LA LAIDEUR
Moi, je n'ai pas les Irails qui (lonneiil la tendresse, Et je ■veux me cacher...
( Laure l'iUACHE.)
Dans la foule à l'instant je lui servais de guide. Pourquoi, quand pour appui j'offrais un bras timide, La-t-elle rejeté, sans même qu'un coup d'œil Tendre vînt adoucir ce refus de l'orgueil? Sans doute, sur mon bras penchée et souriante, Elle n'eût point paru plus belle , plus brillante ; La foule n'aurait pas , en s'ouvrant devant nous , Suivi nos pas légers d'un œil flatteur et doux ;
186 ni^VES POÉTIQUES.
Un autre à ses côtés, heureux , Teût embellie ,
Car la force avec grâce à la beauté s'allie ;
3Iais de ce charme , moi , je n'ai pas le pouvoir,
Et près de moi toujours l'on passe sans me voir.
Ah ! je l'ai trop appris ! celui qui sur la terre
Reçut le don d'aimer sans le bonheur de plaire ,
Qui n'a pu conquérir, pour flatter la fierté ,
Quelqu'un de ces grands noms plus beaux que la beauté ,
Que sa route ici-bas est sombre et monotone !
Et quels maux descendront sur son front sans couronne '
Quand la gloire du moins vient réchauffer nos jours ,
Des malheurs éclatants en parsèment le cours;
On pleure nos douleurs , on daigne nous sourire :
L'on aime sans effort celui que l'on admire.
L'orgueil de mes tourments soulage la moitié !. .
Mais qui ne fait envie, ici-bas, fait pitié.