UNE AUTRE VOIX
c. Moi , j étais un enfant : j'avais perdu ma mère; Vers la nuit, comme loi , je vins sur cette pierre, Pleurant et fatigué, poser mes membres nus; Je priai bien le ciel, à genoux, immobile. Puis sous la sainte croix je m'endormis tranquille; Mais je ne me réveillai plus. »
Et les voix reprenaient : «Poursuis, poursuis ta roule. Pèlerin.; voici l'heure, il va venir sans doute;
Poursuis si lu «e veux mourir.
Nous , les âmes de ces victimes, Dieu nous envoie ici pour prévenir ses crimes :
Poursuis, vieillard, il va veirir. )j
Le vieillard releva sa têle blanchissante, 11 reprit son bâton et sa charge pesante , Vers le sentier obscur son regard se porta.
« Que Dieu m aide , dit-il, et daigne me conduire! »... Alors , près de la croix , un effroyable rire Comme le tonnerre éclata.
Les fils du pèlerin prolongèrent leur veille ; Mais, aux bruits de la nuit prêtant en vain l'oreille , Ils redirent vingt fois : « Ce n'est pas encor lui !! » Et quand l'aurore vint , fatigués , les trois frères Répétèrent entre eux , en fermant leurs paupières : «11 ne viendra pas aujourd'hui. »
Le vieillard ne vint pas ; mais à l'heure de l'ombre , Près des degrés mousseux , au haut de la croix sombre , Quand l'accent de minuit au sentier résonnait, Parmi les jeunes voix gémissantes et douces, Qui , comme des soupirs s'élevaient de ces mousses , La voix d'un vieillard répétait :
«Oh! ne t'arrête i)as! poursuis, poursuis ta route, Pèlerin, voici l'heure, il va venir sans doute;
Poursuis si lu ne veux mourir.
Nous , les âmes de ces victimes , Dieu nous envoie ici pour prévenir ses crimes :
Poursuis ta route , il va venir. »