A CLISSON
nie le niccum locus et beats Postulaut arces.
Horace , liv. 2 , A Septime.
Oui , j'ai vu ton beau ciel et ta rive odorante !
Près de ta cascade écumante, Seul avec mon ami , je suis venu m'asseoir ; A mon âme attristée il te vantait lui-même ;
Mais ce n'est pas ici que j'aime,
Déjà je suis las de te voir.
La brise, caressant ma tête échevclée, Vainement me rappelle au fond de ta vallée ,
Je ne veux plus m'y reposer;
Ces ombres , ces rochers , ces flots... je les admire !
Mais ils sont moins doux qu'un sourire ,
Ils ne valent pas un baiser,
Adieu : je retourne vers elle; Du bonheur de mes jours seule elle a le secret! A l'instant j'entendais gémir la tourterelle,
J'ai cru que sa voix m'appelait.
Adieu donc , rive parfumée !
Je vais chercher la terre aimée
Que ne flétrit pVjint le regret ,
Où la lumière est douce et pure ,
Oii le vent mollement murmure ,
Où son cœur m'attend en secret.
Mais , comme je te fuis toi-même , Bientôt , bientôt, hélas! je dois la fuire aussi... Ah ! j'ai si pou d'instants pour voir celle que j'aime !
Pourquoi venir les perdre ici ?
Longtemps loin d'elle encor, poursuivant des fantômes , Je vais aux longs travaux livrer mes jours flétris Pour la gloire!... vain nom qu'inventèrent les hommes , Qu'achèteront mes pleurs , que paîront leurs mépris !
> Et pourquoi nous quitter, quand le sort nous rassemble ?
Pourquoi dans ton vallon ne pas venir ensemble ?
Que j'aimerais alors tes rochers et tes deux!
Nous serions ombragés de lilas et de roses.
Nous aimons!... quand on aime il faut si peu de choses,
Si peu pour être heureux !
Plus tard peut-être , un jour, regardant en arrière, Dans nos regrets tardifs nous verrons la carrière
Qu'il aurait fallu parcourir ; Nous pleurerons les jours perdus dans la souffrance , Mais ce ne sera plus l'heure de l'espérance ,
Ce sera l'heure de mourir !
Ah ! pourquoi m'égarer dans ce triste délire?
3Ion ami vient de me sourire , Nous devons être heureux , puisque nous nous aimons ; Son regard inquiet suit le vers que je trace ;
S'il est triste , sa main l'efface.
Et tout bas il dit : « Espérons. »