‹ Trois femmesChapitre 8 sur 53 · LES ANNEAUX DU SOUVENIR · texte numérisé non relu

LES ANNEAUX DU SOUVENIR

Un anneau et un regret, voilà tout ce qui me reste du passé.

(Correspondance.)

Souvent, quand je m'endors, oh ! je me la rappelle! Je crois la voir encore et si triste et si belle , Attirant sur ses maux tous les yeux attendris ; Sur ses genoux tremblants sa main droite étendue , Et le front tout pensif, fixant longtemps sa vue Sur les anneaux flottants à ses doigts amaigris.

Tous , hélas ! rappelaient quelque tendre promesse , Quelque amitié jurée aux jours de sa jeunesse, A cet âge où des nœuds sont si doux à former, Où le cœur, qui partout s'étend comme la flamme, Répond aux battements , aux soupirs de toute âm.e , Et croit que vivre c'est aimer !

Ah ! combien elle avait de ces gages fragiles

De souvenirs perdus, d'attachements futiles!...

De tant d'anneaux donnés avec de doux serments ,

En était-il un seul, un seul alors , pour elle.

Qui pût lui rappeler une amitié fidèle.

Fraîche et suave encor comme aux premiers instants ?

Hélas! en les comptant sur sa main maigre et pâle, Elle me les montrait, pleurant par intervalle; Chacun d'eux du passé restait comme un témoin : « Vois, disait-elle, vois, c'est le présent d'un frère, « D'un parent, d'une amie à qui je me crus chère :

« Tous sont partis, tous sont bien loin !... »

« Quelque temps, jusqu'à moi, dans leurs regrets frivoles, Ils ont fait retentir quelques douces paroles, Puis ils m'ont oubliée au milieu du plaisir, Et près de mon cercueil seule j'attends , assise , Et rien ne m'est resté, de tant d'amour promise, Que les anneaux du souvenir! »

Ainsi parlait Marie, oui , je me le rappelle , Et cependant Marie était aimable et belle !... Souvent en y pensant je me sens effrayer. Un anneau ne peut-il assurer la constance?... Et j'en porte un pourtant... un anneau d'alliance! Dieu! les anneaux donnés peuvent donc s'oublier?...

8 février 1829.

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