‹ Trois femmesChapitre 9 sur 53 · MARIE · texte numérisé non relu

MARIE

Lisez : ceci est une histoire simple et vulgaire, mais qui a coûte bien de? larmes.

Une Conspiration (inédit).

Alors elle était belle , heureuse et recherchée ; Elle croyait encor que vivre est un bonheur. Et pourtant sur son front une cause cachée D'un chagrin long et doux répandait la langueur; Comme attendant quelqu'un, elle errait dans la vie, Et son regard au loin se promenait sans but ; Près d'elle, dans le monde, un jeune homme parut!,.. Pauvre Marie!

Il vint, il lui parla : sa voix était de celles Qui dans un cœur aimant réveillent des échos. Qui font trouver bientôt les absences cruelles , Rendent les jours plus longs et les nuits sans repos; Le vice avait souillé sa jeunesse flétrie, Mais dans son regard pur il n'avait rien laissé, Et sous les traits d'un ange il cachait le passé... Pauvre Marie !

Une nouvelle vie alors s'ouvrit pour elle ; Elle connut le poids de l'un de ces secrets Que l'âme d'une vierge avec effroi recèle , Et qui font lentement mourir dans les regrets. Plus pâle chaque jour, dans la foule attendrie , Son œil mourant encore à lui seul s'adressait ; Mais sans voir sa pâleur auprès d'elle il passait. ' Pauvre Marie !

Bientôt on ne la vit qu'aux endroits solitaires ; Elle allait écouter, sous les sombres rameaux , Les vents tristes du soir soufflant dans les clairières,

Ou la cloche tintant au loin dans les hameaux. Dans la chapelle , aux pieds de sa sainte chérie , Elle priait souvent , mais sans se consoler, Et Dieu même jamais ne vit ses pleurs couler!... Pauvre Marie!

Moi, j'entendis parler de sa douleur mortelle : De ses plus jeunes ans , hélas ! j'avais pris soin; Plaintive j'accourais pour pleurer avec elle, Et sa porte déjà m'apparaissait de loin!... — Mais j'y vis s'agiter la pâle draperie, Deux fossoyeurs assis attendaient sur le seuil , Et le bouquet de vierge ornait un blanc cercueil. Pauvre Marie !

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