CE OWE LE MO^?DK APPELLE VH BEAU MARIAGE
Lorsque son père ne fut plus auprès d'elle, Léonie reprit ses réflexion-' pendant quelque temps ; puis, sautant en bas de sa causb'ase, elle s'approcha de sa glace et se regarda.
— C'eût été malheureux do détruire cela, so dit-elle en souriant à sa beauté, et je remercie Dieu d'avoir mis M. de la Marche sur mon chemin.
» C'est uu homme extraordinaire que cet homme. Quel regard, quelle force, quelle éncrf,'ie dans la volonté ! Voilà un caractère dans le genre du mien. Si j'allais Taimer !
» Ce serait encore ce qui pourrait m'arriver de plus heureux, et ce ne serait pas étonnant, après tout.
Léonie sonna.
Honorine parut,
— Vous avt'z-vu M. G...? lui dit mademoiselle de Thonncrins.
— Oui, mademoiselle.
— Vous lui avez dit?...
— Ce que mademoiselle m'avait chargée de lui dire.
— Que nous devions cesser de nous voir?
— Oui, mademoiselle.
— Et il vous a donné?...
— Un petit paquet que voici.
Ce paquet contenait cinq ou six lettres.
— Le compte y est, fit Léonie, et elle brûla ces papiers h l'une des bougies.
— Voilà tout ce qu'il a dit? continua-t-elle.
— Il a ajouté qu'il partirait ce soir.
— Puis?
— Puis, il a pleuré.
— De vraies larmes?
— Oui, mademoiselle.
— Après-demain, mon père et moi, nous partons. Vous pourrez retourner dans votre pays, comme vous avez paru le désirer souvent.
Le notaire de mon père vous remettra vingt vnille francs, qui vous serviront de dot quand vous épouserez Georges, qui est libre de quitter l'hôtel à partir de demain, et auquel M. le comte de la Marche, que j'épouse, remettra aussi une somme de vingt mille francs pour le remercier de son zèle pendant qu'il était à son service. Est-ce là ce que vous désirez?
— C'est plus que je n'ambitionnais, mademoiselle.
— Alors, laissez-moi, je me déshabillerai toute seule, et rappelez-vous cette maxime arabe : La parole est d'argent, k silence est d'or! Allez.
Honorine baisa la main de sa maîtresse , et disparut en promettant de se taire, et décidée à tenir sa promesse.
Léonie, restée seule, se déshabilla, se mit au lit et lut jusqu'à deux heures du matin.
A ce moment elle s'endormit.
Le lendemain, à dix heures du matin, le marquis demanda sa voiture et se rendit chez le comte.
Celui-ci écrivait quand on annonça M. de Thonnerins.
Le marquis était pâle comme un marbre. Il n'avait pas fermé l'œil de la nuit, nous le savons.
— Voilà un homme qui souffre beaucoup, pensa Frédéric, et se levantj il offrit cérémonieusement un siège au père de Léonie.
— Merci, monsieur, lui répondit le marquis d'une voix grave et d'un air digne, comme s'il eût pris vis-à-vis de luimême l'engagement de n'accepter de l'homme à qui il avait affaire que ce qu'il était forcé d'accepter; merci, monsieur, je resterai debout.
Frédéric s'inclina et resta debout aussi.
— Je vous attendais, monsieur le marquis, dit-il.
— Je crois, monsieur, que nous ne devons échanger que les paroles strictement nécessaires, répliqua M. de Thonnerins; vous me permettrez donc d'être aussi concis que possible; car, puisque vous savez la cause de ma visite, vous devez comprendre combien elle m'est pénible,
— Parlez, monsieur, je vous écoute.
— Vous êtes venu hier me demander la main de ma fille. Vous saviez ce que vous faisiez et à quoi vous vous engagiez en faisant cette demande?
— Oui, monsieur.
— Comme à moi, ma fille vous avait tout dit?
— Oui, monsieur.
— Je vous donne la main de mademoiselle Thonnerins, monsieur.
Le comte s'inclina de nouveau, et un sourire impercepliblc do triomplie ciitr'ouvrit ses Ic'svros.
— Ré;:lons les conditions mainlcnant, roprille marquis. Frédéric releva la lèle coiniiu' pour mieux écouler.
— Ma fdle a deux cent mille livres de rentes qui lui viennent de sa rnjTe, et qui lui serviront de dot quand elle se mariera. Elle est fille unique, j'ai quatre cent mille livres de revenu, et tout me porte à croire que je ne vivrai pas lon;,'temps.
M. de la Marche fut pris de ce sourire nerveux dont sont pris les jeunes joueurs quand ils gagnent un gros coup, et il lui fallut louti; la force de sa volonté pour ne pas se mettre à rire de joie devant le vieillard qui lui parlait.
— Demain, continua le marquis, nous parlons, ma fille et moi, pour notre terre de***, en Dauphinô, terre qui lui appartient, et qui fait partie de sa dot.
» C'est là que h; mariage aura lieu.
» Tout cela vous agrée-t-il, monsieur le comte?
— Parfaitement, monsieur le marquis.
— Le mariage se fera dans un mois. Dans un mois, j'aurai obtenu ce que tout gouvernement doit à mon gendre, une mission de ministre plénipotentiaire, soit à Vieime, soit à Berlin, et vous pourrez partir avec la comtesse le lendemain même de votre mariage,
« Dans un an, vous demanderez un congé; vous recevrez la croix, car vous aurez eu le temps de rendre des services à votre pays ; vous passerez quelques mois dans vos terres, et vous arriverez à la chambre des députés d'abord, à la chambre des pairs ensuite; je vous en donne ma parole d'honneur.
)) Tout est-il bien convenu ainsi?
— Oui, monsieur,
— Dans trois semaines vous nous aurez rejoints en Dauffhiné, car il vous faut bien ce temps pour mettre en régie vos papiers de famille.
— Dans trois semaines, je serai auprès de vouSf monsieiu* le marquis.
— Avec VOS parents, si bon vous semble.
— Je n'ai plus de parents, monsieur.
Le marquis s'inclina pour prendre congé du coirte.
Alors Frédéric lui tendit la main.
M. de Thonnerins eut l'air de ne point voir cette maia étendue vers lui, et après avoir salué de nouveau le comte, il quitta, sans ajouter une parole, la chambre où cet entretien venait d'avoir lieu.
Quand il eut refermé la porte derrière lui, Frédéric resta quelques instants les yeux fixés sur cette porte.
— Six cent mille livres de rentes, dit-il, car le bonhomme ne fera pas de vieux os, la pairie, la croix et une des plus jolies femmes du monde, tout cela pour deux cents louis, tout cela en quarante-huit heures ! Ce n'est ni cher ni long.
Le comte sonna et donna l'ordre qu'on mît les chevaux à la berline de voyage.
Il repartait pour Moncontour.
Comme on le voit, il tenait parole à Blanche.