‹ Trois fléaux de la classe ouvrièreChapitre 8 sur 24 · FABRICANTS DE PAPIER · texte numérisé non relu

FABRICANTS DE PAPIER

« Pendant quarante ans que j'ai été à notre fabrique de papier, nous n'avons jamais fait travailler le dimanche que pour les réparations urgentes. La seule cause qui fasse fabriquer du papier le dimanche, c'est l'amour du gain. En laissant ce jour à l'ouvrier, il est plus gai et mieux disposé pour 15 travail pendant la semaine ; cela est aussi plus avantageux pour sa vie de famille. Les patrons qui comprennent bien leurs intérêts payent leuis ouvriers convenablement, pour qu'ils puissent vivre le dimanche sans travailler ; de cette manière, ils se les attachent, et les ouvriers leur font plus d'ouvrage et de meilleur ouvrage que si on les

oblige au travail du dimanche. Ceux qui, en France, ne font pas travailler dans leurs papeteries le dimanche assurent qu'ils s'en trouvent mieux que s'ils le faisaient. »

« G. -M. Lambelet. ancien directeur de la fabrique de papier de Serrières, près y eu f chu tel (Suisse). »

« En Alsace, les papeteries ne travaillent pas le dimanche. Notre usine marche mieux et produit plus depuis que nous l'arrêtons le dimanche. Les papeteries anglaises et écossaises chôment aussi le dimanche et gagnent plus d'argent que certaines papeteries françaises qui s'obstinent à continuer le travail du dimanche. »

« Zlber, Rieder et Cie, papetiers à Vile JSapoléon, près Mulhouse {Alsace) (1). »

Mais voici, sur les résultats du repos du dimanche dans les laminoirs à fer. une déclaration de la plus haute importance. Elle a été faite au Congrès de Paris par M. Alexandre Sépulchre, directeur général de la Société métallurgique de Vezin-Aulnoye, à Maubeuge (Nord).

(( Depuis de longues années, j'appartiens à la direction d'une société qui possède dans le Nord des hauts fournaux et des laminoirs. Les laminoirs occupent 1,500 ouvriers . Lorsque nous avons

l Ces déclarations sont empruntées à ['excellente brochure de M. Fénelon Ginon, intitulée: /.'/ Croisade <ln dimanche.

commencé à fabriquer le fer, il y a de cela vingttrois ans, nous avons suivi l'usage général du pays, qui était de travailler au laminoir deux se maines consécutivement. On arrêtait pendant 36 heures une fois tous les lo jours seulement. Ce système était extrêmement ruineux pour la santé de tous, et nous trouvions aussi de grands inconvénients pour le bon entretien des appareils, et des fours à puddler en particulier. La seconde semaine était bien moins bonne que la première, on faisait moins de travail et le travail était moins bien fait.

(( Au bout de trois ans, nous avons cherché à améliorer cette situation : nous avons essayé l'arrêt du dimanche matin jusqu'au lundi matin : cela faisait 12 heures de plus d'arrêt par quinzaine. Chose singulière, la production n'a pas sensiblement diminué, à cause d'une moindre fatigue chez l'ouvrier et du meilleur entretien des fours.

« Nos semaines de travail se composaient de 6 jours pour les ouvriers de jour, et de 6 nuits pour les ouvriers de nuit ; mais évidemment le travail de nuit est plus fatigant que celui de jour.

« Voulant pousser l'expérience plus loin et diminuer le travail des ouvriers de nuit, nous avons supprimé le travail de nuit du samedi au dimanche, de telle sorte que les semaines se sont composées, pour les ouvriers de jour, de 6 journées de 12 heures, et pour ceux de nuit de o nuits de 12 heures : les uns alternant avec les autres d'une semaine à l'autre.

« Évidemment, c'était un système bien meilleur

pour l'ouvrier au point de vue physique et au point de vue moral, car, en arrêtant le samedi soir, l'ouvrier pouvait se reposer dans la nuit du samedi au dimanche et était libre tout le dimanche. Nous avons de nouveau constaté que, malgré cet arrêt de 12 heures par semaine de plus, la production est restée très sensiblement la même; la diminution est extrêmement petite, de telle sorte que les ouvriers ont toujours touché à peu près le même salaire, à une différence insignifiante près, et cela en jouissant de beaucoup plus de repos. Il y a quinze ans environ que nous pratiquons ce système, et nous n'avons qu'à nous en louer (1). »

«Il est de fait, a déclaré un autre rapporteur, dans l'une des séances du même congrès, que pour obtenir de fortes productions et pour travailler avec peu de déchet, tout en ne faisant qu'une faible consommation de combustible, il faut que rien ne fasse défaut dans l'allure des fours. Un four à puddler peut-il rester en bonne allure pendant 25 fois 12 heures de marche ? Non certainement. La chose serait admissible pour les fours à réchauffer les paquets, mais les deux doivent fonctionner concurremment, et, par suite, l'arrêt de l'un entraine l'arrêt de l'autre.

« Les ouvriers puddleurs avancent, du reste, la détérioration de leur four en n'en réglant pas convenablement la marche. Des fautes commises dans la conduite du feu, ou le manque d'activité dans

1 Cfr. Congrès de Pans. 1889, p. 152-153.

le travail amènent promptement l'engorgement de certaines parties du four, en même temps que l'usure des parois en d'autres points. Ce fait est bien connu des chefs de fabrication, tous savent que certains puddleurs de choix soignent la conduite du feu et l'ensemble du travail de telle façon que les parois de leur four ne subissent qu'une usure régulière, et conséquemment plus lente, tandis que beaucoup, par leur négligence, en amènent la détérioration rapide.

« Or, c'est un fait que dans les usines les mieux organisées, il est peu de fours qui, après une semaine de marche, n'aient déjà besoin de quelques réparations.

« Qu'advient-il de ces fours si. ces réparations n'étant pas faites, ils doivent fonctionner encore pendant une semaine ? Personne ne contestera qu'alors la production ne diminue progressivement et que le déchet et la consommation du charbon augmenteront.

« Voilà pour les fours, mais que dire des ouvriers? Il suffit de peu de chose pour amener du ralentissement dans l'activité de l'ouvrier puddleur et du relâchement dans les soins qu'il doit apporter à son travail, et tout relâchement de ce coté amène une baisse rapide dans la production du four. L'excès de fatigue amène toujours ce résultat. On sait que- l'élévation de la température en été influe fâcheusement sur la production ; on sait aussi que tout puddleur qui ne prend pas suffisamment de repos pendant les douze heures dont il dispose chaque jour, ne peut, toutes choses égales.

donner le même rendement que ceux qui arrivent tout reposés à l'usine. Le puddleur qui prolonge ses soirées au cabaret se trouve, le lendemain, dans des conditions d'infériorité. Aussi tout bon chef de fabrication doit-il connaître ses ouvriers et éviter ceux dont la conduite est irrégulière, même en dehors de l'usine. Car toute cause de trouble se traduira par un déficit dans le travail produit.

(( Comment alors, dans un des métiers les plus pénibles, vouloir prétendre à de fortes productions avec des ouvriers privés du repos hebdomadaire, et réduits ainsi à ne pouvoir donner un instant à leurs devoirs et affaires domestiques ? Ce serait le contre-pied du principe économique « que, pour obtenir du travailleur le plus d'effet possible, il faut le mettre dans les conditions matérielles et morales les plus favorables possibles ».

a En ce qui concerne l'ouvrier, ce que nous disons du puddlage s'applique également au réchauffage et au laminage.

« Considérons comme démontré que, toutes choses égales, la production pour douze heures sera plus forte si l'on arrête le samedi soir pour reprendre le travail le lundi matin, se contentant, par quinzaine, de 22 postes de travail, qu'elle ne le serait dans l'hypothèse de 25 postes. C'est 39 fr. 80 par poste dans le premier cas, et 18 fr. 70 dans le second ; différence : 21 fr. 10. Cette somme répartie sur une production de 50,000 kilogrammes de fer fini, production en rapport avec le nombre de fours que nous avons supposés, laisse un surcroit de frais de 0 fr. 42 par 1,000 kilos. Or

ces 0 fr. 4.2 ne représentent pas un tiers pour 100 de la valeur actuelle de la tonne de fer. C'est une fraction minime, en comparaison des avantages que nous avons signalés: remarquons qu'il suffirait d'atténuer les déchets aux fours dans la mesure d'un tiers pour 100 pour niveler la différence.

« Si le maître de forges ne perd pas sensiblement de sa production en suspendant le travail régulièrement depuis le samedi soir jusqu'au lundi matin, il en est de même pour l'ouvrier quant à son salaire. En effet, le salaire de l'ouvrier de forge est, en général, proportionné au tonnage produit ; or, la production dans le cas de chômage régulier le dimanche équivalant sensiblement, comme nous l'avons établi, à la production dans le cas de 25 postes consécutifs, on arrive à ce résultat : que l'ouvrier touche, à très peu de chose près, le même salaire pour 22 journées de travail que, dans l'autre hypothèse, pour 2d. L'avantage de l'ouvrier consiste donc en 3 journées par mois à consacrer à son repos, à ses devoirs religieux, à sa famille, sans que le salaire en éprouve un déficit sérieux. Il en résulte, de sa part, un grand attachement aux usines qui chôment le dimanche, et c'est pour elles un privilège dont les résultats matériels sont considérables (1). ))

M. Julin, chef de division à l'Office du travail belge, s'exprimait ainsi, au congrès de Bruxelles, en 1897 : a Une seule fabrique s'est affranchie du

[ Cfr. Congrès de Paris, 1889. Rapport Morel, p. 163. 104, 165. I66,passim.

fL')

travail régulier de la production du dimanche par la suppression du poste de nuit du samedi ; par là elle a permis l'exécution, le samedi, de six heures du soir à minuit, de la très grande majorité des travaux de réparation qui. dans les autres usines, s'effectuent tous les dimanches pendant la journée.

(( L'honorable directeur de cette importante usine m'a écrit, au sujet du repos dominical dans son industrie, une lettre intéressante, de laquelle j'extrais les passages suivants :

a Pour les fabriques de fer, la suppression du travail du dimanche a toujours été regardée par nous comme avantageuse, malgré les frais importants qu'entraîne le rallumage de tous les fours et foyers .

«Certaines usines contestent parfois l'utilité du repos hebdomadaire. On a fait travailler tous les fours de certains établissements 29 et même 30 jours par mois. Ce système éreinte les hommes tant au moral qu'au physique, et ne peut produire sur l'état de la population ouvrière que les résultats les plus défavorables.

(( Les réparations des fours sont fort utiles au bout de huit jours et permettent aux ouvriers de compenser, sinon totalement, au moins en très grande partie, la réduction de production qui résulte du chômage du dimanche. Un travail de plus de 15 jours, sans réparations, donne lieu à des inconvénients sérieux provenant du mauvais état des fours, et produit toujours des résultats défavorables.

LA VIOLATION DE LA LOI DL" DIMANCHE i3

c II est certain, d'ailleurs, que le travail du dimanche exige une surveillance plus attentive. Il est le plus souvent impossible d'obtenir des ouvriers le travail normal qu'on en obtient régulièrement pendant la semaine. Ils sont tentés d'apporter avec eux des boissons diverses qui, rapide ment, font diminuer le rendement et la qualité du travail.

« Lorsque les habitants d'une usine habitent cinq ou six communes environnantes, il importe encore de chômer le dimanche, afin de respecter les convenances et les usages des nombreuses populations clans lesquelles se recrute le personnel de rétablissement.

« Nous croyons donc qu'il y a avantage à n'appeler au travail du dimanche que les ouvriers strictement nécessaires aux réparations indispensables pour mettre les fours et les appareils en état de rendre régulière la reprise du travail le lundi matin.

« La remise en bon état des fours est, comme nous l'avons dit, favorable au travail.

a La production plus forte qui en résulte est favorable à l'ouvrier, dont le salaire est proportionné au poids produit ; favorable aussi à l'industriel, qui, par une fabrication plus importante et plus soignée, parvient à compenser en grande partie les frais de la réparation, main d'oeuvre, briques réfractaires, matières diverses et charbon consommés pour le rallumage des fours.

(( Une expérience fort longue nous a amené à être partisan convaincu de l'utilité absolue, de la nécessité du repos dominical. »

(( J'ai cru que je ne pouvais mieux terminer mon court exposé qu'en vous citant ces paroles si décisives d'un industriel en faveur du repos dominical (1). »

« On a dit qu'il faut défendre les intérêts des ouvriers qui ne veulent pas travailler le dimanche et on a eu raison, dit un autre membre du congrès. Mais ce sont les contremaîtres qui sont les plus intéressés à faire travailler les dimanches, et ce, parce qu'ils reçoivent un haut salaire le dimanche sans se donner grande peine. L'intérêt personnel les guide. Le congrès devrait émettre un vœu à l'adresse des contremaîtres plutôt qu'aux patrons, les engageant à ne pas employer leurs ouvriers le dimanche, soit pour faire des réparations, soit sous tout autre prétexte. »

Plusieurs membres du congrès insistent sur le devoir rigoureux des patrons de faire cesser un pareil abus. M. de Nordling, vice-président du comité central de la ligue populaire pour le repos du dimanche en France, propose de supprimer, le dimanche, la haute paye des ouvriers etdes contremaîtres.

Les ouvriers occupés à la production des fers, fontes et aciers dans le département de Meurtheet-Moselle dépassent le chiffre de 18,000, sans compter les ouvriers mineurs ; et cette industrie prend dans cette région les développements les plus considérables.

(i) Rapport de M. J il lin, chef de division à L'Office du tra vail, Congres international de Bruxelles, 1897.

LA VIOLATION DE LA LOI DU DIMANCHE i.j

Ces chiffres démontrent avec éclat ce qu'est dans ce pays la question de la liberté et du repos du dimanche et quelle responsabilité elle fait peser sur les patrons, les administrateurs, les directeur» et les actionnaires.

La même question se pose pour un nombre moins considérable mais très important encore d'ouvriers, dans les usines où se fabriquent le verre et les glaces. Dans cette industrie, le travail est aussi pénible, souvent même plus pénible que dans les usines de fer, de fonte ou d'acier. Le plus grand nombre des ouvriers travaille devant des fours enflammés, devant une lave incandescente dont l'ardeur et l'éclat fatiguent les yeux et éprouvent les santés. L'été, la chaleur est écrasante ; l'hiver. les ouvriers sortent d'une atmosphère embrasée pour trouver, en dehors des usines, un froid intense de 10, 15, et même 20 degrés. Or. ce travail si pénible, si dangereux au bout de quelques années, ils sont condamnés, dans certaines fabriques de glaces, à l'accomplir de midi à minuit et de minuit à midi, dans les conditions les plus défavorables, divisant ainsi la nuit en deux parties et rendant le repos et le sommeil plus difficiles et moins réparateurs.

Or, qui le croirait, dans notre pays de France, à la fin du dix-neuvième siècle, le très grand nombre des ouvriers des fabriques de glaces, accablés par un pareil labeur, n'ont dans toute l'année aucun jour de repos, ni le dimanche, ni le jour de Pâques, ni le jour de Noël, de telle sorte qu'un ou-

vrier qui veut assister à la première communion d'un de ses enfants doit se faire remplacer en payant un autre ouvrier ? Et les hommes qui dirigent ces sociétés, qui exploitent ainsi les forces et la vie de ces malheureux prétendent être des libéraux, d'honnêtes gens, des chrétiens, des catholiques ! Sans doute, ils sont membres de sociétés de bienfaisance et de charité ; ils donnent leur offrande, peut-être plus encore, à la Société antiesclavagiste. Allons donc ! ne parlez plus des négriers et des trafiquants d'esclaves de l'Afrique et délivrez les esclaves de France que vous courbez sous la plus inique et la plus déshonorante servitude I

Dans cette industrie, évidemment, comme dans

celles du fer et de l'acier, les fourneaux et les feux

peuvent être entretenus, le dimanche, par des

mades ou équipes d'ouvriers qui se succèdent

après quelques heures.

Tandis que certains prétendus catholiques se montrent si impitoyables à l'égard de leurs ouvriers et leur refusent, avec le repos nécessaire à leur santé et à leur vie, la liberté nécessaire à leurs relations de famille et à l'accomplissement des devoirs que la religion leur impose, nous voyons, non loin de ces usines, des industriels qui ne sont pas catholiques, dont quelques-uns passent même

l Depuis la première édition de.ce livre-, la Société dé Saint-Gobain a supprimé presque complètement le travail du dimanche dans ses établissements <!<■ France et de Belgique. Je suis heureux de lui rendre témoignage.

pour hostiles à nos croyances, accorder à leurs ouvriers, dans des industries qui prospèrent, le repos complet de tous les dimanches.

Ici encore, je vais citer des témoignages qui démontrent jusqu'à l'évidence que, dans l'industrie de la verrerie, la mauvaise volonté et l'obstination sont les seules causes de la violation de la loi du dimanche.

« Généralement, dit M. Aimable Louvet. maître de verreries à Ghénée (Belgique), généralement on travaille le dimanche dans l'industrie de la verrerie et de la cristallerie. En ce qui nous concerne, nous cessons tout travail ce jour-là, sauf l'entretien ôe> feux, de sorte que notre consommation de charbon et nos frais généraux sont les mêmes que les jours de travail.

« Nous sommes heureux physiquement et moralement, de nous reposer le dimanche. L'union et la moralité existent dans le- ménages de nos ouvrier-. Nous avons commencé notre industrie sans aucune fortune, et, aujourd'hui, nous sommes propriétaires de notre usine et. matériellement parlant, aussi pin-pères que ceux qui croient devoir travailler le dimanche. Dans les temps de crise, nous avons même toujours pu occuper tout notre personnel qui est ordinairement de deux cents ouvriers l li. »

M. Jules Lefebvre. industriel à Charleroi Belgique, après avoir cité au congrès de Bruxelles ce

1 V. Congrès international du repos du dimanche tenu à Britxelles, 1897, p. 06, 67.

témoignage de M. Louvet, poursuivait en ces termes :

« Sans parler de l'Amérique et de l'Angleterre, où le repos du dimanche est assuré et strictement appliqué, il est d'autres pays où ce repos est observé partiellement.

a. . .En Norvège, le travail du dimanche est interdit d'une façon absolue, de six heures du matin à dix heures du soir. La verrerie de Draumen, à 50 kilomètres de Christiania, se conforme rigoureusement à la loi.

«... En Allemagne, une verrerie, près de Sarrebrûck, a supprimé le soufflage du verre à vitres, le dimanche, depuis environ une année. Dans le principe, le travail était suspendu depuis six heures du matin jusqu'à deux heures de l'après-midi. Mais, depuis le commencement de l'année dernière, la suppression a eu lieu de six heures du matin à dix heures du soir, comme en Norvège. »

«M. Utermann,à Aimen(Westphalie), a appliqué la même mesure dans son usine.

a Une troisième verrerie suspend le travail du dimanche : c'est celle de Bielefield, également en Westphalie.

« Bielefield est une ville de 40,000 habitants où tous les établissements industriels chôment le dimanche... Seule, la verrerie continuait à travailler sans interruption. Or, beaucoup de ses ouvriers abandonnaient leur métier pour chercher de l'ouvrage dans d'autres industries, où ils étaient moins payés, mais où ils avaient la certitude de jouir du repos du dimanche... Cette situation a occasionné

tant d'ennuis à la direction que celle-ci se vit forcée de se mettre en règle avec la loi.

(( En Suisse, dans la verrerie de Monthey, on ne travaille pas le dimanche... On se contente d'y entretenir les feux du four de fusion avec deux hommes alternant jusqu'à la mise en fonte des matières pour le travail du lundi. Actuellement, les ouvriers cessent la journée du samedi à six heures du soir, et le lundi, comme les autres jours de la semaine, le travail reprend à sept heures du matin...

a... Le repos du dimanche est pratiqué à Baccarat ; il ne reste à l'atelier que les hommes chargés de l'entretien des feux.

(.( Cette pratique est très ancienne, déclare la direction de la Compagnie des cristalleries de Baccarat, et tellement dans les habitudes que nous ne saurions faire de comparaison avec un état différent ; mais elle est certainement excellente tant au point de vue matériel qu'au point de vue moral. On y perd, pour le travail des verriers, une journée de combustible brûlé en pure perte ; mais il faut tenir compte que le repos que les ouvriers ne prendraient pas ainsi en masse, ils devraient le prendre en détail, ce qui désorganiserait les équipes d'une façon très nuisible à la production. Le repos du dimanche n'exige pas autre chose que l'entretien des feux en l'absence des ouvriers.

« Il y a quelques années, nos ouvriers travail laient douze heures par jour. Contre leur gré, nous avons réduit à dix heures la présence à l'atelier. Le travail est devenu plus intense, et leur gain

final, par conséquent la production de l'usine, ne s'en sont pas ressentis.

« Il leur reste le profit de passer une soirée plus longue dans leur famille (1). »

« Nous avons tait, dit encore M. Lefebvre, au cours d'une discussion dans le même congrès de Bruxelles, nous avons fait une enquête sur la situation lamentable, au point de vue moral, des ouvriers de l'industrie verrière, et si nous réclamons le repos dominical, c'est que nous avons l'intime conviction qu'il y remédierait considérablement. Nos ouvriers se dégradent de plus en plus ; ils marchent à une véritable ruine morale. Si on leur garantissait le repos du dimanche, ils ne seraient pas si portés à s'amuser les autres jours (2). »

Et M. Gambini, président de la Société suisse pour V observation du dimanche, ajoutait :

« Quand nous avons commencé, en Suisse, à étudier la question du repos dominical pour les chemins de fer, les administrations nous ont parlé comme on vient de vous parler de l'industrie verrière (3). Le repos dominical allait ruiner les coin ' pagnies de chemins de fer ! Cependant nous sommes arrivés à obtenir cinquante-deux jours de repos, dont dix-sept dimanches, pour tous les employés des chemins de fer. Il n'est pas admissible

i v. Congrès international du repos du dimanche tenu

à Bruxelles, 1897. Rapport de M. Lefebvre, p. (57, 68, 69, possim.

1 Y. Congre* international dit repos du dimanche tenu il Bruxelles, 18i»7. Séance du 7 juillet, p. ii!>.

3 M. Fourcault avait soutenu l'impossibilité du repos dominical dans les verreries.

qu'une grande industrie comme la verrerie échappe totalement à loi morale du repos dominical. Là, pas plus qu'ailleurs, l'ouvrier nVst une machine ! 11 convient d'étudier sérieusement la question. Quand on veut, on peut (1). »

Une classe très intéressante de nos populations est celle des employés de commerce. Leur nombre est considérable ; leur vie, quoi qu'en disent quelques-uns de leurs patrons, est très pénible. Us passent au moins dix heures par jour dans des magasins où l'air n'est pas toujours complètement pur. Ils restent pendant dix heures debout, obligés à des efforts constants de l'intelligence et de la volonté pour répondre aux clients, choisir et exposer les objets à vendre et satisfaire toutes les exigences. Pour ces employés, hommes et femmes, jeunes gens et jeunes filles, le repos du dimanche est absolument nécessaire.

Le docteur Hœgler, dont j'ai cité déjà les très remarquables conférences, après avoir indiqué les maladies auxquelles sont exposées les couturières et les brodeuses, poursuit en ces termes : « Ces réflexions concernent aussi les ouvriers qui travaillent debout, toujours à la même place: tisserands, menuisiers, lessiveuses, repasseuses. (Nous pouvons ajouter les employés de commerce.) L'effet même de se tenir debout exige de certains muscles un effort continuel, et si ces muscles se relâchent.

I V. Congrès international du repos du dimanche à Bruxelles, 1897. Séance du 7 juillet, p. 450.

tenu

ce qui est le cas dans certains évanouissements, le corps entier s'affaisse. En outre, le défaut de circulation du sang dans les extrémités inférieures a pour résultat des gonflements des veines et des varices. Dans bien des cas, il serait facile d'éviter ces désordres en interrompant par moment ce travail, et surtout en profitant du dimanche. »

En Suisse, où il est question, dans certains cantons, de nouvelles lois sur le repos du dimanche, de nombreuses pétitions sont adressées aux pouvoirs publics par des commerçants et des ouvriers. Citons celle des commerçants en épicerie et celle des boulangers de Genève (1).

Page 1