LE MONDE
On empoisonnera de» mois in^lifferenls , On devine une intrigue en yos moindres folies, l'ne femme est coupable, et cent sont avilies. [La Belle-Sœur, comédie.)
Non, lorsque près de vous une foule bruyante
Sollicite tout haut votre gaité brillante,
Ce n'est point le regret d'être alors oublié
Qui de mon cœur jalouK offense l'amitié.
A l'oubli d'un instant ce cœur pourrait se faire :
Est-ce à moi de prétendre à vouloir toujours plaire?
Mais , parmi ces regards qui forcent à rougir
Et font baisser les yeux d'orgueil et de plaisir,
Parmi ces mots flatteurs dont chacun vous caresse , Ces traits vifs et brillants que vous lancez sans cesse , Ces réponses que suit un murmure si doux , Sombre , je vous regarde !... et j'ai pitié àa vous 1 0 Dieu ! si vous saviez alors quelle tristesse Pénètre dans mon âme , et comme un poids la presse ! De votre enivrement déplorant le malheur, Je vous vois en riant briser votre bonheur. Comme un ange en délire abdiquant sa patrie Pour les jeux passagers dune terre flétrie, Je vous vois rejeter, pour les plaisirs d'un jour, La vie où se cachait un paradis d'amour ! Dans l'orage du monde une fois entraînée , N'espérez plus reprendre une paix profanée , . Ni revenir au temps où les plaisirs du cœur Vous créaient à l'écart un monde de bonheur ! Ah ! ces êtres trompeurs qui vous ont entourée , Et que vous écoutez , souriante et parée. Si vous les connaissiez! si vous saviez quels fiels Sous des dehors riants cachent leurs cœurs cruels !... Flétrissant do vos jeux l'innocente imprudence,
D'un mensonge ils iront parloul semer l'offense ,
Se vanter d'un regard qui n'était point pour eux ,
Sourire en vous nommant d'un air mystérieux ,
Ou bien , comme craignant d'en laisser trop paraître ,
D'un silence éloquent vous diffamer peut-être;
Tandis que , pour vous perdre ignorant leur effort ,
Vous sourirez à ceux qui vous donnent la mort.
Et moi peut-être, alors, moi dont l'œil vous contemple
Comme un ange adoré dont mon cœur est le temple ,
J'entendrai votre nom , ce nom saint et chéri ,
Par une bouche impure auprès de moi flétri ;
L'on me dira tout bas : « Est-elle si coupable? »
Et , sans pouvoir répondre à ce mot qui m'accable ,
J'irai pleurer au loin, ou bien , dans ma fureur,
Demander tout son sang au calomniateur !...
Écoutez donc ma voix! Désormais à l'envie
Ne livrez plus ainsi votre innocente vie;
Écartez les méchants sans crainte et sans pitié :
Leur haine vaut encor mieux que leur amitié.
Que de notre union votre cœur se souvienne :
Votre paix est ma paix, votre gloire est la mienne.