviendra possible à la fille du pauvre d'affronter les difficultés de la vie dans des conditions moins défavorables qu'aujourd'hui ; c'est ainsi également qu'elle sera le plus sûrement mise à l'abri du vice qui la guette et de l'exploitation qui la nienace.
A chaque porte qui s'ouvre au travail féminin, s'en ferment d'autres conduisant à la misère, à l'abandon de soi-même, à la ruine.
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gens en matière de littérature : celle-ci, disent-ils, n'étant que le reflet d'un état social donné, ne saurait exercer une action effective sur les mœurs. — Ces deux assertions sont aussi fausses Tune que l'autre. . . . Mais laissons la littérature, pour ne considérer que la loi.
Sans doute, les lois reflètent les mœurs. Aussi nous pouvous, dans une certaine mesure, juger un pays d'après sa législation. Cependant la loi n'est pas seulement l'expression des mœurs, ce n'est pas une simple *' résultante." La loi joue aussi le rôle d'un " agent" et d'un agent qui peut être puissant pour le bien ou pour le mal, dans le sens du progrès ou de la décadence.
Ce que la loi statue — ce qu'elle ordonne, interdit ou tolère — peut avoir les plus graves conséquences à cet égard. Pour bien des personnes, en effet, une disposition légale devient une règle de conduite ou, tout au moins, une espèce de '* critérium " du juste et de l'injuste.
En définitive, des deux grands moyens qui sont à la
disposition de l'Etat pour agir sur ses ressortissants, l'Ecole et la Loi, le rôle de celle-ci ne semble guère moins décisif que le rôle de celle-là en ce qui .concerne le formation des mœurs et de l'opinion publique.
Il suit de là que dans tout ''programme féministe" les réformes légales occupent une place très importante.
Parmi tant de questions qui se présentent, dans les divers domaines du droit public, du droit pénal et du droit civil, nous n'en pouvons aborder ici qu'un petit nombre.
Dans le mariage et hors mariage, les droits de la femme sont actuellement encore plus ou moins sacrifiés ou méconnus par nombre de législations. Il y a d'ailleurs de grandes différences à cet égard, la loi de certains pays se montrant fort supérieure à d'autres au point de vue de la condition des femmes.
Les arguments qu'on invoque pour tenter de légitimer cette double inégalité, civile et pénale, ne tiennent pas debout. — Les plus mauvaises causes ont toujours trouvé des avocats !
L'adultère de la femme, dit-on, peut avoir pour conséquence la naissance, dans le ménage, d'un enfant qui n'est pas du mari. — Fort bien, c'est vrai. Mais l'adultère du mari peut avoir pour conséquence la naissance, hors du ménage, d'un enfant qui est du mari. Et la seconde alternative n'est-elle pas tout aussi grave que la première, au point de vue social et familial ?
On peut constater du reste que les législations qui consacrent encore cette double inégalité deviennent de plus en plus rares, la loi du plus grand nombre des pays qu'on appelle ** civilisés " ne faisant actuellement aucune différence à cet égard entre le mari et la femme : ni au civil, ni au pénal.
Que penser encore de la disposition, en vigueur dans certaines législations, d'après laquelle, en cas de naissance hors mariage, c'est à la mère seule qu'incombent toutes les difficultés et les charges de la situation, l'homme échappant à toute responsabilité, sa paternité fut-elle constatée aussi certainement que celle-ci peut l'être ! (Code cîvil français, 340.) — N'est-ce pas monstrueux ?
Mais il faut terminer ce chapitre et je résume ainsi qu'il suit ce qui me resterait à dire :
La femme mariée doit être affranchie de son état de subordination légale, par la reconnaissance et la garantie de ses droits: quant à sa personne^ quant à ses biens et quant à ses enfants.
Dans le domaine des rapports entre les sexes hors mariage, des dispositions conformes à la justice doivent être édictées: pour établir la responsabilité légale du père
Voilà pour l'exténeur. — A l'intérieur de nos sociétés policées, d'autres vices non moins redoutables se manifestent avec une intensité croissante : débauche, alcoolisme, vénalité de tant de politiciens et de journalistes . . .
Les causes d'un état de choses si peu glorieux sont assurément fort complexes. Mais, entre autres causes, ne doit-on pas faire entrer en ligne de compte l'eftacement trop absolu de l'élément " maternel et féminin " ?
Jusqu'ici, la femme n'a pu donner sa pleine mesure. Sa condition sociale et légale une fois relevée, n'est-il pas à présumer qu'une coopération effective de sa part pourra être de nature bienfaisante et pacificatrice ?
Une civilisation rénovée — et c'est avec un sentiment bien différent de tout à l'heure que je prononce maintenant ce mot de civilisation, c'est avec une espérance au fond du cœur, — une civilisation fondée sur le double élément constitutif de l'espèce humaine, l'homme et la femme, . . , pourquoi le Japon n'aurait-il pas cette ambition ?
Quelques mots encore et j'ai fini.
Il est une prétendue philosophie, suivant laquelle les choses de ce monde se dérouleraient fatalement sans que nous y puissions rien. — Erreur funeste ! Nous y pouvons quelque chose et nous devons y mettre la main. Agir pour la réalisation du bien ; en travaillant sur nous-mêmes d'abord, autour de nous, pour le prochain et pour l'humanité. Tel est notre devoir et c'est aussi le meilleur moyen de donner un but supérieur à notre activité.
des articles qui font pénétrer *' l'esprit d'une législation " en matière de mariage.
On peut aller plus loin, je pense. D'après les dispositions légales plus ou moins équitables envers la femme, dans ce domaine, il est permis de porter un jugement d'ensemble sur le niveau général de la civilisation- réelle d'un Etat ; car tout ce qui tient à la condition de la femme est en connexion intime avec l'organisation sociale tout entière.
Rappelons, à ce propos, ce que dit John-Stuart Mill dans son célèbre petit volume l Assujettissernent des femmes :
L'expérience nous apprend que chaque pas dans la voie du progrès a été invariablement accompagné d'une élévation d'un degré dans la position sociale des femmes ; ce qui a conduit des historiens et des philosophes à prendre l'élévation ou l'abaissement des femmes pour le plus sûr ou le meilleur critérium, pour la mesure la plus commode de la civilisation d'un siècle ou d'un pays."