ÉPILOGUE
Sept mois après la mise en liberté de Robert, la nature, qui ne s'occupe ni des causes ni des effets, accomplissait son œuvre, et Blanche ressentait les premières douleurs de l'enfantement.
Madame Pascal, Félicien et M. Maréchal étaient là.
Robert, l'homme fort, pleurait et n'osait entrer dans la chambre oii souflrait ce qu'il aimait le plus au monde.
Tout à coup, M. Maréchal vint le trouver et lui dit :
— Vous pouvez entrer, mon ami.
— Blanche?
— Est sauvée.
— Et l'enfant vit, mais dans deux heures il sera mort. L'homme n'est pas complet comme Dieu. Robert avait juré
de faire son enfant de cet enfant; mais Dieu, qui connaît la limite des forces humaines, rappelait à lui cette pauvre petite créature, c'est-à-dire une preuve vivante d'un passé douloureux.
Malgré lui Robert remercia Dieu, revint s'agenouiller aux pieds de sa femme, qui, pâle, épuisée, mourante, lui dit tout bas :
— Robert, je suis en danger de mort, loul être qui donne la vie est près de mourir. J'attendais cette heure avec impatience, car à cette heure seulement il m'était permis d'être franche et d'avouer toute la vérité. — Robert, j'ai à te dire un mot qui depuis huit mois emplit mon cœur et m'étouffe. — Robert, je t'aime !
Et Blanche, brisée par la douleur et l'émotion, retomba sans mouvement sur son lit.
— Elle est morte ! s'écria Robert avec terreur.
— Non, fît M. Maréchal en souriant, eUe dort, et dans quinze jours nous irons tous remercier Dieu et entendre le premier prêche de Félicien.
Quinze jours s'écoulèrent, et par une belle journée de dimanche, Robert, Suzanne, madame Pascal, M. Maréchal et Blanche, pâle et appuyée au bras de son mari, se rendirent à la petite église de Moncontour.
Au moment où ils entraient, Pascal montait en chaire, et le sermon de ce jour fut un pieux et chaste développement de cette belle parole du Christ sur la femme égarée :
« Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre.»
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