L'ENFANT
Hcurpux enfant, que je l'envie Ton innocence et ton bonheur !
Ah ! garde bien toute la vie La paix qui rcgne dans ton cœur.
(BERQUIiN.)
Pourquoi me reprocher ma naïve folie ? Vous m'appelez enfant ! ah! oui , ce nom m'est dû. Je m'arrête en tremblant sur le seuil de la vie, Comme au bord du sentier d'un vallon inconnu. Au loin , dans ce vallon , j'entrevois bien des charmes , J'entends de douces voix m'appeler... et pourtant J'en vois sortir toujours en répandant des larmes : Oh ! j'aime mieux rester enfant.
Et puis encore hier mon ami vint me dire Que souvent dans ce monde , unis par le hasard , On formait des liens qu'on ne pouvait détruire , Et que les cœurs aimants se rencontraient trop tard. « Un seul , me disait-il , un seul eût pu m'entendre. » Et puis, pressant ma main, il pleura doucement. Moi, je pleurais aussi sans pourtant le comprendre : Oh! j'aime mieux rester enfant.
Je sais bien que l'on trouve , en marchant dans la vie , La gloire... un beau trésor que je ne connais pas ! J'aimerais ses lauriers; mais on dit que l'envie, Des cyprès à la main , suit toujours pas à pas. Ah ! puisqu'elle flétrit les fleurs à peine écloses, Je ne demande pas un laurier imprudent, Je préfère garder ma couronne de roses , Oh! j'aime mieux rester enfant!
11 est pourtant un bien qu'ignore mon enfance ,
Un nœud qu'on nomme amour, qui donne du bonheur.
Mais , si j'en crois déjà ma jeune expérience ,
Toujours quelques regrets font, payer sa douceur. Voyez-vous de mes yeux cette larme qui tombe?... C'est d'un premier amour le souvenir cuisant ; Mais je ne pleure encor, du moins , que ma colombe ; Oh ! j'aime mieux rester enfant.
Mais pour un bien plus doux cette enfance m'est chère , De plus d'intimité je lui dois la douceur, Chaque femme me donne et les soins d'une mère , Et ces noms familiers qui sont si doux au cœur. Je puis dire que j'aime , et le faire paraître ; Mais, plus âgé, l'amour n'est jamais innocent; On ne m'aimerait plus , on me fuirait peut-être. Oh ! j'aime mieux rester enfant !