LA DÉMOCRATIE
En dépit de la voix haute
il salutaire des lois de gradation qui pénètrenl si \ ivemenl toutes choses sur la tei n • i dans le ciel, ilrs efforts insensés furenl faits pour établir une démocratie universelle.
Edgar P
i Colloque entre
,i Una
MIGHELET
ou LA DÉMOCRATIE
Dans une de ses anciennes caricatures, le dessinateur André Gill se montre généreux envers Michèle! : il lui met au bonnet une cocarde tricolore, insigne commun des Français. C'est une largesse du môme goût que vient de faire au même auteur le monde officiel. On nous arrange Michelel en patron de l'histoire et de L'unité nationales. Tous les amis de l'historien acceptent ud an-an gement si avantageux pour son ombre. Mais beaucoup de Français <>m jugé néanmoins le centenaire de cet homme comme une aggravation de la fête du i.'i Juillet. Un évoque s'est plaint, tout lettré philosophe a haussé les épaules.
Il est vrai que l'Etat veille sur Michèle) depuis long temps. Il en fait son affaire et comme sa religion. Outre les quatre cultes reconnus par l'État, en voilà un cinquième de privilégié. Partout <»ù il le peu! sans se
mettre dans l'embarras ni causer de plaintes publiques, l'État introduit les œuvres et l'influence de son docteur; voyez, notamment, dans les écoles primaires, les traités d'histoire de France, les manuels d'instruction civique et morale : ces petits livres ne respirent que les « idée :s » de Michelet. A Sèvres, à Fontenay, les jeunes normaliennes ont Michelet pour aumônier; il est le Fénelon de ces nouveaux Saint-Cyr. Je ne discute point si l'action de l'État est ici constitutionnelle : je me contente de douter que Michelet puisse fournir le service attendu de lui.
L'État part de cette conjecture ingénue que l'auteur de la Bible de l'humanité « émancipe », introduit les jeunes esprits à la liberté de penser. Michelet s'en vante beaucoup. Mais, au son que donnent chez lui ces vanteries, je crois entendre un vieil esclave halluciné prendre ses lourdes chaînes pour le myrte d'Harmodius.
Qui fut plus serf que Michelet? Cette brillante intelligence, préposée aujourd'hui à la direction de tant d'autres, ne se posséda point elle-même.' Il fallait toujours qu'elle pliât sous quelque joug, obéît à quelque aiguillon. Un esprit |>ur et libre se décide par des raisons et, en d'autres mots, par lui-même : le sien cédait, pour l'ordinaire, à ce ramassis d'impressions et d'imaginations
qui se forment sous l'influence des nerfs, du sang, du foie et des autres glandes. Ces humeurs naturelles le menaient comme un alcool.
Fort savant, il aura été des grands travailleurs de son siècle : comme on dit, un bénédictin. Mais rien n'est aussi instructif que de saisir les différences de l'œuvre de Micheiet et des œuvres bénédictines. Celles-ci, l'Histoire littéraire de la France, par exemple, montrent dès l'abord un grand air de sagesse et de gravité. Avec moins de génie que chez l'historien romantique, elles offrent, page par page et même phrase à phrase, sans parler des nobles qualités de La Langue, un caractère si rationnel, un style si pariait et si rigoureux, un si vif sentiment de l'universelle ordonnance, une si sereine force d'esprit que la comparaison ne peut tourner <|n'à La boule de Micheiet. Bien penser, induire el déduire avec suite, sauve des agitations <le L'envie, de La peur el de L'aversion, l^es bonheurs d'expression, Les couleurs \i\es. les vues perçantes de Michelel ne peuvenl tenir La place de la raison. Ses avan tages naturels ne fonl que le livrer à |>lns de caprices : fruste, amorphe, enfantin, il vagil quand les autres parlent.
J'avoue que ce vagissemenl peul recevoir un sens historique; il peut signifier l'avènemenl aui Lettres fran
"çaises des mineurs, des enfants, des « petits barbares », ainsi que les nomme Le Play.
Pendant de longs âges, la France fut représentée, en littérature comme ailleurs, par les membres d'une élite héréditaire; [les beaux esprits qui pouvaient naître de la très petite bourgeoisie ou du peuple accédaient aux honneurs par la cléricature : les études de théologie et de casuistique imposées à ces clercs leur procuraient toute la fleur des acquisitions de leur Ordre ; le profit de ce rude et subtil exercice égalait, pour leur affinement moral et logique, les avantages d'une longue série d'aïeux. Jusqu'au milieu du siècle cette gymnastique a gardé sa valeur, et Renan, qu'une heureuse étoile soumit au régime du séminaire, s'en est fait une idée très nette. Je regrette comme un malheur que Michelet, petit apprenti parisien, n'ait pas connu le privilège d'une pareille formation. Saint-Sulpice a manqué à cet homme nouveau; l'Université, même renforcée des leçons écrites de Herder et de Vico, ne suffit point à lui conférer ses quartiers de noblesse intellectuelle. On en a vu le résultat1 : presque le premier, Michelet a donné ce scandale d'un très grand écrivain français dont la pensée esl molle, l'ordre mil. la dialectique sans nerf.
Plus dépourvu parmi les idées générales que n'avail
i . \ oir ta note \ I.
été Robinson parmi les bêles et les plantes de son île, Michelet se trouva dans la même nécessité de se faire des outils sans aucun outil, une méthode sans méthode, un art de penser sans cerveau. Mourant d'envie de raisonner, il prit le plus court. Il utilisa son grand cœur. Comme il eût labouré avec la pointe d'un couteau ou taillé des sabots au moyen d'une bêche si la fantaisie du sabotage ou] du labourage lui était venue, Michelet fil de la pensée avec son cœur.
Il (il penser son cœur sur tous les sujets concevables, l'histoire des hommes, celle de la nature, la morale, la religion. Il crut connaître par le cœur les causes des faits, leurs raisons el leur sons humain ou divin; il eùl même exercé son cœur à jouer aux échecs et à réduire des fractions1. Le résultai des opérations de ce cœurprodige lui parai si parfail ù qu'il se confessa l'heureux inventeur de la première des méthodes. Le cœur de Michelel se promul cerveau, mais cerveau de bien meilleur ordre que les cerveaux <!<• simple substance céré brale H qui ne savenl que penser; sous le titre de conscience, il s'institua juge unique <!<■ la vérité. \n\ divinations <!<■ son cœur, s'associaienl quelque centou de christianisme allemand el <!<■ platonisme syrien,