‹ Trois fléaux de la classe ouvrièreChapitre 15 sur 24 · et 6 nettoient les légumes et mettent les mets au feu · texte numérisé non relu

et 6 nettoient les légumes et mettent les mets au feu

7 procure l'eau et passe le potage.

(En Belgique, toutes les soupes sont passées au tamis et servies en purée.)

8 prépare le combustible et soigne le feu.

Serr ire de la table.

1 prépare la table.

- sert le pain.

3 cherche et verse l'eau ou la bière.

4 sert la soupe.

5 coupe et sert la viande.

6 sert les légumes.

7 et 8 desservent.

Vaisselle.

1 et 2 lavent la vaisselle.

3 rince.

4 et 5 essuient.

6 remet tout en place.

7 balaye la cuisine.

8 y passe le torchon.

La femme d'un esprit supérieur et d'un jugement si droit et si pratique que j'ai déjà citée, m'écrivait encore :

(( L'école ménagère rurale présente de bien autres difficultés que l'école urbaine qui répond à des besoins à peu près partout les mêmes, tandis que, entre province et province, entre village et village, tout diffère, les usages comme les besoins, le but à atteindre et les moyens d'y arriver ; il faut, par suite, infiniment plus de variété dans un enseigne ment qui doit répondre à des nécessités variée-. bien plus de souplesse et d'intelligence dans les maîtresses.

« La ménagère rurale manie peu ou point d'argent, et les ressources dont elle a besoin, il faut qu'elle sache non seulement les employer, mais souvent les créer. Il faut qu'elle sache tirer parti de tout.

u II faut qu'elle connaisse et pratique les petites industries rurales qui augmentent l'aisance du ménage.

« Apprendre la cuisine, c'est là la grande difficulté. Pour qui feront-elles la cuisine ? pas pour elles-mêmes, car je ne pense pas que nous voulions les nourrir ; pas davantage pour le pensionnat adjoint, car elles n'accepteraient guère d'être filles de cuisine.

a Les parents consentiraient-ils à payer la très modeste rétribution qui suffirait à procurer, une fois la semaine, le dîner de midi ?

« Toute autre affaire cessante, ce serait un branlebas général... Si l'école était nombreuse, il pourrait y avoir plusieurs tables et plusieurs menus, d'où émulation et concurrence.

« Les plus jeunes, occupées à peler les pommes de terre et à en réunir les pelures que les laitières ne dédaignent pas. les plus grandes au fourneau, les moyennes à l'évier, et surtout que le soir, tout soit en ordre, le plancher balayé, les tables cirées, les cuivres brillants, la vaisselle comptée et rangée ; tout dépend ici de l'entrain de la maîtresse : elle peut faire de cette journée la plus amusante des récréations et le plus utile des enseignements.

u Une fois par semaine (ou plus ou moins) les jeunes filles seraient invitées à venir passer la journée à l'école : déjeuner, dîner et souper (dans les longs jours) ; elles y apporteraient chacune quelque provision, ce qu'elles auraient mangé chez elles, — on demanderait, si possible, un peu de variétémais n'eussent-elles toutes apporté que des pommes de terre, on en prendrait son parti, il y a tant de manières de les accommoder ! Tous les apports se mettraient en commun.

(( Et maintenant qu'en faire ? C'est là que s'exerceront les talents de la maîtresse et l'ingéniosité des élevés : en tout cas et toujours, propreté extrême dans la préparation, soins minutieux dans la cuisson et le service, ordre parfait clans le nettoyage des ustensiles.

« Dans certains jours, on pourra ajouter à ce fond sérieux l'art de la pâtisserie.

« En aucun cas, les réunions ne pourront avoir lieu le dimanche ; le dimanche est un jour de joie et de fête, essentiellement familial. Le dimanche, sauf le temps des offices et des promenades en commun, les femmes doivent rester à la maison, et. suivant leurs moyens, préparer à leur mari le meilleur diner possible.

<< Mais ce qu'il faut enseigner surtout à ces future- mères de famille, c'est à compter, je ne dis pas à chiffrer, mais à se rendre compte. Se rendre compte : les gens du peuple ne le savent guère. Il y a toujours eu des ménagères fort économes par goût, par intérêt, mais combien savaient et savent diriger leurs économies et les faire avec intelligence ? C'est ce qu'il faut tâcher d'apprendre aux jeunes filles ; il faut, par exemple, leur apprendre comment et pourquoi les provisions sont tantôt utiles, tantôt nuisibles et quand il faut acheter en gros ou en détail et quel emploi sage et économique il faut faire de chaque chose. »

Je ne crains pas. dans les réunions d'ouvriers et d'ouvrières auxquels j'adresse la parole, dans les usines et les ateliers où ils se groupent autour de

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moi. et même dans les églises, d'insister sur les travaux du ménage, d'entrer dans certains détails et de recommander aux femmes de faire à leurs maris et à leurs enfants de la bonne soupe. Rien n'est au-dessous de la sollicitude d'un évèque, dans les intérêts matériels et moraux des populations confiées à ses soins, et surtout dans les intérêts des ouvriers et des pauvres.

L'ouvrier qui part le matin de très bonne heure, après avoir mangé à la hâte un morceau de pain, pour les travaux si pénibles des usines ou des mines, emporte avec lui. pour le repas de midi, une nourriture froide et souvent mal préparée et insuffisante. Le soir venu, accablé de fatigue, il a besoin de réparer ses forces ; il lui faut, non pas, la seule nourriture qu'il trouve chez lui, un peu de lard, un peu de viande froide achetée chez le charcutier voisin, mais une nourriture chaude et fortifiante et d'abord une bonne soupe. C'est en vain qu'il réclame. Préparer une bonne soupe exige de l'activité, de lattention, des elïorts, et tout cela est au-dessus de la paresse de la mère de famille.

Les enfants, qui partent pour l'école avec un morceau de pain trempé dans de l'eau-de-vie achetée au prix de 0 fr. 60 le litre n'auront, eux aussi, à midi et le soir, qu'une nourriture froide et toujours la même.

Un certain nombre de mères de famille donnent à leur mari et à leurs enfants assez souvent de la soupe et du café, mais cette soupe et ce café, faits dans quelles conditions ! sont achetés à des prix exorbitants au mauvais cabaret voisin.

Un prêtre qui est maire de sa commune et qui donne à ses administrés d'excellents conseils très pratiques, publiait dernièrement dans YEclaireur- Instructeur, offert gratuitement aux habitants de fa commune des Mortiers, l'article suivant qui. sous une forme originale, exprime des vérités très utiles (1).

« Sans doute, il est au monde d'autres jouissances que celle de manger de la bonne soupe.

a Mais avouez que si la bonne soupe ne suffit pas à assurer le bonheur de la vie, elle y contribue cependant pour une large part.

(( Vous connaissez le proverbe : « Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es ».

« Je crois qu'on pourrait dire avec tout autant de raison : Dis-moi quelle soupe tu manges, je te dirai quelle femme tu as.

(( Tu manges de la bonne soupe ? Tu as une bonne femme.

u Tu manges de la mauvaise soupe? — Ali î mon pauvre ami, quelle mauvaise femme tu dois avoir !

a Eh oui ! la bonne femme fait delà bonne soupe, et la mauvaise femme fait de la mauvaise soupe, tout comme le bon ouvrier fait du bon ouvrage, et le mauvais ouvrier fait du mauvais ouvrage.

a J'ajoute : la bonne soupe fait le bon mena-" : la mauvaise soupe fait le mauvais ménage. Et cela se comprend tout seul.

(1) Mgr Lesur.

« C'est le rôle et le devoir de la femme d'employer le mieux possible, dans l'intérêt de la famille, le salaire du mari, le fruit de son travail, de sa sueur, et c'est aussi le devoir d,e la femme d'aimer son mari et de chercher toutes les occasions de lui faire plaisir.

« Eh bien, elle trouvera tous les jours une occasion de lui faire plaisir; c'est de lui donner de la bonne soupe, qui soutienne ses forces et chatouille agréablement le palais.

(( Donc, la femme qui fait de la bonne soupe est une femme qui fait bien son devoir: c'est une bonne femme.

« Et d'autre part, le mari qui mange de la bonne soupe, est généralement, sauf de rares exceptions, un bon mari : d'abord parce qu'il a le bon esprit de choisir une bonne femme, ce qui indique qu'il n'est pas bête, ensuite parce que la bonne soupe qu'il mange tous les jours lui conserve un bon estomac, ce qui n'est pas sans influence sur le bon caractère ; et surtout parce que, comme sa femme remplit bien ses devoirs et cherche à lui faire plaisir, à lui rendre agréable le séjour de la maison et le repas en famille, il est moins tenté qu'un autred'aller ailleurs pour se payer de l'absinthe, de la charcuterie... et le reste.

« Plaisanterie à part, il est évident que la bonnesoupe et, d'une façon générale, la bonne tenue de la maison, contribuent puissamment à la paix du ménag3 et par conséquent au bonheur de la famille.

(( Si bien qu'on peut dire aux parents : Aimez-

vous bien votre fille ? Voulez-vous qu'elle soit heureuse en ménage? Eh bien ! apprenez-lui à l'aire la bonne soupe! Apprenez-lui de bonne heure à faire le ménage, à avoir de l'ordre, à bien ranger la maison, à bien raccommoder les vêtements et à bien entretenir le linge, de façon que, plus tard, elle sache employer utilement le salaire de son mari à lui faire un intérieur confortable où il se plaise, au milieu de sa femme et de ses enfants.

« Ce n'est pas si facile qu'on pourrait le croire de faire une bonne ménagère.

« Le métier de ménagère, c'est comme tous les métiers : il faut l'apprendre pour le bien faire.

« Parbleu! tout le monde est capable de foire une soupe quelconque: avec un feu, de l'eau et quelques légumes, il y a toujours moyen de se mettre quelque chose sous la dent et de ne pas mourir de faim. Mais quelle différence entre la soupe parfumée faite par une bonne ménagère et l'horrible brouet improvisé au dernier moment par les femmes négligentes, sans courage et sans savoirfaire !

a Ah ! si toutes les ménagères savaient faire de la bonne soupe, croyez-moi, il y aurait plus d'économie et on se porterait mieux.

a La bonne soupe ! mais vous le voyez, c'est un instrument de moralisation. »

La soupe ne suffit pas. Dans les écoles ménagères belges, on apprend à faire une cuisine très économique. M. Rambaut, inspecteur général des écoles techniques en Belgique, résumant les résultats obtenus par une expérience de cinq années dans

les écoles ménagères, disait: « Pour la cuisine, on se bornera à la préparation de plats à bon marché, en restant dans les limites qu'autorise le modeste budget d'un ouvrier ou d'un artisan. Toujours on veillera à ce que la matière première soit convenablement et économiquement utilisée. Le maximum des dépenses qu'un repas composé d'un potage, d'un légume, d'un morceau de viande, poisson ou ragoût peut atteindre, est de 0 fr. 2o par élève, ce qui porte le prix du repas total pour six personnes à 1 fr. 50.

« On me demande ce qu'on fait de la cuisine préparée comme démonstration et apprentissage, et s'il n'y aurait pas lieu de joindre à ces écoles ménagères des fourneaux économiques qui utiliseraient les aliments ainsi préparés. Celles qui feraient la cuisine pour des fourneaux économiques arriveraient à perdre ce qu'on veut précisément leur inculquer : le sentiment et la mesure du budget et des repas familiaux calculés sur le type de six personnes. Les élèves, par groupes de six, consomment le menu qu'elles ont fait (1).

a Oh ! je vois beaucoup de sourires parmi les auditeurs qui me font l'honneur de m'écouter, et d'aucuns s'imaginent, j'en suis certain, qu'il est

1 Je comprends que les écoles ménagères ne doivent pas être transformées en fourneaux économiques ; mais pourquoi, dans une ville où les jeunes ouvrières sans famille sont oblide manger au restaurant, une école ménagère ne leur offrirait-elle pas, à très bon marché, une nourriture saine et des conditions de sécurité a tous égards?

impossible d'avoir, pour ce prix de 1 fr. 50, un repas convenable ou substantiel. Je suis heureux de pouvoir les détromper, car j'ai ici devant moi des milliers de menus qui ont été exécutés et qui attestent la vérité de ce que j'avance. Evidemment, et c'est là une science de la ménagère, il faut acheter des légumes de saison et ne pas prendre les morceaux de viande de premier choix ; mais au point de vue de l'alimentation et des principes nutritifs qu'ils contiennent, on peut trouver dans des morceaux de second choix des mets tout aussi substantiels et beaucoup moins coûteux.

(( Malgré cela, la somme de 1 fr. 50 pourra paraître encore exagérée pour le prix d'un repas, surtout lorsqu'il s'agira d'installer ces écoles à la campagne, où souvent le gain de l'ouvrier ne dépasse pas 2 fr. 50 ou 3 fr. Dans ces circonstances, il faut faire préparer les menus suivant les salaires locaux. Il y a un moyen fort simple de le savoir: c'est, aussitôt que l'élève est un peu familiarisée avec le régime de l'école, de lui faire dresser par elle-même le budget d'un modeste ménage ; c'est un moyen à peu près certain de savoir comment vit et se nourrit la population ouvrière d'une localité. L'institutrice s'en inspirera pour améliorer et souvent même modifier le régime alimentaire d'une famille ou même d'une localité tout entière 1). »

(1) Conférence faite le 6 juin 1896 à la Société d'Economie sociale, par M. Rambaut, inspecteur général des écoles techniques en Belgique, sur Les Ecoles ménagères en Belgique;

Si je ne me trompe, la démonstration que je viens d'établir a la clarté de l'évidence. Mais pour réaliser cette réforme de l'instruction et de l'éducation des filles, pour les préparer à la vie pratique, en faire des ménagères, des maîtresses de maison, des mères de famille intelligentes, laborieuses et dévouées, il faut que notre pays entre enfin et avec toute son ardeur, dans la voie où d'autres pays l'ont précédé. Cette réforme écartera non seulement de la classe ouvrière, mais de toutes les classes sociales, un des plus redoutables périls qui nous menacent, et contribuera à résoudre quelques-uns des plus grands problèmes de notre temps.

Je m'adresse aux congrégations religieuses qui ont pour but l'enseignement et l'éducation des jeunes filles et qui donnent des preuves si éclatantes de leur intelligence et de leur dévouement. Je les supplie de fonder des écoles ménagères, ou du moins de faire des classes ménagères, une ou deux fois par semaine. Je les supplie de bien comprendre que. en dehors de cette réforme nécessaire de l'enseignement, tous leurs efforts pour la classe ouvrière n'aboutiront à aucun résultat sé-

résultats de cinq années d'expériences. — On s'étonne de ces chiffres de 0 fr. 2'.\ par tête ou de 1 fr. 50 pour six : mais le père de cette famille qui gagne i fr. et même i fr. 50 par j >ur ne peut consacrer cette somme de 1 fr. 50 à chacun des deox principaux repas, car que lui resterait-il pour le logement., les vêtements; etc.. ?

rieux ; que la mauvaise tenue des ménages, les désordres de tout genre, les progrés de l'alcoolisme, les désastres et les ruines qui en sont les conséquences fatales, ne pourront que se multiplier. J'adresse la même prière aux maîtresses des écoles libres et municipales ; elles aussi sont intelligentes et dévouées. Les maîtresses des écoles libres peuvent à leur gré changer les heures des classes, et consacrer plus de temps à cette instruction pratique. Le mouvement de l'opinion publique, qu'il faut absolument créer dans ce sens, obtiendra cette liberté aux maîtresses des écoles municipales.

Mais il importe de ne pas oublier que la direction des écoles ménagères offre des difficultés, qu'elle exige une instruction, une formation spéciales et un grand sens pratique. Il faut donc que les congrégations religieuses et les écoles normales préparent les maîtresses de ces écoles.

Je m'adresse à tous les hommes influents, aux grands industriels, à toutes les femmes charitables qui, par leur fortune et leur situation, ont une influence sur la direction des classes ouvrières et dans toutes les œuvres de charité. Je leur demande de travailler à réaliser cette indispensable réforme. l)éjà quelques-uns des grands industriels de cette région ont fondé, ou veulent fonder des écoles ménagères. Que leur exemple soit suivi, et que le terrible fléau de la mauvaise tenue des ménages recule enfin devant les efforts réunis de tous ceux qui ont à cœur l'avenir des classes ouvrières et le salut de nos sociétés!

Un grand et puissant moyen de combattre ce fléau est d'établir des associations de mères de famille, de mères chrétiennes dans les classes populaires, et aussi des associations de jeunes filles. Ces associations touchent le cœur des mères. Des exhortations et des conseils très pratiques leur sont donnés. Elles s'unissent volontiers afin de prier avec plus de ferveur et de puissance pour leurs entants. On peut encore ajouter à ces avantages spirituels et moraux les avantages de la mutualité.

Ces réunions leur font mieux connaître et mieux apprécier leurs devoirs, les mérites et la grandeur de leur mission. Elles reviennent plus fortes, plus patientes, plus douces et plus dévouées au foyer de la famille. Elles reprennent avec un courage renouvelé leur tache souvent si douloureuse.

Les patrons doivent user de toute leur influence pour combattre ce troisième fléau. Leurs femmes et leurs filles doivent former et diriger des comités destinés à fonder ou à développer les écoles ménagères, les associations de mères chrétiennes, de mères de famille, des patronages de jeunes ouvrières. Les visites que font quelques-unes d'entre elles aux ouvriers, aux femmes et aux enfants malades, les témoignages de leur affection et de leur dévouement peuvent avoir une admirable puissance. Quelle magnifique mission à accomplir ! Quels résultats heureux elle a obtenus partout où elle a été entreprise ! Pourquoi n'est-elle pas accomplie par tous les patrons et par leur famille?

Le clergé a ici encore de grands devoirs à rem-

plir. C'est à lui surtout qu'il appartient d'enseigner et de rappeler aux femmes et aux jeunes filles des ouvriers leurs devoirs essentiels, d'établir ces associations qui maintiennent les pratiques de la foi et de la vie chrétienne et qui contribuent à rétablir la vie de famille. C'est au clergé qu'il appartient de fonder, avec le concours des chrétiens généreux et des congrégations religieuses enseignantes, des écoles ménagères. Un grand nombre de prêtres qui consacrent leur zèle et leur ministère aux classes ouvrières sont convaincus que ce troisième fléau est plus redoutable encore que les autres et s'efforcent de le combattre.

Mais on dira : Les femmes ne sont pas absorbées pendant la journée entière par les soins de leur ménage ; pendant que le mari est à l'usine, que les enfants sont à l'asile ou à la salle d'école, que fera la mère de famille après avoir mis en ordre son petit logement et donné à la préparation de la nourriture, au soin du linge et des vêtements, le temps qu'ils réclament ? D'autre part, le travail des femmes hors de chez elles est une source de désordre, il est la négation des devoirs de la mère de famille. Ce travail ajoute, sans doute, une ressource au salaire,, souvent bien restreint, du père et du mari, mais, dans certaines régions, ce travail est préféré à celui des hommes, il tend à le remplacer peu à peu, de telle sorte que les hommes sont menacés de rester inoccupés et, par conséquent, sans salaire. Je ne puis songer à traiter, en ce moment, de si graves problèmes, mais je tiens à dire que la solution la plus heureuse à tous égards et la

plus complète serait de donner aux femmes et surtout aux femmes mariées, un travail qu'elles accompliraient à domicile, qui leur permettrait d'être. fidèles aux soins de leur ménage et qui serait sufïîsamment rémunérateur pour ajouter aux ressources de la famille (1).

M. Gladstone a dit que celui qui trouverait le moyen de retenir les femmes au foyer domestique en leur procurant une occupation lucrative serait un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité. La solution de ce problème est-elle impossible ? Il est des régions de la France où dans les villes, les bourgs et les villages, les femmes et les jeunes filles s'occupent, en dehors du temps consacré aux soins du ménage, à coudre des gants, à filer la soie, etc. Dans certaines parties de la Lorraine, la confection des broderies et des dentelles, quoique beaucoup moins importante et moins rétribuée qu'autrefois, fournit encore quelques ressources. Dans ces conditions et sans travailler toute la journée, ces travaux peuvent donner 0 fr. GO, 0 fr. 80 ou 1 franc de gain par jour. Mais les grands magasins imposent, pour la couture du linge, pour certaines broderies, de telles conditions qu'une femme et une jeune fille habiles et actives et travaillant toute la journée, arrivent à peine à gagner 0 fr. 30

l l'Office central des Œuvres de bienfaisance, fondé par M. L. Lefébure, compte, parmi les œuvres qu'il a créées el

qu'il soutient, l'Œuvre du travail à domicile pour les mère* de famille, qui mérite tous les encouragements et tous les concours, et qu'il faudrait établir dans nos centres ouvriers.

<ou 0 fr. 40, et encore elles doivent fournir le fil. N'y a-t-il pas là une situation profondément regrettable qu'il faudrait modifier par des moyens prompts >et efficaces (1.) ?

Les femmes des patrons de nos usines, d'autres femmes charitables et dévouées, les associations des dames de charité et des mères chrétiennes de la classe élevée ne pourraient-elles pas s'entendre pour procurer du travail aux femmes des ouvriers ? J\Te pourraient-elles pas, comme cela s'est fait à Mulhouse, traiter avec les fabriques de tuile et de tissage, et, après avoir elles-mêmes découpé les pièces pour en faire du linge et des vêtements, confier aux femmes des ouvriers le travail de couture qu'elles surveilleraient et qu'elles dirigeraient, et enfin trouver des maisons de commerce qui accepteraient de mettre en vente ce linge et ces vêtements? (2).

Je m'étonne que cette question du travail des femmes à domicile n'ait pas attiré d'une façon toute spéciale l'attention des hommes et des congrès qui s'occupent des questions ouvrières. Il faut le dire encore : réformer la vie de l'ouvrier, apprendre -à la femme à se consacrer aux soins du ménage, arracher l'ouvrier au cabaret, l'habituer à l'épargne, et avant tout rétablir la vie de famille en la

(1) L'expérience démontre que le travail de la broderie et -des objets de luxe inspire le goût du luxe et détermine les femmes et les jeunes filles qui s'y adonnent à abandonner les .travaux des champs et du ménage.

2 Une oeuvre de ce genre vient d'être fondée à Nancy.

'loW TROIS FLÉAUX

rendant chrétienne, voilà le premier, le plus grand et le plus puissant remède contre les maux de la classe ouvrière.

J'invoque en terminant la haute, magnifique et divine leçon que l'Esprit Saint donne aux femmes de toutes les conditions sociales, dans ce portrait de la femme forte :

« Qui trouvera la femme forte ? elle est plus précieuse que tous les trésors apportés des extrémités du monde.

(( Le cœur de son époux met en elle sa confiance ; et il ne manquera pas de ressources.

(( Elle lui rendra le bien et non le mal tous les jours de sa vie.

« Elle a cherché la laine et le lin, et elle a travaillé de ses mains sages et industrieuses.

« Elle est comme le vaisseau du négociant, qui apporte son pain de loin.

« Elle s'est levée pendant la nuit et elle a distribué leur part de nourriture à ses serviteurs et à ses servantes.

« Elle a considéré un champ et elle l'a acheté ; elle a planté une vigne du fruit de ses mains.

(( Elle a ceint ses reins de force et elle a affermi son bras.

« Elle en a fait l'expérience et elle a vu que son travail est bien. Sa lampe ne s'éteindra pas pendant la nuit.

«Elle a mis sa main à des choses fortes et grandes, et ses doigts ont tenu le fuseau.

(( Elle a ouvert sa main à l'indigent ; elle a étendu ses bras vers le pauvre.

<( Elle ne craindra pas pour sa maison le froid ou la neige, parce que tous ses serviteurs ont un double vêtement.

a Elle a fait de riches tapisseries, et elle est revêtue de pourpre et de lin.

« Son mari sera illustre dans les assemblées. quand il sera assis au milieu des sénateurs de la terre.

u Elle a fait des étoffes très fines et elle les a vendues ; elle a cédé une ceinture au marchand.

u Elle est revêtue de force et de beauté et elle aura de la joie dans ses derniers jours.

(( Elle a ouvert sa bouche à la sagesse et la loi de clémence est sur ses lèvres.

a Elle a considéré les sentiers de sa maison et n'a point mangé son pain dans l'oisiveté.

(( Ses enfants se sont levés et l'ont proclamée bienheureuse ; son mari s'est levé et a dit ses louai) s

a Beaucoup de filles ont amassé des riche--'--, mais vous les avez toutes surpassé s

« La grâce est trompeuse et la beauté est vaine ; la femme qui craint le Seigneur est celle qui sera louée.

(( Donnez-lui du fruit de ses mains, et que ses propres œuvres la louent dans l'assemblée des juges (1). »

(lj Prov., xxi, 10 et sq.

J'ai fini, j'ai touché à bien des questions. Je l'ai fait avec une indépendance complète et sous l'inspiration de convictions profondes. Je ne me dissimule pas que la lutte contre le triple fléau que j'ai dénoncé sera longue et difficile, qu'elle exigera desefforts énergiques et une invincible persévérance. Mais cette lutte s'impose comme un grand devoir à tous ceux qui s'intéressent à la classe ouvrière et à l'avenir de notre pays. Il faut unir dans cette lutte tous les moyens, toutes les forces, toutes les influences, toutes les intelligences et tous les cœurs. Il faut multiplier les démonstrations, faire appel aux intérêts les plus élevés et aux plus nobles sentiments, invoquer le respect de soi-même, la responsabilité morale, l'amour de la familleet de la patrie. Il faut unir la science à la religion,, l'autorité des lois de l'Etat aux revendications dela presse et au mouvement de l'opinion publique, les efforts des patrons et la bonne volonté desouvriers à l'action du clergé et de tous les hommes de cœur. Il faut que tous nous marchions à cette grande croisade, pacifique, bienfaisante,, nécessaire, pour Dieu, pour le peuple et pour la France.

APPENDICE

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