‹ Trois femmesChapitre 27 sur 53 · UNE AUTRE VOIX · texte numérisé non relu

UNE AUTRE VOIX

c. Moi , j étais un enfant : j'avais perdu ma mère; Vers la nuit, comme loi , je vins sur cette pierre, Pleurant et fatigué, poser mes membres nus; Je priai bien le ciel, à genoux, immobile. Puis sous la sainte croix je m'endormis tranquille; Mais je ne me réveillai plus. »

Et les voix reprenaient : «Poursuis, poursuis ta roule. Pèlerin.; voici l'heure, il va venir sans doute;

Poursuis si lu «e veux mourir.

Nous , les âmes de ces victimes, Dieu nous envoie ici pour prévenir ses crimes :

Poursuis, vieillard, il va veirir. )j

Le vieillard releva sa têle blanchissante, 11 reprit son bâton et sa charge pesante , Vers le sentier obscur son regard se porta.

« Que Dieu m aide , dit-il, et daigne me conduire! »... Alors , près de la croix , un effroyable rire Comme le tonnerre éclata.

Les fils du pèlerin prolongèrent leur veille ; Mais, aux bruits de la nuit prêtant en vain l'oreille , Ils redirent vingt fois : « Ce n'est pas encor lui !! » Et quand l'aurore vint , fatigués , les trois frères Répétèrent entre eux , en fermant leurs paupières : «11 ne viendra pas aujourd'hui. »

Le vieillard ne vint pas ; mais à l'heure de l'ombre , Près des degrés mousseux , au haut de la croix sombre , Quand l'accent de minuit au sentier résonnait, Parmi les jeunes voix gémissantes et douces, Qui , comme des soupirs s'élevaient de ces mousses , La voix d'un vieillard répétait :

«Oh! ne t'arrête i)as! poursuis, poursuis ta route, Pèlerin, voici l'heure, il va venir sans doute;

Poursuis si lu ne veux mourir.

Nous , les âmes de ces victimes , Dieu nous envoie ici pour prévenir ses crimes :

Poursuis ta route , il va venir. »

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