LE CONCERT
D'harmonie et de paix ineffable mélange , Ses accords sont plus doux que la voix de l'archange Qui pre'side aux célestes chœurs.
(Ed. TURQUETY.)
Dans la fête d'hier, oui , ta voix fut moins tendre ; '
Tout surpris, sans pleurer hier j'ai pu t'entendre;
Et tu chantais pourtant cet hymne pastoral
Qu'on redit sur les monts de mon pays natal.
J'entendais , dans les rangs de cette foule avide ,
D'un long enchantement le murmure timide.
Des cris adnMraleurs étouffés chaque fois ,
Et qui d'orgueil pourtant faisaient trembler ta voix.
Mais moi , je t'écoutais sans plaisir et sans larmes ,
Tes accents pour mon cœur avaient perdu leurs charmes ,
J'eusse cru que j'avais cessé de t'adorer,
Si je n'avais souffert de t'entendre admirer.
Oh ! non , ce n'est point là que ta voix est puissante ,
Dans la foule elle perd sa grâce attendrissante
Et cet accent d'amour qu'elle savait trouver ;
Elle étonne le cœur sansle faire rêver.
Pour que ta voix soit douce et tombe au fond de 1 "âme ,
Il faut que , n'entendant qu'un léger bruit de rame ,
Sous des dômes mouvants , près du fleuve endormi ,
Tu chantes, l'œil fixé sur l'œil de ton ami!
C'est alors , c'est parmi ces flots et ces verdures ,
Accompagnant tes chants d'harmonieux murmures ,
Que l'âme cède au charme et se laisse enivrer,
Et que nous t'admirons jusques à t'adorer.
Ah ! pour l'entendre encor dans sa douceur native , Cette voix qui n'a point d'écho sur notre rive, Que ne puis-je , trouvant quelques lointains déserts , T'emporter avec moi dans un autre univers ! 0 terre des Incas ! dans tes grandes savanes J'irais chercher un nid au milieu des lianes,
Et, dans lombre et les fleurs, là, comme enseveli, Rêver et m'endormir au chant du bengali. C'est au sein des forêts de ce monde suave , Ceint de chaînes de fleurs comme un géant esclave; C'est dans ces grands vallons parfumés de bonheur, Océan de repos , d'amour et de fraîcheur ; C'est là que je voudrais de ta voix virginale Entendre les accents monter par intervalle Parmi les bruits confus des brises , des torrents , Des antres du désert et des bois murmurants. Oh ! quel charme puissant, quelle grâce inflnie , S'exhalerait alors dans sa vague harmonie ! Comme un esquif errant, au fleuve abandonné, Qui fuit de flots en flots par le cours entraîné, De doux songe en doux songe alors l'âme emportée Dans un vague bonheur se perdrait enchantée , Et ta voix s'entendrait dans ces forêts sans fin" Comme la voix d'un ange aux bosquets de TÉden.